david in winter

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jeudi 29 janvier 2015

Fable grecque à l'usage du peuple français

      

   Jadis, on nommait grec un monsieur qui, par sa dextérité à manipuler cartes ou dés, déjouait toutes les incertitudes du hasard et s'assurait de toujours emporter la mise.
   Ce grec était-il un tricheur?
   Oui.
   Au siècle dernier, divers politiciens européens décidérent, pour augmenter leur prestige, accroître leur pouvoir, satisfaire une lubie idéologique, d'ajouter à leur plaisante construction européenne ce pays dont les habitants descendent autant, sinon plus, des Turcs et de diverses peuplades méditerranéennes que des blonds compagnons d'Ulysse, et qui se dit encore Gréce.
   Des traités furent signés.
   La partie contractante grecque, qui avait conservé de ses ancêtres homèriques un rare génie de la ruse dissimulée par le plus franc des sourires, comprit vite qu'avec un peu d'habileté, les termes de ces traités ne fonctionneraient qu'à leur avantage... Quelques traficotages de comptes publics, trucages de bilans et falsifications de documents suffirent pour qu'une abondance venue d'ailleurs coulât dans le Trésor de M. Etat (héllène). Une grosse partie de cette manne fut généreusement distribuée aux électeurs , les Grecs s'accoutumérent à  produire extrêmement peu tout en dépensant beaucoup et à préférer passer leurs journées à réciter et commenter les vers de Pindare ou Sapho plutôt que suer à l'usine, trimer à l'atelier ou se stresser au bureau  --l'Age d'or était revenu.
   Mais que se passa-t-il soudain? Histoires de femme, querelles de préséance?
   Toujours est-il que les dispensateurs de largesses se fâchèrent contre leurs amis nés (autrefois) de Pythagore et décidérent, non de cesser absolument leurs libéralités, mais de les fortement dimininuer. Et même, rappelant indélicatement qu'une partie de ces largesses étaient des prêts, ils osèrent insinuer d'en demander le remboursement (en quelques décennies).
    Pauvres Grecs! Après avoir si agréablement vécu d' un argent venu d'ailleurs, voilà qu'ils étaient réduits à compter sur les seuls fruits de leur travail pour acquérir des smartphones et autres aménités de notre temps, et même, de ces maigres fruits, une petite part leur était ôtée au profit de leurs créanciers.
   A cette malédiction, un barde donna le nom d'Austérité.
   Une nuit arctique, éternelle, enveloppa les flancs de l'Olympe, le peuple, chœur tragique, gémissait et criait famine, puis...
    Un magicien apparut. Il se disait inspiré de ces Dieux que révèrent désormais toutes les élites de Gaia (Karl Marx, Vladimir Lénine, Che Guevara et le Père Ubu) et promit qu'il ferait revenir l'abondance, en frappant de sa baguette magique les cassettes de divers autrui (avares étrangers et riches concitoyens), qui aussitôt déverseraient leur or dans les mains tendues des innocentes victimes de cette divinité de l'Hadés, Austérité.
   Il y eut une élection, que le magicien emporta triomphalement.
    Quoique la mode du philhéllénisme (quand de languides jeunes filles poitrinaires versaient des larmes d'amour sur cet enfant grec aux yeux bleus avide de poudre et de balles) soit passée, le peuple français manifesta un intérêt inédit pour le magicien car, pour tout dire, ce peuple craint confusément que, chassée de son abri du Parthénon, la méchante Austérité ne s'abatte sur son niveau de vie, qui doit beaucoup à de semblables ficelles.
    Mieux vaut prévenir que guérir..., et c'est dés maintenant que la France unie appelle à son secours le magicien, ou son meilleur disciple (titre que revendique déjà une petite horde de compétiteurs).
    Ce pays est sauvé.

mardi 27 janvier 2015

Une leçon de journalisme: la France Obertone

      

        Un billet de M. Goux éveille ma curiosité..., quelques clicks..., j'achète l'ouvrage de M. Obertone  (sic) intitulé La France big brother.
     J'ouvre au hasard.
     Je lis : "  Perdriel (...) a récemment repris Le Nouvel Obs".
     M. Perdriel a effectivement repris le Nouvel Obs  --il y a un bon demi-siècle.
      Un passage sur les salaires des journalistes..., est cité M. Plenel, l'une des cibles préférées de M. Obertone. Rien sur le salaire de M. Plenel au Monde, ni ses indemnités de départ, cela a pourtant été publié, vérifié, et eût apporté une eau bien grasse au moulin de M. Obertone.
      Je feuillette encore, tombe sur une évocation absurde de l'inceste dans les sociétés primitives, je referme l'ouvrage, vais le porter dans la grange, derrière des ballots de fourrage, là où passent de voraces et moustachus petits rongeurs.
    M. Obertone est diplômé d'une école de journalisme est-il écrit au dos de la couverture, c'est une précision redondante.

