david in winter

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jeudi 30 janvier 2014

Boycott et Révolution



     Avant même d'écrire la première ligne de ce billet, je bute sur une difficulté sémantique  -- Jany est-il un prénom masculin ou féminin ? En ces temps de chatouilleuse susceptibilité identitaire, il faut être prudent, prenons une pièce de monnaie ... , pile... commençons.
    Une charmante et inventive blogueuse, Mme Jany Leroy, qui œuvre chez la gazette en ligne socialiste-nationale Boulevard Voltaire, vient de découvrir l'arme absolue pour contraindre le Président à abdiquer et chasser la concubine dans les vallons corréziens plutôt que dans les alentours de l'Elysée.
    Il s'agît, je cite, d'un moyen "pacifique, facile, pas fatigant, sans risque, anonyme " nommé boycott.
   Ce boycott consiste à cesser, ou s'abstenir, d'acheter, consommer ou utiliser divers biens ou services afin d'embêter. (Il n'y a pas de complément à ce dernier verbe, mais il sera fourni plus tard, peut-être).
    Par une plaisante coïncidence, un exemple de boycott nous a été offert hier par des parents qui ont refusé de laisser leurs enfants consommer un certain service, en l'occurrence l'enseignement de cette théorie du genre, qui n'existe pas selon le quotidien-de-référence, mais est néanmoins parée de toutes les vertus, selon une ministresse en activité.
   Le résultat de ce boycott ( anonyme, sans risque, etc.) a été que ces parents ont été illico presto convoqués par le chef de la propagande scolaire afin d'être soumis à des séances de rééducation, à l'issue desquelles on peut espérer qu'ils feront publiquement et sur smartphone leur autocritique.
  Mais enfin, on ne fait pas de révolution sans casser des œufs, et sans nous attarder plus à cet aléa, examinons le fonctionnement pratique de ce boycott.
   Premier point : déterminer quoi va être boycotté.
   Une réaction naturelle fait aussitôt penser à l'impôt, hélas, une multitude de lois punissent sévèrement toute incitation à s'en soustraire, ce n'est donc pas sans risque.
    Quant aux multiples biens et services produits par M. Etat et ses pseudopodes, comme ils le sont  sans le moindre souci de rentabilité, l'absence de tout acheteur ou consommateur ne changerait rigoureusement rien –en fait, personne ne s'en apercevrait.
   Il faut donc se tourner vers le secteur privé, et là, le choix est vaste – nourriture, vêtements, meubles en kit, biens socio-culturels..., un gros annuaire ne suffirait pas à tout recenser.
   Pour ma part, désireux de sauver la civilisation, je suis prêt à ne plus acquérir de tomates, mais ma muse me fait observer que je n'ai jamais fait l'emplette de cette chose visqueuse, et que ce n'est pas de jeu : il faut choisir un bien que l'on échange habituellement contre des billets de banque pour que son boycott produise l'effet désiré.
    Il m'arrive d'acheter des livres, de préférence imprimés avant 1789, que j'y renonce pour deux ou trois semaines va-t-il troubler le Président au point de lui faire quitter le pouvoir?
   A vous, chères lectrices, chers lecteurs, de proposer une liste mieux appropriée à l'effet recherché.
   Ce qui nous amène au second point : le boycott a pour fonction d'embêter, mais embêter qui?
   Certes, les marchands concernés seront mécontents de la baisse de leurs recettes, mais, comme suggéré à propos de mes libraires, en quoi cette mauvaise humeur poussera-t-elle le Président à s'en aller?
  Admettons même que se produise une quasi-totale cessation de tout achat ( les boycotteurs ayant préalablement fait d'utiles provisions d'aliments), alors l'économie hoquèterait, la production industrielle diminuerait , le commerce banquerouterait, les nouveaux chômeurs se compteraient par dizaines de milliers – mais n'est-ce pas là cette situation même  vers  laquelle le Président a engagé le pays non sans succès, et qu'il est bien décidé à perpétuer en demeurant aussi fermement attaché à son poste qu'un bigorneau à son rocher?

