david in winter

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samedi 31 mai 2014

Déracinement : une polémique



   Parmi les effets néfastes de cette inculture qui étend ses tentacules mortifères sur les faibles cervelles de nos contemporains, un hasard m'a permis de relever qu'un voile d'oubli recouvre aujourd'hui la pourtant fameuse querelle du peuplier.
   Retraçons-en, pour l'édification des générations nouvelles et diverses, les principaux épisodes.
    En février 1898, André Gide publia dans la revue L'Ermitage un article critique sur Les Déracinés de Maurice Barrès dont demeurèrent célèbres la première phrase – " Né à Paris, d'un père uzètien et d'une mère normande, où voulez-vous, monsieur Barrès, que je m'enracine?" --  ainsi que l'apostrophe finale –" Ce qui reste pourtant certain, c'est que, si les sept Lorrains n'étaient pas venus à Paris, vous n'eussiez pas écrit Les Déracinés; que vous ne l'eussiez pas écrit si vous-même n'étiez pas venu à Paris, et cela eût été extrêmement regrettable (...)".
   La chose demandant réflexion, c'est en 1902 que M. René Doumic apporta son grain de sel, en écrivant dans La revue des Deux Mondes : "Le propre de l'éducation est d'arracher l'homme à son milieu formateur.Il faut qu'elle le déracine : c'est le sens étymologique du mot "élever"."
   Cette étymologie fut sursauter Charles Maurras, qui écrivit à son tour :"Ce professeur se moque de nous. M. Barrès n'aurait qu'à lui demander à quel moment un peuplier, si haut qu'il s'élève, peut être contraint au déracinement".
   André Gide ne pouvait laisser passer un tel propos sans réagir. Il le fit en publiant un catalogue de pépinièriste, où on peut lire :" Nos arbres ont été TRANPLANTES, 2, 3, 4 fois et plus, suivant leur force, opération qui favorise la reprise."
    Charles Maurras riposta aussitôt. En l'absence de Marius, son vieux jardinier, il convoqua "quelqu'un de ces grands amateurs de jardinage qui allient les plaisirs de leur art à la haute culture intellectuelle" afin d'expliquer comment, loin de déraciner, on éclaircit le plant, et comment, lorsque l'on expédie de jeunes arbres "on enveloppe les racines avec beaucoup de soin". Et Maurras conclut : " Relever, dépiquer, repiquer, replanter , même arracher sont des opérations qui n'ont rien de commun avec le déracinement."
    Piqué sans être dépiqué ni repiqué, André Gide crut l'emporter en rappelant : "je vis neuf mois sur douze à la campagne, où je regarde plus mon jardin que mes livres" ajoutant : "la Société des agriculteurs de Normandie accordait à ma pépinière une première médaille il y a quelques années".
    Cette médaille arboricole a ainsi clos une polèmique , qui avait su s'élever au-dessus de trop terrestres questions morales et sociales.
    Je ne suggérerai donc pas que l'immigration puisse être un déracinement, et que de ce déracinement puisse découler quelques conséquences.

lundi 26 mai 2014

Tsunami électoral



   L'attente fut fiévreuse et le suspense insoutenable, enfin, dans cette nuit sans lune où rodaient loups-garou et autres bêtes immondes, le ministère de la police daigna donner le résultat du tirage de l'euroélection – ce fut un choc.
   Dans la circonscription sud-ouest, la liste conduite par M. Renaud Camus, qui unissait les deux partis qu'il a fondés et dirige en avisé capitaine, avait fracassé divers seuils (ceux des cent, cinq cents et mille voix) pour obtenir un résultat qui démentait les pronostics des sondeurs et chercheurs en science politique : mille trois cent quarante-quatre (1.344) suffrages.
   --Relativisons, pinaillèrent aussitôt les experts des NY Times, The Guardian et The Monde, c'est là un score inférieur à ceux des Espérantistes équitables (4.714 voix), des Féministes solidaires ( 6.742 voix) , ou même des Bleus marins ( 726.782 voix).
   D'autres commentateurs, plus objectifs, notèrent que la liste de M. Renaud Camus avait littéralement écrasé celle de ses plus redoutables concurrents, les Libertaires contre le sexisme, créditée de seulement 614 suffrages.
    Est-ce à dire que, partie des riants pâturages du Gers, une révolution est en marche? Et que bientôt, à l'Elysée, la littérature remplacera la politique?
    Nous ne pourrions que nous en réjouir.

samedi 24 mai 2014

Jour d'élection



  Demain dimanche 25 mai de l'an de disgrâce 2014 sera une excellente journée pour :
*se lever avec l'astre du jour et se rendre dans le parc afin de ramasser des vers de terre;
*placer cette cueillette dans un élégant panier d'osier;
 *se rendre aux rives d'une étendue d'eau de préférence stagnante et y déverser, de l'ample geste du semeur, le contenu du panier;
 *s'asseoir sur une souche moussue;
 *attendre et observer;
 *les heures passent;
*quand enfin arrivent des poissons désireux de manger les vers, s'en emparer avec une épuisette;
*de retour en la demeure, tendre le contenu de l'épuisette à l'épouse, la cuisinière ou tout autre domestique passant à portée, lui enjoindre de transformer cette pêche en mets succulent, et manger une fois cuits les mangeurs farcis des vers avalés;
*faire la sieste;
*relire quelques pages de Fontenelle;
*dîner;
*regarder sur son smartphone le résultat de la loterie électorale tirée ce même jour, pour rire de la tête des perdants.
*s'endormir du sommeil du juste.

