printemps

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lundi 30 mai 2016

Les nouveaux magiciens d'Oz

  

   Une curiosité de vieillard désoeuvré m'a poussé à lire les propositions d'une sorte de mouvement né hier à Béziers, étrangement nommé Oz ta droite, et qui regroupe, ou espère regrouper, tous les partisans d'un Etat autoritaire et nationaliste.
   Parmi cet amas de propositions certaines sont de simple bon sens, d'autres franchement répugnantes, particulièrement contre le port du voile ou la construction de mosquées, mais l'une d'entre elles mérite un plus ample commentaire.
  Je la cite :
 " Supériorité du politique sur le juridique, et limitation du contrôle de constitutionnalité."
   Cette affirmation (ou projet?) ne signifie rien d'autre que la disparition de ce qu'il est convenu d'appeler l' Etat de droit, lequel a été scrupuleusement respecté par tous nos Rois, et même, quoiqu'avec moins de rigueur, par tous les gouvernements républicains et démocratiques.
  L'Etat de droit, je le précise, existe quand le souverain, qu'il soit monarque héréditaire ou élu, est soumis à la loi, id-est quand le juridique est supérieur au politique.
   Du temps de la monarchie et de la civilisation, le Roi, certes, créait la loi, mais une fois que celle-ci avait été édictée, il y obéissait, et bien souvent, les magistrats donnaient raison à un sujet contre la Couronne (ce que Louis XIV fit lui-même à maintes reprises en son Conseil privé, qui jugeait en dernier ressort).
  Les institutions de la Cinquième république ont été modifiées de telle sorte que le Parlement soit soumis au Président, ce qui entraîne que le législatif n'est qu'une chambre d'enregistrement des édits voulus par l'éxécutif, mais, en théorie, les membres du Parlement peuvent refuser d'enregistrer, et quoiqu'il en soit, une fois que les lois sont votées, le politique (l'éxécutif) est tenu d'y obéir et de se conformer aux arrêts (justes ou injustes est une autre affaire) rendus par les magistrats.
  Mieux encore. Il existe une hiérarchie de la norme juridique : de même que la loi est supérieure au règlement,  la Constitution est supérieure à la loi.
   Fini!
  Avec Oz ta droite, n'importe quelle loi bafouant la Constitution pourra entrer en vigueur. C'est d'ailleurs là une proposition redondante puisque le politique supérieur au juridique pourra faire n'importe quoi comme cela lui chante sans se soucier des lois. (Il y a bien une Convention européenne des Droits de l'Homme à laquelle l'Etat français a adhéré, mais Oz ta droite propose très logiquement de la jeter par la fenêtre)
   L'univers du Wizard of Oz resplendit de couleurs flamboyantes, celui d' Oz ta droite a les teintes sombres –brunes?—d'un cauchemardesque despotisme.

mardi 8 mars 2016

Femme : juste place de cette créature

    

 Dans sa grande sagesse, M. Etat a décrété un certain nombre de journées de, par exemple du topinambour ou du fourmilier tamanoir, durant lesquelles journées tout un chacun est sommé de célébrer les mérites du topinambour etc., lui demander très-humblement pardon pour l'avoir jadis (et par la méchanceté d'anciens aïeux) discriminé et s'empresser de lui accorder faveurs, privilèges et bisous.
   Ce jour d'aujourd'hui est donc journée de , non de la paramécie ou de l'orang-outan, mais de la  femme.
    Rappelons donc quelle place revient dans l'ordre de la nature aux représentantes du sexe imbécille.  
   Nous le ferons en citant ce bon saint Paul qui, dans sa première épître aux Corinthiens (chap. XI) , énonce ces vérités (révélées, et éternelles) :
   "Mais je veux encore que vous sachiez que Jésus-Christ est le chef de l'homme, que l'homme est le chef de la femme, & que Dieu est le chef de Jésus-Christ. (...)
   "Parce que l'homme n'a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l'homme.
   "Et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme a été faite pour l'homme." (traduction du R.P. Denis Amelote, prêtre de l'Oratoire, docteur en théologie)
    Je ne doute pas que, en ce moment même, ces nécessaires préceptes ne soient diffusés en boucle sur tous les écrans de télévision, d'ordinateurs et de téléphones.