mercredi 29 janvier 2014

Les ex-belles amies du Président



  La Justice, écrivent ce matin les gens de medias, a décidé que la désormais filiforme Leonarda ne pouvait pas revenir.
   Est irritant cet emploi routinier et très-incorrect de la Justice pour désigner un jugement prononcé par des magistrats d'une cour inférieure; ce solennel et absolu la Justice pourrait se comprendre s'il était appliqué à un arrêt d'une cour supérieure statuant en dernier ressort, ce n'est pas ici le cas, et le présent jugement est susceptible de maints appels et pourvois, dont nous ne doutons pas que des associations subventionnées assureront les frais pour le compte de la (aujourd'hui) étique Leonarda et sa méritante smala.
   Il n'en reste pas moins que, alors que le Président lui-même s'était présidentiellement adressé à son peuple pour affirmer que la (en ce temps) plantureuse Leonarda pouvait revenir, ces juges ont décrété que, eh non, selon la Loi, elle ne le peut pas, et qu'ainsi le Président s'était (juridiquement) fourré le doigt dans l'œil.
   Dans le même moment, ex-concubine N°2 a accordé une interview à la gazette pipole dont elle est salariée –car, alors qu'elle logeait sous les ors élyséens, elle avait conservé son emploi afin d' assurer son indépendance financière-- pour s'exprimer sur sa répudiation, et la perte du titre grotesque , et américain, de Première Dame, qu'elle avait usurpé ( quand une femme mariée sera Président, verrons-nous un Premier Monsieur?). Il en ressort une confirmation, elle a bien été chassée, et cela l'a même frappée comme la foudre, sinon tout va bien puisqu'elle pourra se consacrer à des activités humanitaires (tout en conservant son emploi).
   Ces deux anecdotes, dont je conviens qu'elles sont de minime intérêt quoique révélatrices de nos mœurs, ont pour lien la personne de l'homme à qui tout un peuple a démocratiquement confié son destin, ainsi que la distribution du pain et des jeux – le Président.
   Que devient-il?
   Il semble que, un peu las d'une agitation sentimentale désordonnée qui fait ricaner les méchants, il ait décidé de faire glisser une aimable comédienne du statut de future-concubine N°3 à celui de ex-future-concubine N°3, et qu'il en soit réduit à errer dans les salons lambrissés de son palais sans nulle compagne pour le féliciter de ses triomphes (écrasement de la Courbe, conquête de l'Oubangui-Chari, émiettement du Mbala mbala, etc.).
  Bref, le Président est aujourd'hui seul.
  Dans cette solitude, que lui reste-t-il?
  A s'écrier, comme la Médée de Pierre Corneille :
  --Moi, Moi, dis-je, et c'est assez."

  *Je ne sais pourquoi, j'ai toujours trouvé ce "c'est assez" un peu équivoque.

mardi 28 janvier 2014

Emploi et pacte de marchandage



   "Il pleut des vérités premières,
    Tendez vos rouges tabliers".
     Petit rappel de réalités, relevant de l'évidence, au sujet de la création d'emplois.
     Il existe deux raisons pour qu'un entrepreneur crée des emplois nouveaux.
     Soit il constate que la demande pour ses produits dépasse sa production –il peut donc envisager d'accroître cette dernière -- , soit il invente de nouveaux produits, qui ne se substituent pas à d'anciens, et demandent de nouveaux moyens de production.
   Dans ces deux cas, l'entrepreneur prend un petit papier, et trace deux colonnes, l'une, recettes, sera remplie par des espérances de ventes, l'autre, coûts, contiendra des certitudes de dépenses.
   Il va de soi que l'entrepreneur ne se lancera dans cette aventure –une activité dont l'issue peut aussi bien être néfaste que faste—que s'il a estimé que le solde recettes/coûts a quelques chances d'être positif (bénéficiaire).
   Les dépenses nouvelles se composent de salaires, et d'un certain nombre d'investissements (locaux, machines, etc.).
   Une baisse du coût des salaires améliore évidemment la rentabilité espérée, mais elle n'est d'aucune façon une condition suffisante pour que l'entrepreneur décide d'accroître sa production. Comme il va d'abord dépenser (en salaires, locaux, etc.) avant d'encaisser (c'est la nature de l'investissement...), il faut qu'il ait les moyens de financer cet investissement, sur ses fonds propres ou par l'emprunt. S'il n'a pas ces moyens, l'entrepreneur ne se lancera pas dans une production nouvelle ou accrue, quel que soit le coût du salaire qui n'est, il semble qu'il faille le rappeler, que l'un des éléments du poste dépenses.
    Autre évidence : l'entrepreneur n'a aucune certitude du succés de sa nouvelle (ou accrue) activité, il ne peut qu'estimer que les probabilités de réussite sont assez grandes pour qu'il en prenne le risque.
  Il est conscient que, en dépit de toute sa nécessaire prudence, l'affaire nouvelle peut être un échec, il faut donc qu'il soit assuré de pouvoir faire marche arrière et  licencier un personnel devenu improductif  --toutes entraves mises par M. Etat aux licenciements , ou mesures qui en rendent le coût insupportable, augmentent le risque, et donc diminuent la possibilité de réalisation.
   Si l'on regarde maintenant le poste recettes, faut-il redire qu'il n'est fondé que sur une confiance dans l'avenir? Et que cette confiance ne peut être imposée par des décisions autoritaires?
   Il est probable qu'un certain nombre de dirigeants de ces sociétés qui relèvent plus du "capitalisme de connivence" que de la libre entreprise entreront dans le pacte de marchandage imaginé par le Président et créeront des emplois hors toute nécessité, il sera amusant d'observer ce qu'il en restera dans quelques années.
   La création d'emplois repose sur un ensemble de facteurs, chacun est nécessaire, et en isoler un pour feindre de croire qu'il est suffisant ne peut rien résoudre.