mardi 20 mai 2014

Croissance zéro et misogynie



   Un gros commis du Président a annoncé, avec cet air de contentement qui marque aujourd'hui tout porteur de nouvelles, bonnes, mauvaises ou indifférentes mais qui sont occasion de se montrer à la télévision, qu'au dernier trimestre la croissance du PIB de l'ex-Gaule avait été de zéro.
    Voilà qui semble signifier, dans l'esprit de l'orateur, que pour ledit trimestre le montant de ce PIB a été exactement le même qu'au trimestre précédent.
    C'est là un remarquable exploit.
    Quiconque a eu à comparer pour des périodes données des chiffres d'affaires – bon équivalent de ce PIB – a constaté que ces montants ne sont jamais identiques; imaginons une petite entreprise qui fait, une année 11.327.899 euros de chiffre, eh bien, il n'y a quasiment aucune chance qu'elle fasse l'année suivante encore ces mêmes 11.327.899 euros, et cette chance de stricte égalité devient de plus en plus improbable, et même nulle, au fur et à mesure que les montants en jeu augmentent  -- autrement dit, ce montant de PIB a été nécessairement plus ou moins que le précédent.
   Mais sans doute est-ce là pinailler, passons à autre chose.
   Donc ce pays, dixit le gros commis, peut se féliciter d'une croissance zéro.
   Les politiciens, on le sait, ont coutume de proférer des phrases vides de sens, et nous en avons ici un charmant exemple.
   Vous avez un enfant que vous mesurez régulièrement, le mois dernier, il était haut de 123 centimètres, même chose ce mois-ci, iriez-vous dire qu'il a grandi de zéro pour cent? Il y aurait tout autant de sens à vous exclamer que votre bambin chéri a diminué de zéro pour cent.
    En fait, gros commis qui, s'il n'est pas très intelligent est un individu roublard, s'était trouvé devant un délicat choix communicationnel.
   Voyant ses domestiques lui apporter des tableaux Excel coloriés d'où il ressortait que ce  fantasque PIB était, à la louche, dans les mêmes eaux que le précédent, il a vite compris qu'il pouvait annoncer   une stagnation, terme peu flatteur donc éliminé, ou bien une diminution  zéro, ou encore  une croissance zéro ; parler diminution, même s'il n'y en a pas, peut susciter de mauvaises pensées d'échec gouvernemental dans l'esprit des électeurs, tandis que croissance... une fois le mot prononcé, il est permis d'espérer que les auditeurs ne feront pas attention au zéro qui suit, surtout les femmes, peu attentives aux chiffres par leur nature, mais qui forment la majorité du corps électoral.
   Qui dénoncera la misogynie sournoise sous-tendant le discours des élites?

vendredi 16 mai 2014

Légalisation de la xénophobie



   Pauvre Président!
   Privé par ses conseillers en communication, pour une impérieuse question d'image, de ces escapades nocturnes qui le conduisaient au vert paradis des amours ancillaires,  menacé de cette indidieuse mélancolie dont MM. Kanterowitz, Klibansky et Saxl nous ont, dans un immortel ouvrage ( Saturne et la mélancolie), narré les pernicieux effets, il se résolut, pour repousser tout assaut de neurasthénie, à convoquer l'un de ses plus frétillants laquais, et lui commanda de promulguer un décret.
   Aussitôt ordonné, aussitôt fait.
    Selon ce décret, sera désormais soumise à autorisation de M. Etat toute vente à des étrangers d'une entreprise française stratégique.
    Il est à craindre que, tout à leur joie de créer de nouvelles contraintes, Président et son domestique n'aient pas perçu toutes les conséquences de cet acte.
    Aurons-nous la cruauté de les examiner?
     Oui.
      Rappelons d'abord très brièvement que légiférer par décret est une usurpation du pouvoir législatif par le pouvoir éxécutif, dénoncée comme l'essence même de la tyrannie par toute opposition, mais Président ne se trouvant plus dans l'opposition (du moins alors que j'écris ces lignes), le mal de jadis est devenu tout naturellement le bien d'aujourd'hui.
    Quant à entreprise stratégique, c'est là une dénomination vide de tout sens objectif, une entreprise n'est stratégique que parce que M. Etat décide de l'appeler ainsi, et il eût pu tout aussi bien proclamer que son décret concernait les entreprises poireaux ou macaronis – le sens eût été le même, peut-être pas l'effet médiatique.
    Le contenu du décret, lui, viole, tous les traités conclus avec des étrangers, et particulièrement les traités que Président et ses complices clament être hautement bienfaisants et nécessaires au bonheur du peuple  -- broutille, car les traités, comme le dit justement jadis un ministre anglais, ne sont que des chiffons de papier.
     Beaucoup plus intéressant est le fait que ce décret établit  une discrimination fondée sur la nationalité. Une telle discrimination était ces derniers temps sévérement réprimée, et quand un individu s'en rendait coupable, des juges (sic) s'empressaient de l'expédier aux galéres.
      Pour dire les choses crûment, Président et son homme viennent de légaliser la xénophobie, au nom d'un patriotisme économique dont la promulgation était justement réclamée, selon un document trouvé hier dans ma boîte aux lettres, dans le programme du parti de la Bête immonde  -- nul doute que tous les bons citoyens ( et les associatifs subventionnés) se réjouiront de cette union sacrée.

*Ce décret est également une violation de la propriété privée, ce qui ne peut que plaire à la masse des électeurs, particulièrement attachée à la destruction de ladite propriété (pour autrui).