david in winter

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mercredi 23 octobre 2013

Interruption de programme et saines lectures



   Il est  à craindre que ne soit jamais tournée la seconde saison de la bouleversante sitcom intitulée Le Boudin magique, ou les fabuleuses aventures de Leonarda au pays des subventions; le trailer diffusé hier qui montrait la rayonnante héroîne en proie aux affres de l'incertitude – "J'y retourne-t-y ? J'y retourne-t-y pas ?"—tout en machouillant des loukoums n'a, hélas, guère fait frémir l'audimat, d'autant que tout ce qui pense et commente glosait au même moment sur l'incroyable révélation que les espions espionnent.
  Privé de ces jeux que le gouvernement offre au peuple tout en lui volant son pain, je me consolai en relisant la Politique d'Aristote, dans l'exacte traduction de M. Jean Aubonnet, et y trouvai ( Livre I, viii, 7 ) cette observation :
   "Il en va de même des hommes: il y a en effet grande diversité dans leur genre de vie; les moins actifs sont nomades : la nourriture qu'ils tirent des animaux domestiques leur vient sans peine et tout à loisir."
   Remplacez "animaux domestiques" par "contribuables gaulois" – c'est pour notre temps qu'écrit Aristote.
   Un peu plus loin ( V, ix, 11) me frappa cette notation :
  "Dans quelques cités, les oligarques [ aujourd'hui appelés énarques ou élus] prononcent ce serment: "A l'égard du peuple, je serai malveillant, et je déciderai contre lui tout le mal que pourrai."
   Tout en déplorant que le Stagirite ait omis de nommer les cités concernées, je regrette que cet usage se soit perdu, obligeant ainsi les gouvernants à mentir sur le sort qu'ils réservent à leurs sujets, mensonge dont les effets ne profitent d'ailleurs à personne : s'attendant à être comblé des bienfaits promis, le peuple éprouve, en se voyant persécuté par des lois scélérates et ruiné par les impôts  (fonctionnaires et allogénes exceptés), une surprise désagréable , qui souvent le conduit à chasser ceux à qui il a offert le pouvoir suprême, ce sont là des maux qu'une franchise antique eût aisément évités.
   Mais... nos modernes oligarques savent-ils ce qu'ils disent ? Cherchons un début de réponse à cette interrogation dans l'œuvre de Ludwig Wittgenstein  -- philosophe  particulièrement soucieux de résoudre le troublant "que dit-on lorsque l'on dit quelque chose?"--, non dans son trop fréquenté Tractatus logico-philosophicus mais dans son court traité De la certitude  (traduction de M. Jacques Fauve, Paris, 1965), et je cite ( 3-4-51) :
   "Qu'en serait-il si au lieu des mots : " Je sais que ceci est un arbre" , nous avions les mots : "On sait aujourd'hui qu'il y a plus de... sortes d'insectes"? D'un homme qui formulerait  tout d'un coup une telle proposition, hors de tout contexte, il serait loisible d'estimer qu'il a entre-temps pensé à tout autre chose et qu'il est en train de formuler tout haut une proposition appartenant au cours de ses pensées. Ou encore : qu'il est entré en transe et qu'il parle sans comprendre ce qu'il dit."
  Et voici éclairci le mystère de récentes allocutions présidentielles.

6 commentaires:

  1. Une fois de plus, heureusement que vous êtes là !

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  2. Si le raisonnement tient a route, je trouve tout de même que notre timonier a la transe bien molle

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  3. Tiens, j'ignorais que les fonctionnaires ne payaient pas d'impôts.

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    1. Un marxiste est d'abord un ignorant.

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    2. Très drôle. Et "tout anticommuniste est un chien", ça marche aussi, comme réponse à deux balles ?

      N'essayez pas de ruser avec moi, c'est au-dessus de vos moyens.
      Admettez humblement votre erreur et je vous pardonnerai. Je ne suis pas un monstre.

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