   P.S. Le lecteur curieux trouvera un intéressant portrait de M. Perdriel, et qui le rend fort sympathique, dans les divers volumes du Journal de Jacques Brenner, qui fut son ami.

dimanche 25 janvier 2015

Religions en guerre

      

   Alors que les dernières vaguelettes du plus gigantesque raz-de-marée de propagande jamais engendré par l'empire du bien viennent mourir sur les pages de papier glacé des mensuels (jusqu'au magazine de modèlisme ferroviaire Loco-Revue, avec un éditorial d'une exemplaire abjection), il est bon de se réfugier dans les siècles passés, et d'y reprendre la mesure de toutes choses.
   J'achève la lecture de l' Histoire universelle de Jacque-Auguste de Thou , longtemps considéré comme "notre grand historien national", dans la traduction française (l'auteur écrivait en latin) publiée en 1734 à Londres (16 volumes in-4°). En fait , j'en suis au tome XV, ce qui signifie que j'ai déjà lu aux alentours de onze mille pages de cette Histoire qui va de l'an 1550 à 1607 (et continuée par un M. Rigault jusqu'en 1610).
   Cette période est celle des guerres de religion , que Henri Davila, historien contemporain de de Thou, appelle justement guerres civiles, guerres civiles déclenchées au nom d'une foi plus pure par les prétendus réformés.
   Dieu, donc, guide leur glaive, s'emparent-ils d'une ville, aussitôt ils se précipitent dans  les églises, brisent autels, statues et images, massacrent les prêtres, violent (et tuent) les religieuses, incendient les édifices sacrés, quant aux habitants, ils sont bien souvent passés au fil de l'épée.
   Dans ces guerres, qui ravagèrent toute l'Europe, Espagne exceptée, quoique l'on y combattit contre les Morisques..., durant un demi-siècle, la soif de pouvoir s'allie agréablement à la revendication religieuse –si les Princes allemands adoptèrent avec enthousiasme la confession d'Augsbourg, c'était aussi pour se défaire de la tutelle de l'Empereur, si Charles de Suéde (protestant) se rebella son neveu le roi Sigismond (catholique) au nom de la "liberté de conscience" c'était aussi pour s'emparer de son trône (il y réussit), si les protestants flamands prirent les armes contre les Espagnols catholiques, ce fut pour conquérir leur indépendance et établir une République –etc., etc.
   Même si la foi fut bien souvent une excuse, ou un prétexte, pour les plus sanglantes usurpations, elle n'en était pas moins, et les textes de l'époque ne mentent pas, authentique.
    Je ne ferai pas ici, et il y faudrait des milliers de pages, un bilan comparatif des massacres commis par l'un et l'autre camp, l'un et l'autre bénis par ses pasteurs et ses prêtres.
    D'autant qu'un tel bilan est à peu près impossible à établir, les prétendus réformés ayant montré un génie de la propagande que ne surent égaler les catholiques, et ceux-ci omirent de rédiger l'équivalent du Martyrologue des protestants.
    C'est donc à un texte huguenot que j'emprunterai quelques extraits des effets de la foi catholique en action.
    Je trouve ce texte dans les Mémoires de la Ligue recueil de pièces commencé à la fin du XVIème siècle par le huguenot Simon Goulart, augmenté considérablement au fil des rééditions, et que je posséde dans sa version la plus complète ( A Amsterdam, 1758, 6 vol. in-4°).
   Il est intitulé Recueil des horribles carnages & massacres commis par les gens de Guerre du Duc de Savoie le 22 avril 1590 (...) sur les pauvres paysans (...).
   [Le duc de Savoie, catholique, espérait alors s'emparer de la calviniste Genève, quant aux paysans qui se trouvaient sur le passage de ses troupes, ils étaient supposés huguenots...).
    "Au lieu de Collonges : furent massacrés Michel Vachez & Pierre Rolland, & François d'Escorens, auxquels on trouva les parties honteuses coupées et mises dans leurs bouches; Rolet & Jenette sa femme, soixante ans, tués; Thoine, dix-huit ans,résistant de tout son pouvoir à ceux qui la voulaient violée, tuée; trois petits enfants de douze, neuf et six ans, assommés avec une coignée et laissés morts au foïer, où les pères et mères les trouvérent morts;Françoise, quinze ans, & Tevenne, 18 ans, violées et tuées;(...); Françoise Pariset, 25 ans, noyée avec son enfant de six mois;
  "A Croset : Gabriel de Chevri fut pendu par les parties honteuses, & mourut en telle langueur; Perrette, âgée de sept ans, fut tellement violée par les Soldats qu'elle en mourut."
    Cette liste de meurtres, tortures, viols, exercés en un seul canton, occupe une vingtaine de pages, j'y renvoie mon lecteur, surtout celui qui s'imaginerait que nous sommes aujourd'hui en guerre.

