david in winter

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mercredi 30 avril 2014

Tourner sept fois sa langue....



  L'affaire est américaine, et comme toute horreur née outre-Atlantique, telle la persécution des fumeurs, reçoit rapidement force de loi en notre très-vieille Europe, elle est prémonitoire, et exemplaire.
  J'en ai trouvé le récit dans ce fameux quotidien de référence qui la rapporte en se léchant les babines,  ronronnant d'aise de pouvoir à la fois se délecter et s'indigner de l'un de ces scandales qui lui assurent la fidélité sonnante et trébuchante de lecteurs avides de délation et d'un M. Etat aimablement subventionneur.
   Un individu, qui réunit sur sa seule personne les horribles défauts d'être de sexe masculin, vieux, riche et d'avoir la peau blanche, et est propriétaire d'un spectacle sportif, a , dans une conversation téléphonique, recommandé à une jeune amie de ne pas s'afficher, en photos trop diffusées ou en public, avec des messieurs – qui se trouvent avoir la peau noire.
   C'est, semble-t-il, à la suite d'une tentative de chantage peu couronnée de succés, que ces propos furent communiqués à d'intègres journalistes, qui lui assurérent aussitôt la plus large publicité assortie des commentaires habituels stigmatisant l'ignoble raciste.
   D'après ce que j'ai lu, le méchant n'a nullement dit : "je ne veux pas que tu te montres avec X ou Y parce que je ne veux pas que tu te montres avec des Noirs" , il a seulement dit : "ne te montre pas avec X ou Y", et a même ajouté : "tu peux les fréquenter, sortir avec eux et même coucher avec si tu en as envie", ce qui semble relever d'une certaine largeur d'esprit.
   Pourquoi ce monsieur ne voulait-il pas que sa petite camarade se montre avec, etc. ? Il peut y avoir mille raisons à cette attitude, pour les medias et politiciens (dont le M. Président américain qui s'est empressé de faire part de son indignation à tous les micros) il ne peut y en avoir qu'une, et elle se nomme racisme.
  L'un des effets les plus remarquables de cette indignation, officielle et obligatoire, est que la sorte de fédération dont dépend le spectacle sportif appartenant au stigmatisé a aussitôt condamné ce dernier à une amende de deux millions et demi de dollars (et au profit de ladite fédération).
  Pour, il faut le rappeler, des propos tenus dans une conversation privée.
  Voilà qui est fort intéressant, et ouvre de remarquables possibilités d'enrichissement.
 Jusqu'à ce jour, n'étaient poursuivis que les propos publics, et particulièrement ceux qui peuvent être tenus sur ces réseaux sociaux, dont tous les messages sont scrutés par de multiples inquisiteurs peu bénévoles.
    C'était là une limitation dont nous sommes aujourd'hui heureusement débarrassés.
   Je suggère donc à mes lecteurs qui , téléphonant à leur maîtresse ou leur amant, se laisseraient aller à des plaisanteries coupables, d'être dorénavant très prudents, surtout s'ils renoncent à faire à l'aimé(e)  le don d'un bijou imprudemment promis.

vendredi 25 avril 2014

Souci littéraire



      Relisant les premiers chapîtres d'un roman interrompu, et dont j'ai décidé de reprendre la rédaction, sans doute au détriment de ces billets au charme trop discret, je trouve ces lignes (protégées par mon copyright...) :
      "... [en scène, une jeune femme post-moderne qui se plaît à émailler ses propos d'anglicismes hasardeux]  s'approcha de la grande bibliothèque (...) , prit cependant, intriguée, le De asse de Guillaume Budé, demanda : ça parle de cul?, n'attendit pas de réponse (...) ".
      Et une vague inquiétude me trouble  --combien de lecteurs, et même d'érudites lectrices -- apprécieront toute la finesse de ce membre de phrase ?

