david in winter

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lundi 21 octobre 2013

Leonarda --scoop ! Le mystère enfin dévoilé !



   Dans la série produite par l'américain Lionsgate Hannibal, qui prête de nouvelles aventures au gourmet cannibale Hannibal Lecter, héros meurtrier de Manhunter et de The silence of the lambs ( et suites et remakes de moindre envergure) , les perspicaces agents du FBI attendent que s'écoulent une dizaine d'épisodes avant d'entreprendre une véritable et traditionnelle enquête pour résoudre l'énigme qu'ils avaient, avec une surprenante naïveté, cru élucider grâce à des visions assorties de fumeux gazouillis psys. Cette attitude, le refus de la simple recherche de preuves,  me  parut d'une si grave invraisemblance que le spectacle commença de me faire ronchonner – "cela ne peut pas se passer  ainsi dans le monde réel".
  Mais... n'aurais-je pas trop vite ronchonné ?
  Dans la réalité, ou ce qui tente d'en tenir lieu, un Président que-le-monde-entier-nous-envie, ( lire la presse étrangère pour confirmation) a fait publier urbi et orbi (i-e : sur internet ) le rapport officiel établissant toute la vérité sur l'épopée de la sémillante Leonarda et de sa laborieuse smala.
  Tout historien sait que la finalité d'un rapport officiel est d'établir cette vérité officielle qui absout, et même loue, les puissants , tout en décernant un vigoureux coup de pied de l'âne aux sous-fifres, ici les argousins manquant de discernement. L'historien sait aussi que cette vérité officielle se doit d'être crédible, et donc d'être construite non seulement sur des omissions, approximations et francs mensonges, mais aussi sur quelques faits qui peuvent être prouvés grâce à des documents les attestant, et dont la multitude exclut la falsification.
   Parmi ces faits exposés dans ce rapport de 24 pages ( dont beaucoup sont blanches), je relève que l'enrichissante famille de Leonarda, la lycéenne-star et vertueuse , a multiplié demandes et recours devant diverses autorités administratives et judiciaires, et cela de janvier 2009 jusqu'au 03 septembre 2013, soit une période de quatre ans et huit mois durant lesquels, de toute évidence, ces autorités n'ont pas manqué de diligenter toutes les enquêtes nécessaires sur cette nécessiteuse tribu. Or, pendant ces quatre ans et huit mois, ces autorités, qui ne manquent pas de personnel d'éxécution, puisqu'il fut possible de mobiliser quatorze (!!!) gendarmes et policiers afin de rafler marmots et mama ( le bon papa, plus costaud, ayant été raflé antérieurement) pour les expédier au verdoyant Kosovo, ces autorités donc auraient été absolument incapables d'établir la vérité sur les deux éléments fondamentaux qui sont au cœur de toute l'affaire : la nationalité des attendrissants marmousets et le statut (éventuellement) conjugal des heureux géniteurs.
   Car c'est seulement lorsque cette méritante famille a échangé son état de roms subventionnés pour celui, plus médiatique, de roms persécutés que nous apprenons, de la bouche même du bon papa, que femme et marmaille sont, non kosovaresques, mais italiens ! et que de surcroît lui et Madame ne sont pas mariés mais vivent dans le péché, comme un simple Président.
   Un mauvais esprit remarquera que l'affaire eût dû alors s'arrêter net, les ressortissants italiens ayant un droit absolu de s'établir en Gaule (depuis Jules César, Leonard de Vinci et Mazarin). Non... non seulement les plus hautes autorités et les multiples envoyés spéciaux rêvant des lauriers de Woodward et Bernstein ne fournirent aucun fait confirmant ou réfutant cette italianité, mais... tout continua comme devant, dans une parfaite invraisemblance.
  Jusqu'à hier où survint un nouveau rebondissement, tel que n'eussent osé imaginer les hollywoodiens scénaristes d' Hannibal.
  Alors que Leonarda et son aimante famille se promenaient dans la riante campagne kosovarienne entre minarets,tapis de prières et BMW sans papiers, un groupe d'hommes d'allure indigéne quoique légèrement nomade croisa leur chemin, un homme en sortit, avança et... envoya une gifle à la féconde mama ( qui en profita pour se faire hospitaliser afin d'échapper aux tâches ménagères qui lui incombent culturellement). Pourquoi ce courroux de l'inconnu? Ce n'était que le geste fort naturel, et également culturel, d'un époux bafoué , car ce gifleur n'est autre que le premier ( et seul ? ) mari de notre héroïne, épousé vingt-cinq ans auparavant dans une pimpante mairie kosovaresque.
  Mais alors... cette femme ne serait pas italienne ? Elle serait... Un vertige me prend...  ces enquêtes qui omettent l'essentiel, ces reportages qui ne reportent rien, ce Président qui se ridiculiserait... ces incohérences s'ajoutant aux invraisemblances... comment tout cela peut-il avoir un sens ? mais plus, par un rare phénomène, le mystère s'obscurcissait, plus il commença de s'éclairer et enfin m'apparut sa solution: la famille Leonarda n'existe pas !
  Et comme l'on trouve tout sur internet, comma jadis à la Samaritaine, un peu de Glouglou... et je peux enfin dévoiler la vérité vraie.
  Soucieux de détourner l'attention d'un peuple trop souvent râleur de sujets embêtants  (vilaine montagne de dettes, chômage à courbe haussière, financement délicat des retraites, gros trou de la Sécu etc.), le Président, qui réunit en sa seule personne les qualités du puissant stratège, du fin tacticien et du virtuose politique,  a décidé d'offrir à ses sujets un agréable divertissement. Après consultation d'experts, chercheurs et consultants le choix se porta sur la création d'un feuilleton, sur le modèle de ces fictions qui collent la Gaule profonde à ses téléviseurs. Une agence de casting trouva figurants et seconds rôles dans l'inépuisable vivier des intermittents du spectacle tandis que la vedette était dénichée à la Foire au Boudin de Mortagne-au-Perche, l'écriture du scénario, sur une trame empruntée à Eugène Sue, Victor Hugo et Georges Ohnet, fut confiée aux rares compétences de M. Marc Lévy et de Mme Josiane Balasko, tandis que les dialogues étaient rewrités par M. Didier G***, ghost writer réputé de sitcoms larmoyantes (L'homme du Picardie , Brigade mondaine, Le miel et les abeilles...) , puis divers metteurs en scéne ( M. Eric Rohmer, M. Luc Besson, Mme Marguerite Duras ) se disputèrent la réalisation, finalement octroyée à un videaste sur smartphone...
  Ainsi, ô miracle de l'esprit humain, furent inventés Leonarda, la lycéenne prodige et rayonnante de beauté intérieure, son robuste papa au franc parler, sa dévouée mama et ses frères et sœurs dont le nombre varie en fonction du budget alloué à chaque épisode, et pendant que tout un peuple subjugué par l'audacieuse ingéniosité du scénario et le charisme des acteurs a pour Leonarda les yeux de Chiméne, le Président, souriant du succès de sa ruse, se prépare à aller à Hollywood recevoir, sous les applaudissements du tout-cinéma, un Oscar bien mérité.