   P.S.-Merci à Michel L. pour m'avoir incité à relire saint Paul.

mardi 1 mars 2016

Modeste proposition pour la paix religieuse

  

    On sait que, le 19 février 1715, le roi Louis XIV, d'heureuse mémoire, accorda en son palais de Versailles une audience solennelle à Mehemet Riza Beg, ambassadeur extraordinaire du roi de Perse, et que les mauvaises langues, dont M. le duc de Saint-Simon, dénigreur obsessionnel du grand Roi,  suivi de  M. de Montesquieu dans ses spirituelles et fielleuses Lettres persanes, affirmèrent que cet ambassadeur n'était qu'un imposteur dont le souverain français fut la naïve dupe, et que le traité de commerce alors signé entre les royaumes de France et de Perse n'eut aucun effet.
    Ce sont là de misérables, et de la part de ces deux auteurs, habituelles, calomnies.
    Dans un excellent ouvrage, Une ambassade persane sous Louis XIV (Paris,1907) que je viens d'acquérir et lire, M. Maurice Herbette établit, en utilisant les archives des Affaires étrangères,  la réalité de la qualité d'ambassadeur de Mehemet Riza Beg (et des effets bénéfiques du traité de commerce) et publie en appendice à son récit diverses pièces justificatives.
    Parmi celles-ci figure, traduite par l'interprète de l'ambassadeur de France à Istanboul, M. Padéry, la Lettre du Roi de Perse Hussein à Louis XIV, qui débute par de délicieux compliments odorants et parfumés, et dont j'extrais ces lignes:
     "Le grand empereur [Louis XIV] dont l'esprit est si éclairé n'ignore pas, sans doute, que les Arméniens (...) sont obligés de payer à notre trésor un tribut afin de pouvoir conserver leur religion en paix sans être inquiétés" ( je rappelle que les Perses étaient mahométans et les Arméniens chrétiens).
    Ce texte me fit réflèchir.
    J'ai en effet appris par les gazettes que, d'une part, les caisses de M. Etat sont aujourd'hui fâcheusement vides, et que, d'autre part, des turbulences nées de divergence de religions troublent la paix de notre vieille patrie gauloise.
    Il ne me fallut guère de temps pour que s'imposât à mon esprit une solution élégante pour remédier, grâce à un simple édit, à ces deux soucis.
    Il suffit d'établir une religion d'Etat (au hasard, la religion catholique, apostolique et romaine) puis de faire payer un tribut (mettons, de dix à trente pour cent de leurs revenus) à tous les fidèles d'autres religions ( mormons, mahométans, scientologues, shintoïstes, etc.) pour qu'ils puissent pratiquer librement leur culte et, si les rentrées s'avéraient insuffisantes pour les besoins de M. Etat,  la mesure pourrait être étendue aux divers hérétiques (nestoriens, anabaptistes, calvinistes, sociniens, ariens etc.).
    Et voici le Trésor s'emplir et  la tolérance règner, tandis que d'irritantes dissenssions cédent la place à une fraternelle harmonie.
    Ne suis-je pas un digne héritier des bienfaisants philosophes des Lumières?

    PS.- L'ambassadeur  Mehemet Riza Bey était un individu aussi arrogant que malpoli, et le récit de son voyage en France, suite d'étonnants incidents, est fort divertissant.

vendredi 23 octobre 2015

Des immigrants aux réfugiés

         