lundi 19 janvier 2015

Souvenirs de terrorisme

     

     Ai-je été un terroriste?
     Il y a bien, bien des années, j'aidais, soutins de toutes mes juvéniles et faibles forces un mouvement que les autorités appelaient terroriste.
     En fus-je réellement membre?
     Cette organisation était secrète, et ne distribuait pas de carte d'adhérent, quant à moi, disons que je gravitais dans une nébuleuse, qui pouvait être cette organisation, ou seulement son écume.
     Je ne posai jamais de bombe, activité que je jugeais peu honorable, et contre-productive (l'effet le prouva), ni ne tuai personne, mais si un chef, évidemment respecté et respectable, m'eût ordonné d'aller tirer quelques balles dans le ventre d'un méchant ennemi, avec quelle joie et quelle fierté eussé-je obéi!
     Je participais à la préparation d'un complot pour nous emparer, par des souterrains oubliés, de l'Elysée (l'affaire tourna court) et, par une belle nuit de printemps, je m'en allais, après avoir fait mes adieux à une douce amie, m'emparer d'un aérodrome militaire en compagnie de camarades armés de pistolets (moi, de ma seule bonne volonté, et l'affaire tourna court).
    Pour l'essentiel, je plaçais auprès de bistrotiers sympathisants, en échange de vrais nouveaux francs, des bons émis par l'Organisation et remboursables après la victoire, et je collais des affichettes, qui seraient aujourd'hui qualifiées d'apologie du terrorisme et étaient alors une atteinte à la sûreté de l'Etat. Je cachais aussi, à leur sortie des rotatives, les exemplaires d'un hebdomadaire régulièrement saisi par la police politique.
     Puis, une semaine durant, je vécus dans la clandestinité (et séduisis la fille de mes hôtes—ô romantique jeunesse!).
     Fleurissaient lois d'exception et juridictions d'exception, nous ne nous en souciions guère.
     Dans cette aventure, beaucoup de nos aînés étaient des récidivistes – ils avaient activement participé à la Résistance contre les Allemands, mouvement que les autorités (d'alors) appelaient terroriste.
    De ce temps, de ce combat dont le mobile essentiel était pour moi de protéger nos concitoyens de religion musulmane..., je ne regrette que l'échec.
    En 1995, je publiai un roman dont les héros sont des terroristes qui se sont donné pour mission de sauver l'humanité en tuant beaucoup d'innocents, leurs mobiles sont sociaux, un peu politiques, beaucoup mystiques et métaphysiques. Ce roman a  de gros défauts, je pense néanmoins qu'il explique fort bien ces tueurs, et ceux de leur espèce.
    Quelques années plus tard, je lus dans un newsmagazine un long article sur un assassin qui avait, dans une banlieue de Paris, exterminé une dizaine de politiciens de troisième ordre. Cet homme avait , sur sa table de chevet, ce mien roman, et l'un de ses amis confiait qu'il en avait été le lecteur assidu.
    Cette information me laissa une curieuse impression.
    Disserterai-je ici sur la responsabilité de l'écrivain?
    Non.
    Mais ce qu'est l'esprit d'un terroriste, je crois le comprendre.