lundi 27 janvier 2014

Dies irae



   Afin d'ajouter à la solennité de la messe célébrée à Saint-Denis pour la Reine Marie-Thérèse, épouse du Roi-Soleil, morte le 30 juillet 1683, Jean-Baptiste Lully composa un grand motet appelé Dies irae , qui est fort beau.
   Un peu plus tard, le dimanche 26 janvier 2014, ce n'est pas pour exprimer leur effroi devant la colère divine que défilèrent dans les rues de la ville capitale un certain nombre d'hommes et de femmes, mais pour crier la leur, de colère, contre les agissements d'un amuseur public concurrent du Mbala mbala et qui doit à son logement élyséen le surnom de Président.
   La singularité de l'évènement tient en ce qu'il a réuni des individus professant des convictions politiques, idéologiques, morales ou religieuses le plus souvent absolument opposées, parfois seulement dissemblables.
   Voilà qui était de nature à éveiller l'intérêt de tout observateur un peu curieux des conduites humaines, et il était permis de supposer que les commentateurs des mouvements sociaux se fussent rendus sur place pour contempler et étudier le phénomène.
   C'est donc dans la grande presse, celle de l'espèce respectable, que l'on pouvait s'attendre à en trouver des analyses pertinentes, étrangement, on ne put y lire , du Monde au Figaro en passant par Le Point, L'express etc., que le même texte (avec quelques minimes variantes), qui est la dépêche émanant d'une agence de propagande gouvernementale (AFP), sans doute rédigée sous la dictée d'un service de basse police.
   Pour être honnête, il faut préciser que l'une de ces gazettes assura avoir fait un reportage, et dans toute cette foule en colère, cet envoyé spécial ne vit que des nostalgiques de Vichy Saint-Yorre côtoyer des fidèles de Vichy-Célestins, et autres malfaiteurs obscurantistes.
   Heureusement , des blogsA toi l'Honneur, Boulevard Voltaire, Contrepoints—nous ont livré des récits plus objectifs, et il ressort de leur lecture que cette manifestation a effectivement rassemblé carpes catholiques et lapins mahométans, choux artisans et chèvres chômeuses et autres catégories de populations peu destinées à clamer d'une même voix leur exaspération.
   Et... fut-ce un succés ?
   Faire défiler sous une pluie hivernale quelque quarante mille personnes en réponse à un appel lancé par d'anonymes mécontents, sans l'appui d'aucun parti, d'aucune organisation ayant pignon sur rue, sans battements de tambours médiatiques est indiscutablement une réussite.
  Mais pour que le Président se détournât de ses divertissements habituels – pacte de marchandage, répudiation de concubine, annexion de la Gaule à la Turquie—afin de porter son regard sur ses sujets grognons, il eût fallu qu'ils se comptassent cent fois plus, pour le moins. (Et pour qu'il envisageât d'abdiquer, comme il le lui fut demandé en termes abrupts –soyons sérieux).
   Certains historiens voient dans les émeutes de Grenoble de 1788 les inéluctables prémices de la catastrophe de 1789, ce jour de colère annonce-t-il, par son caractère inédit,  une tout aussi inédite révolution?
   Je ne le crois pas, mais autorise l'avenir à me démentir.