    J'ai eu, pour délaisser ce blog (italiques, et sic...) de bonnes raisons – mon mépris pour internet, ce féroce outil d'asservissement et d'abrutissement, mon dégoût pour la lecture de fichiers informatiques ( et ce que j'offre ici pour votre lecture, ô lecteurs ô lectrices, est, par une fâcheuse coïncidence, un fichier informatique, mais que dire des superbes et étranges contradictions de l'âme humaine?...)  -- et de mauvaises raisons, mon hédoniste paresse, un assez bien fondé nihilisme, et le fait qu'il ne se produit rien dans le vaste monde qui présente le moindre intérêt, non parce qu'il n'arriverait rien qui ne pût susciter une analyse sociologique mettant au jour certains mécanismes ou plus simplement provoquer des glapissements de colère, mais parce que tout ce qui aujourd'hui arrive est déjà hier arrivé (et, bis repetita non placent).
   Quoique, pour être plus exact, ce que fournit l'information, que je glane de préférence dans des gazettes exotiques, en évènements (spectaculaires, scandaleux, bien tristes) n'est que la continuation logique de ce que nous avons déjà vu mais, puisque les actions humaines sont cumulatives, tout est chaque jour un peu plus gros, un peu plus effrayant, ou désolant, pour le dire vulgairement, c'est toujours la même chose, seulement à chaque fois en un peu pire.
   Quoi de moins neuf que la manipulation du langage, dont nous pouvons trouver à tout instant de remarquables exemples?
   Notre vocabulaire s'enrichit jadis, essentiellement au temps du peuplement de masse des Etat-Unis, des immigrants, ces hommes qui  quittaient leur pays natal pour tenter d'arriver en de plus vertes prairies.
   Puis nous eûmes les immigrés  --les mêmes, mais arrivés, et installés.
   Ces immigrés s'intallérent non seulement dans nos banlieues mais aussi dans notre langue durant quelques décennies, ils en furent il y a peu chassé par les migrants; privés de l' im, ceux-ci sont en même temps privés de toute résidence, ils ne sont plus que des passants toujours en mouvement, des sortes de touristes, mais qui se refuseraient à l'achat d'un billet de retour.
   Est-ce parce qu'il y a quelque chose de barbare dans la consonnance du migrant (et dans la substantivisation d'un participe présent, mais nous avons rejeté purisme, et bon langage) ? Le migrant fut bientôt détrôné au profit du réfugié, qui occupe désormais le haut de l'affiche politico-médiatique.
   Pour s'enthousiasmer en faveur de l'immigré, et de l'éphémère migrant, le célèbrer, le vouloir couvrir de tous les bienfaits, il faut être mû par des raisons idéologiques (de même que pour le honnir il faut être empli de préjugés), il est donc difficile que l'unanimité se fasse en sa faveur (ou d'ailleurs contre lui, et je remets à des jours meilleurs l'exposé de ma conviction que le préjugè fonde toute idéologie)  -- mais le réfugié!
   Le réfugié est un individu qui quémande un refuge car il a été chassé de son foyer par d'abominables malheurs dont sont responsables des méchants et dont il est absolument innocent, il est donc, par nature et par essence, un malheureux  --et qui oserait refuser sa pitié (et l'argent de ses voisins) à un malheureux, son (ou ses) épouse(s), et leur attendrissante progéniture?
   L'invention du réfugié a pour fin d'éliminer la raison au profit de l'émotion, seul moteur des réactions de nos contemporains.
   Lesquels, ne cessant d'être émus (bouleversés, indignés, etc.), peuvent aussi être prompts à abandonner demain ce qui hier faisait saigner leur petit cœur.

mardi 11 août 2015

Triste récompense d'un grand talent

       


       "Nouvelles confirmées par lettres du sieur de la Haye-Ventelet, ambassadeur de France en Constantinople, comme le nommé  Champagne, coiffeur que la reine de Pologne avait emmené, a été pris par une irruption des Tartares et mené à Constantinople. Ayant montré comme il savait coiffer à ravir, a été châtré et mis au sérail, pour coiffer les femmes du Grand-Seigneur."
      Journal de François-Nicolas Baudot, seigneur du Buisson et d'Aubenay, historiographe du Roi, à la date du mardi 19 février 1648 (publié par Gustave Saige, Paris, 1883, 2 vol.).
      Cette breaking news m'incitera-t-elle à fulminer de vives imprécations contre la barbarie des Mahométans (délit) ou à ironiser sur la virilité des coiffeurs pour dames (autre délit) ?
      Non, car je n'ai plus que
      "les restes d'une voix qui tombe, et d'une ardeur qui s'éteint." (Jacques-Bénigne Bossuet, Oraison funèbre de Très Haut et Très Puissant Prince Louis de Bourbon, prince de Condé, premier Prince du Sang, prononcée en l'église de Notre-Dame de Paris, le dixième jour de mars 1687).