david in winter

david in winter

samedi 11 janvier 2014

La vie privée du Président, homme public



     "La Justice rend des arrêts, non des services", avait dit un incorruptible magistrat, heureusement, une avancée juridique, qui a permis d'écrabouiller le Mbala mbala, a inversé officiellement les termes de l'axiome, et le Président vient de décider ( sauf s'il décide le contraire, car il excelle dans les retournements stratégiques) de saisir la Justice avancée.
   L'affaire est née de la révélation publique de galipettes extra-concubinales, ce qui entraîna, sussurent les initiés, une déplaisante scène de la part de Concubine numéro 2 et face aux cris mêlés de larmes, plutôt que nier inutilement une culpabilité photographiée, comment mieux répondre qu'en accusant le messager?
    C'est pour cette raison que le Président a annoncé qu'il allait (ou non...) assigner pour atteinte à la vie privée tout colporteur de ses amours, ajoutant qu'en l'espéce, c'était l'homme qui agirait, et non le Président.
    Sur cette intéressante dichotomie, je renvoie à l'ouvrage classique d'Ernst Kantorowicz   Les deux corps du Roi (édition originale : 1957), rappelant seulement que nous ne baignons plus dans le mysticisme médiéval, que le Président n'est pas l' oint du Seigneur, qu'il n'a reçu d'autre onction que celle du suffrage de la masse, laquelle n'opère pas le miracle, qui serait (mutatis mutandis) semblable au mystère de la Trinité, de séparer en deux personnes une personne unique. Nous n'avons pas vu non plus que le peuple souverain ait fixé des horaires durant lesquels le Président serait Président et en dehors desquels il serait homme...
    Homme et Président sont une même et unique personne, et seule une extravagante vanité pourrait faire imaginer que quiconque pût s'intéresser à l'homme s'il n'était Président, ou croire qu'il fût couvert de femmes s'il ne régnait ( sur la force aphrodisiaque du pouvoir, abondante littérature..).
    Descendons de ces hauteurs, dans la pratique, il est communément admis que la compagne peut influencer le compagnon, parfois par le seul fait de son existence, et un amant agira, sans que lui ait été faite la moindre demande explicite, en fonction de ce qu'il croit pouvoir plaire ou déplaire à sa maîtresse, ou pour se montrer digne de l'image de lui qu'il veut lui présenter, il n'est donc pas indifférent à qui se soucie des ressorts de la prise de décision politique que soit connu l'objet de la flamme présidentielle.
    Quant à la vie privée , ici la vie privée d'un homme (ou une femme) public, même si l'on oublie l'imposture d'une prétendue séparation homme-Président (ou histrion, ou politicien mineur, etc.), qu'est-ce qui détermine ce qui serait privé  et ne le serait pas?
     L'arbitraire le plus absolu.
    Par soumission à l'abjecte idole Transparence, et par veule démagogie, les politiciens ont décidé de la publication du patrimoine d'un certain nombre d'individus, mais qu'est-ce qui était plus privé que la connaissance de ses propres biens ? Relisons Saint-Simon, lorsqu'il s'élève sur l'institution du dixième, un impôt sur le patrimoine, ce n'est pas contre le fait de payer un impôt que proteste le duc, mais sur ce que son établissement entraîne la publicité de ce qui est le plus privé pour les familles—leur patrimoine.
   Et quoi de plus également privé que sa propre santé? Mais un Président décida qu'elle serait désormais publique, et érigea en nécessité la publication régulière d'un bulletin de santé présidentiel.
    Dans mon très-excellent et très-réaliste roman ( j'allais oublier de me citer...) Une femme d'Etat, c'est lors d'une cérémonie publique , et retransmise par les nouvelles technologies, que le Président répudie sa compagne, pourquoi ne pas suivre cet exemple, et l'instituer constitutionnellement?
    Au nom de quoi, au nom de quel impératif catégorique peut-on ainsi dissocier, au gré des vents de l'opinion, ce qui de privé devient légalement public et ce qui demeurerait privé? La possession de diplômes, privé? public? Les goûts culinaires? Les lectures (au cas où des hommes publics liraient) ? Les violons d'Ingres? En quoi la possession d'un amant ou d'une maîtresse serait-elle plus (ou moins) privée que la possession d'un immeuble ou d'actions de l'Air liquide?
   Oui, la séparation public/privé n'est qu'une arbitraire imposture et qu'elle soit invoquée par des hommes publics (ou des filles publiques) relève de surcroît d'un confondant toupet.
   Jadis, par le seul fait de leur naissance, des hommes et des femmes, étaient, sans qu'ils l'eussent voulu, des personnages publics (rois, princes...), ce n'est plus le cas.
   Désormais lorsqu'un homme ou une fille devient personne publique, c'est parce qu'il (ou elle) s'est battu bec et ongles pour y parvenir, c'est parce qu'il l'a voulu, de toute la force de son ambition, c'est parce qu'il a voulu être connu, aimé, loué du public, c'est parce qu'il a voulu que son nom soit célèbre et son image partout répandue,voulu que ses actes soient exposés à la vue de tous (pour être admirés, de préférence), et soudain il pourrait légitimement dire :
   --Je me suis montré à vous, mais c'est seulement mon art (de la politique, de la scène) que je vous montrais, et lui seul, c'est par une étourderie de jeunesse que je vous ai laissé savoir mon nom, dévoilé celui de mon gentil toutou et vous ai présenté ma concubine, désormais la connaissance de ma personne vous sera, à vous qui m'avez fait, interdite, de moi vous ne saurez plus que ce qu'il m'arrange que vous sachiez, et qui dévoilerait ce que je voile aujourd'hui (mais demeure libre d'exhiber demain), qu'il soit livré à la fureur de mes juges avancés!
    Et de cette déclaration le Président fut loué par ses commis et les laquais de presse, puis il s'en alla déguster, en galante et privée companie, les restes sanguinolents du Mbala mbala.,