11 commentaires:

  1. Hilarant ! Décidément, Michel, vous savez débusquer la vérité que cachent d'habiles manigances ! Dire que, gamin, que je suis, je m'étais laissé prendre ! Je réalise maintenant mon erreur et regrette amèrement d'avoir consacré tant de temps à cette supercherie ! Merci !

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  2. Merci à vous Jacques ( et dire que je suis allé faire la retape chez vous ! -- j'ai honte...)

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  3. Si c'est bien ce Didier G*** qui a récrit les dialogues, je m'étonne moins que personne n'ait rien compris à l'histoire et que tous les protagonistes passent pour des semi-débiles !

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    1. Ce Didier G*** est un rusé ironiste réactionnaire....

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  4. Crénom, le coup du mari jaloux kosovar qui fait exploser en vol l'hypothétique italienneté d'une bonne partie de la famille, j'avais point vu ! honte sur moi.

    "qui réunit en sa seule personne les qualités du puissant stratège, du fin tacticien et du virtuose politique", on dirait l'hommage de Fabius à Giap.

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  5. LeVertEstDansLeFruit21 octobre 2013 à 17:11

    Non, là je verrais plutot une sorte d' "Affreux, sales et méchants" plus vrai que nature..

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  6. Giap fut notre ennemi, mais était d'une autre stature que le malheureux H***

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  7. Mais oui! mais c'est bien sûr! Ne découvrir la nationalité de ces braves gens malgré quatre ans d'enquête aurait dû nous mettre la puce à l'oreille dès le début de l'affaire.

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  8. Ritals, Kosovars... Mussolini vous aurait dit que c'est la même chose...
    En tous les cas, merci pour ce billet aussi réjouissant qu'éclairant!

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  9. Pangloss, la puce à l'oreille c'est pour les clébards.
    A moins que ce soit subliminal chez vous. Voulez-vous pucer les Roms ?
    En voilà une idée qu'elle est bonne !

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  10. Les Italiens ont bien sur le droit de s'installer en France. Mais les ressources (la généreuse manne octroyée aux réfugiés politiques) auxquelles ils pourraient prétendre ne sont certainement pas les mêmes.

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