david in winter

david in winter

vendredi 18 octobre 2013

Un clou chasse l'autre



    Le monde ne bruissait que du fracas des armes sorties des magasins pour aller infliger une juste punition à un dictateur fourbe, cruel et moustachu  -- des hauteurs élyséennes, la voix de la France proclamait qu'il était urgent et nécessaire de décorer le sol d'un ancien protectorat d'un tapis de bombes humanistes , dans les profondeurs de soutes guerrières les drones frémissaient, prêts à un envol gracieux et mortel, puis... puis rien  --urgence et nécessité s'étaient abolies, et dans l'éther politico-médiatique il n'en demeura même pas une trace, même pas le son affaibli d'un vague écho, rien qui pût rappeler ces jours où l'urgence était urgente  et la nécessité nécessaire, car...
   ...car monta à la surface de la mer des indignations le spectacle affreux des nageurs trop submersibles des côtes de Lampédouse, et fut proclamée l'urgente nécessité de ne plus tolérer l'inadmissible et l'inacceptable, vœu vite récompensé par l'arrivée d'une nouvelle cargaison de corps flottant sur les eaux azuréennes de la Méditerranée, et de cette acceptation et admission par les flots de l'inacceptable et inadmissible se détournèrent les regards car...
   ...car une nouvelle star se leva au firmament des medias, étoile de ce prodigieux reality-show qui se nomme actualité, guerres civiles et naufrages furent balayés des écrans par le visage douloureux d'une jeune fille radieuse, victime de la plus barbare persécution et de la plus démoniaque injustice; épuisant les batteries des smartphones, les réseaux sociaux et néotechnologiques s'embrasérent de citoyennes et jeunes colères, bientôt, avenues , boulevards et terrasses de bistrots furent submergés d'une marée solidaire de lycéens qui, dans un élan festif,  démocratique et sensible scandaient : "Bouboularovic n'est plus au lycée, nous non plus !" tout en s'émerveillant de cet ingénieux moyen d'avancer d'une journée les vacances commençant au lendemain , mais cette vague de générosité à son tour ne fut plus qu'une filigraneuse écume, car...
   "Dimanche 16 [octobre], à Fontainebleau--  Le roi, Monseigneur [le grand Dauphin] et les princesses allèrent après dîner à Franchard se promener à cheval; les jeunes dames étaient toutes à cheval.—On donne un régiment nouveau de dragons à M. de Montalais, celui qui commandait les mousquetaires en Flandre.
    Lundi 17, à Fontainebleau – Le roi ne sortit point le matin, et l'après-dînée il alla tirer; Monseigneur courut le loup. Le soir, il y eut comédie. – M. de Tessé, mestre de camp général des dragons, a demandé un régiment d'infanterie; le roi lui a accordé.
  Mardi 18, à Fontainebleau –Le roi alla tirer l'après-dînée; Monseigneur courut le cerf devant et après dîner. –Le soir, il y eut appartement. –Le signor Ini, gentilhomme de M. de Chaulnes [ambassadeur du roi à Rome], apporta la nouvelle que le cardinal Ottoboni avait été élu pape, le 6 de ce mois; le courrier n'est parti que du 9.—Le pape, le lendemain de cette élection, envoya des présents de fruits et de poisson à M. de Chaulnes. (...) Ce pape-ci a beaucoup d'esprit : ainsi on espère qu'il songera à donner la paix à l'Europe et à soutenir la religion catholique. "
    Quant à demain 19 octobre (la Cour est toujours à Fontainebleau ) :
   "Le roi alla tirer après son dîner. Monseigneur courut le loup. Le soir, il y eut comédie."
    Certes, ces nouvelles bellifontaines datent du temps de la Civilisation – l'an 1689 – mais elles sont pour moi, pour l'influence qu'elles ont sur ma vie, et sur mon esprit qu'elles entraînent en réactionnaires rêveries, et regrets de ne vivre en cette époque, plus importantes que les breaking news de la répétitive année 2013 – elles ne différent d'intensité que par le fait que, pour les évènements de 1689, leur dénouement m'est connu, mais en est-il autrement pour ceux d'aujourd'hui ?
  Car de tout ce brouhaha, le plus certain est qu'il ne sortira rien, et que tout, discours psittacistes et imbéciles, mesures définitives et avortées, glapissements pleurnichards et vides de sens..., tout continuera comme par devant, juste un petit peu en pire – comme d'habitude.

***Les nouvelles d'octobre 1689 sont extraites du Journal du marquis de Dangeau, œuvre importante dont je parlerai plus longuement --  mais il m'en reste encore seize volumes à lire.

1 commentaire:

  1. Je sais que vous n'avez pas la télé, mais souvent les journaux y relatent les menus faits du monarque et de la cour...

    Au passage, j'ai vécu un temps pas loin de Dangeau où est né le marquis et qui possède une belle église romane en grison.

    RépondreSupprimer