14 commentaires:

  1. Encore faut-il ne pas oublier les abus de biens sociaux.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et les blanchiments d'abus? Et les recels de blanchiment?

      Supprimer
  2. Toutes ces histoires deviennent fatigantes qu'inventeront ils dans quinze jours quand la courbe du chômage s'inversera en montant vers des cimes jamais atteintes, les aventures du chien de notre président pédiquer par le mandrill d'un cher Al Quaïda Saint-Denis.

    Ils sont pitoyables, dire que nous devrons supporter ces gens encore trois ans;

    RépondreSupprimer
  3. La presse-système a, unanimement, défendu la "vie privée" de notre excellent Président-Poire (pour le "look", car les poires se dénombres du côté de ses électeurs...), vouant le messager - un de ses membres, considéré comme peu fréquentables, en raison de sa vocation "people" - aux gémonies.

    Y aura-t-il quand même un jour quelqu'un de cette presse pour nous rappeler l'existence de notre responsabilité dans nos actes, paroles et pensées? Y aura-t-il quelqu'un pour oser dire à quel point cette pantalonnade vaudevillesque est indigne de la charge que ce monsieur a briguée, et que nous lui avons inconsidérément accordée? Y aura-t-il quelqu'un, enfin, pour lui faire remarquer que, s'il nous fait nous serre la ceinture, il pourrait, pardon, il DEVRAIT être économe de nos deniers et ne pas se permettre de faire vivre sa concubine (et vraisemblablement, sa dernière conquête) aux frais de la princesse.

    RépondreSupprimer
  4. Excusez, je vous prie, la faute : ... car les poires se dénombrent...

    RépondreSupprimer
  5. Cher Michel, il serait temps pour vous de tomber le masque du romancier, et d'avouer que Mondadori est votre employeur. Le mur de l'opacité se fissure et voilà votre activité désormais révélée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ciel, ma vie privée dévoilée!
      Où puis-je vous assigner?

      Supprimer
  6. "Oui, la séparation public/privé n'est qu'une arbitraire imposture et qu'elle soit invoquée par des hommes publics (ou des filles publiques) relève de surcroît d'un confondant toupet." Comment une telle affirmation, une telle évidence, que j'approuve pleinement, n'est-elle pas reprise par nos chroniqueurs patentés qui tous, ou presque, dans un même élan, en appellent au respect de la vie privée de la personne la moins " privée" du pays. Faut-ils qu'ils soient stupides pour ne pas le concéder, ou aux ordres, ou affamés, ou bien encore dépendants de cette même personne. Allez savoir...

    RépondreSupprimer
  7. Il est,à ces gens, dans leur nature d'être serviles, sinon, ils n'auraient pas d'emploi dans le système actuel, il est donc inutile de les payer ou de leur donner des ordres...

    RépondreSupprimer
  8. Quelle belle expression que celle de " couvert de femmes"! Je ne l'avais pas rencontrée depuis un moment.

    RépondreSupprimer