jeudi 24 avril 2014

Diffamation, calomnie -- et réputation



   Dans un billet récent, écrit, comme toujours, d'une plume alerte et incisive, M. Jacques Etienne s'interroge sur la légitimité, et l'éventuelle répression, de la diffamation et de la calomnie sans, me semble-t-il, en  avoir perçu l'exacte signification.
  Rappelons donc quelques principes et réalités, pourtant bien connus puisque ces questions ont été parfaitement élucidées par les travaux de Murray Rothbard et David Friedman, entre autres auteurs ayant abordé, et cerné, la question.
   Diffamation et calomnie sont la publication, par la parole ou l'écrit, de faits exacts  mais cachés (diffamation) ou inventés  (calomnie) dont la divulgation nuit  à la réputation de l'individu qui en est l'objet.
  Notons vite que si Martin couvre par ses discours Dupont de louanges imméritées ou lui prête des actes héroïques qu'il n'a jamais accomplis, ou qu'il a accomplis mais non dévoilés, il est rare que Dupont traîne Martin devant les tribunaux en lui reprochant de l'avoir ainsi  montré meilleur qu'on ne le croyait.
  Venons-en à la réputation.
  Celle-ci, quelque effort qu'un individu fasse pour l'établir et la conserver, ne dépend aucunement de cet individu, mais des tiers qui, des actes et mœurs dudit individu voient, perçoivent et retiennent ce qui formera leur perception de la valeur de cette personne – la réputation n'est que dans le regard (la conscience, etc. ) d'autrui et n'est donc nullement la propriété de celui ou celle qui se targue d'avoir bonne réputation, ou déplore d'avoir mauvaise réputation.
  Ergo, lorsqu'un quelconque Dupont se drape dans la loi pour faire interdire diffamations et calomnies attentant à sa réputation, le possessif est une imposture : cette réputation ne lui appartient pas, et il ne peut s'en prévaloir.
  Je renvoie aux auteurs cités pour une plus ample discussion, et l'examen raisonné des arguments pro et contra, et n'ai évoqué le sujet que parcequ'il est trop souvent utilisé pour justifier –malhonnêtement—la suppression d'une liberté d'expression à laquelle je suis radicalement attaché.
Note : que diffamation et calomnie ne fassent pas plaisir à qui en est l'objet, voilà qui ne devrait ouvrir aucun droit.

mardi 22 avril 2014

Marcel Proust, Léon Daudet et la politique



   Je reçois ce matin un ouvrage rare  -- il s'agit de L'entremetteuse , roman de Léon Daudet (mon exemplaire est l'un des vingt Hollande de l'édition originale, auquel est jointe une lettre autographe de l'auteur, le tout m'ayant coûté un prix désespérément bas...), roman qui fit par son sujet, lors de sa publication en 1921, un tel scandale que l'auteur le fit lui-même retirer de la vente.
  Cela explique que l'ouvrage soit peu connu, ainsi que sa dédicace :
  " A MARCEL PROUST
     MAITRE DE L'INTROSPECTION
   HISTOLOGISTE DE LA VIE INTERIEURE
                 Son vieil ami ,
                   Léon DAUDET "
     Je ne m'étendrai pas sur le fait que l'année précédente Marcel Proust avait dédié Le Côté de Guermantes au même Léon Daudet ( "... à l'auteur ... de tant de chefs-d'œuvre, à l'incomparable ami, en témoignage de reconnaissance et d'admiration"), ni sur le rôle déterminant que ce dernier joua dans l'attribution, en 1919, du prix Goncourt à A l'ombre des jeunes filles en fleurs, mais citerai ces lignes d'un article de Marcel Proust, écrit à la fin de 1919 ou au début de 1920 , non publié et retrouvé après sa mort dans l'immense fouillis de ses papiers:
   "Ne pouvant plus lire qu'un journal, je lis, au lieu de ceux d'autrefois, L'Action française. Je peux dire qu'en cela je ne suis pas sans mérite. La pensée de ce qu'un homme pouvait souffrir m'ayant jadis rendu dreyfusard, on peut imaginer que la lecture d'une "feuille" infiniment plus cruelle que Le Figaro [dont Proust fut un collaborateur zélé...]  ou Les Débats, desquels je me contentais jadis, me donne souvent comme les premières atteintes d'une maladie de cœur. Mais dans quel autre journal le portique est-il décoré à fresque par Saint-Simon lui-même, j'entends par Léon Daudet? Plus loin, verticale, unique en son cristal infrangible, me conduit infailliblement à travers le désert de la politique extérieure, la colonne lumineuse de Bainville. Que Maurras, qui semble détenir aujourd'hui le record de la hauteur, donne sur Lamartine une indication géniale, et c'est pour nous mieux qu'une promenade en avion, une cure d'altitude mentale."
   Dans une lettre à J. H. Rosny aîné de décembre 1919, Marcel Proust écrit :
  " Mes opinions politiques (...), j'ai signé la première de toutes les listes en faveur de Dreyfus, j'ai été un dreyfusard ardent,envoyant mon premier livre à Picquart dans sa prison du Cherche-Midi."
   C'est là, certes, un estimable engagement, et l'on comprend que Proust tienne à le rappeler, et il le fait fort souvent, en précisant que néanmoins il ne fut jamais "ni anticlérical, ni antimilitariste", mais c'est un engagement ancien, c'est pourtant, deux bonnes décennies plus tard, la seule opinion politique qu'il avouera jamais.
  Et sur ce sujet, il n'y a rigoureusement rien d'autre à dire.

