david in winter

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vendredi 3 janvier 2014

Tristesse amoureuse et fin du chômage



   Telles les grandes douleurs, les grandes amours sont muettes, quant aux grandes amours grandement douloureuses, leur intensité même les conduit, tel le noyau originel qui engendra l'univers, à se désintégrer dans un big bang qui produit plus de vide que de matière.
   C'était pourtant il n'y a guère, et il semble que nul ne se souvienne de ce beau jour d'automne où le Président était apparu sur tous les écrans connectés, rouge d'émotion et frémissant de désir, pour convier à partager sa couche élyséenne cette Leonarda dont la silhouette paraît tracée par le pinceau d'un Rubens ou d'un Renoir.
  Las, des intrigues de palais, des jalousies de concubines et la mauvaise humeur d'une valetaille  craignant un surplus de travail  contraignirent le moderne Tristan à touitter à son Yseut que les devoirs de sa charge le contraignaient à reporter son invitation à une date très ultérieure, et désormais, vêtue de son seul smartphone, la pauvre enfant erre dans la roulotte ancestrale tirée par une famélique haridelle  à la recherche de sa pitance entre les monts du Caucase et le désert de Gobi, oubliée du peuple, des reality-shows et des humanitaires compassionnels.
  De cette séparation, le Président ressentit un déchirant chagrin qu'il décida de surmonter en combattant sous les yeux de ses sujets haletants la trop fameuse hydre du racisme, des vilaines pensées et des méchantes phobies, de cette lutte, il sortit ensanglanté et vainqueur ( les têtes du monstre ne vont-elles pas repousser? à suivre...) mais alors qu'il quittait l'arène de ses exploits il revit l'image de l'aimée perdue, la noire mélancolie le menaçait, il réagit en exterminant d'abord d'une seule loi prostituées et prostitués, puis décida d'affronter un adversaire encore plus féroce, non plus la Courbe seule, comme il le fit à ses moments perdus, mais le principe et l'essence de la Courbe : le chômage en soi, selon la judicieuse expression de feu M. Martin Heidegger.
   Des experts, tous employés de diverses administrations étatiques, vinrent, forts de leur expérience du monde du travail, exposer le problème et offrir des solutions, leurs rapports furent lus, disséqués, parfois annotés, et de cette masse de faits et statistiques mêlés de spéculations théoriques, le Président isola un phénomène étrange, et jusqu'alors négligé.
  Lorsqu'un employé disparaît, par un décès impromptu, il arrive assez souvent que l'employeur embauche un autre individu afin de remplacer le défunt, et si cet individu peut être embauché , cela signifie qu'il était sans emploi, autrement dit chômeur, d'où cette conclusion : un employé mort, un chômeur de moins.
   Eurêka! s'exclama le Président, me voici tiré d'affaire, nous comptons actuellement, peu ou prou, cinq millions de chômeurs, demandons à cinq millions d'employés de bien vouloir mourir (au besoin, nous promulguerons une loi à cet effet), et voici cinq millions de chômeurs de casés, ce qui fait qu'il en restera, de cette encombrante engeance, --le Président prit un petit papier et un crayon—cinq millions... je pose... moins cinq millions... résultat... à peu près zéro. (Que cette initiative présidentielle évoque un texte fameux, et mal compris, de Jonathan Swift sur l'utilisation rationnelle des petits enfants irlandais ne peut être qu'une coïncidence).
   Le Président convoqua ses conseillers et experts préférés, exposa comment il avait enfin, et tout seul, vaincu le chômage, demanda que tout cela fût mis en forme selon les usages républicains, publié illico au Journal officiel et touitté allégrement, quand une jeune aide de camp, soucieuse de se faire remarquer, dit:
   --C'est admirable mon Président... mais...
   --Parlez sans crainte, mon enfant, car je suis ouvert au dialogue.
  --Voilà... Euh... Vous aviez promis aussi de créer des emplois...
   --Certes, et je prouve ici que je tiens ma parole.
   --Euh... si je peux me permettre... les cinq millions de paresseux, ils seront embauchés dans des emplois déjà existants...  il n'y a pas vraiment, pas tout-à-fait... création...
    Le Président foudroya l'insolente de son regard d'acier. Cette jouvencelle allait-elle lui apprendre les mystères de l'Economie? Ne lui avait-on pas enseigné à l'Ecole que "un chômeur en moins, un emploi en plus" ? Ou ...le contraire...l'emploi d'abord ? Il ne se souvenait pas, mais n'était pas homme à s'arrêter à si petites arguties.
   De son récent séjour en Arabie heureuse et pétrolière, il avait appris comment museler une ombre d'opposition, ordonna donc de décapiter la jeune personne, puis de passer une annonce dans Paris boum boum pour recruter un chômeur au poste vacant, afin de montrer que le bon exemple venait d'en-haut.
   Et certain de n'avoir plus à s'inquiéter pour sa réélection, il s'en alla pêcher à la ligne dans le bassin de son parc.
  

3 commentaires:

  1. Cher Michel, voilà une de ces idées simples et efficaces qui sont la marque du génie. Vous oubliez cependant un de ses effets secondaires qui lui, serait créateur d'emploi : la mort de 5 millions de personnes au lieu de 400 et quelques mille décès d'une année ordinaire entraînerait un boom de l'embauche dans les entreprises de pompes funèbres !

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    1. Mais si on les noie, selon la méthode du héros républicain Carrier?

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  2. Paris boum-boum que des souvenirs encore mieux les sites internet de rencontre, au moins en 2014 avec vos écrits on pourra toujours rire

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