vendredi 18 avril 2014

Moeurs républicaines



   A la suite de l'un de ces réglements de comptes entre hiérarques dont les cruels ressorts nous sont malheureusement celés, un nouveau scandale nous fut hier révélé, par un inquisiteur féroce et subventionné par un M. Etat dont il dénonce certaines turpitudes afin de mieux en couvrir les plus graves méfaits.
  L'anecdote – un très-proche conseiller du Président complétait son salaire de haut fonctionnaire par de menus serices rendus à des entreprises que sa fonction le chargeait de surveiller – a, comme d'habitude, l'intérêt non de nous apprendre quoique ce soit de nouveau sur les mœurs de l' élite-qui-nous-gouverne, mais de nous dévoiler, au passage, de petits faits que nous ignorions.
  En voici un, et que l'on m'en pardonne la vulgarité terre-à-terre : les employés supérieurs d'une administration dont la fonction essentielle est de recueillir copains et clients du parti au pouvoir perçoivent un salaire annuel compris entre 85.000 et 100.000 euros (l'écart doit s'expliquer par primes et ancienneté -- ou faveur?) pour deux journées de "travail" hebdomadaire  --voici qui permet, peut-être, de rectifier l'image du fonctionnaire suant au service du public pour un traitement de misère.
  Autre fait, ce conseiller jouissait, dans les milieux bien informés et les antichambres élyséennes, d'une respectable notoriété pour avoir écrit un fameux discours que le Président alors aspirant-Président avait prononcé au Bourget, discours qui avait chaviré d'émotion le sensible cœur du peuple-de-gauche, bouleversé de pouvoir adorer un nouveau Jaurès capable d'unir aux généreux accents du socialisme incantatoire la flamme lyrique d'un éternel Hugo.
  Eh bien, il appert ce matin que ce sublime discours que le Président, déjà mal à l'aise avec la simple oralité, n'avait pas même tenté de rédiger lui-même, le brillant conseiller en avait sous-traité l'écriture à un sous-négre  qui, peut-être lui-même ... – souhaitons que les incorruptibles journalistes d'investigation aillent jusqu'au bout de la chaîne pour nous jeter en pâture la véritable identité d'un rédacteur sans doute recruté dans les rangs des fabricants à la chaîne de romans à l'eau-de-rose (et, ces temps-ci, un peu cochons).
  Comme il se doit, l'effet de ces affaires, auxquelles nous joindrons l'aimable embauche, par la même bienveillante administration et au même tarif, d'une politicienne écoterroriste déçue du suffrage universel..., sera absolument nul.
   Corrigeons : absolument nul dans l'immédiat, mais dans la conscience des citoyens il en résulte une impression qui, s'ajoutant à de semblables impressions antérieures, engendre un sentiment, sans doute de mépris, puis de dégoût, et –ensuite ?