david in winter

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mardi 15 octobre 2013

Pour en finir avec la philosophie (I)



  Parmi les divers ouvrages, savants, que je reçois ce matin, j'en aperçois deux qui, sous des couvertures à l'élégante typographie, parlent de philosophie, ce vain bavardage et ma vieille ennemie.
   Je n'entends pas ici philosophie dans le sens, hélas obsolète, que lui donnaient les écrivains du XVIIIème siècle, ni pour désigner l'amour ou la quête de la sagesse, ce en quoi excella Montaigne, mais dans l'acception qui prévaut aujourd'hui, et qui  désigne ce fleuve de mots qui, de Platon à Heidegger ( et alii... ) se vautre dans le décorticage de l'être ( la chose se nomme ontologie ) et l'invention de concepts dont la finalité est de faire disparaître sous un verbe proprement ésotérique toute réalité qu'ils  feignent de montrer. 
  Pour l' être , en écrivant dans son célèbre Poème que l'être est,  pensée ainsi précisée : "Il faut dire et penser que ce qui est est, car ce qui existe existe , et ce qui n'existe pas n'existe pas:  je t'invite à méditer cela." ( traduction de Clément Rosset, in Principes de sagesse et de folie, Paris, 1993), Parménide a dit très exactement et très exhaustivement tout ce qui peut être dit de l' être : il est , mais, loin d'être méditée, cette vérité, sans doute trop vraie pour des hommes démangés d'abscons bavardages, fut absolument ignorée, et de cette ignorance naquirent des millions de pages qui ne nous apprennent rigoureusement rien, sinon qu'est miraculeuse la faculté de l'homme à construire sur un néant intellectuel des systèmes d'apparence cohérente, dont les mots, qui ne sont plus que des sonorités évocatrices d'images éthérées que le lecteur associe à un contenu suggéré par sa seule imagination, peuvent atteindre à une authentique beauté poétique – ainsi est-il pertinent de rapprocher Damascius de Lautréamont, pour le meilleur, et d'Isidore Isou, pour le pire.
  Le concept est un outil , qui comme tout outil est utile lorsqu'il est utilisé pour remplir sa fonction, -- enfant, je crus même que c'est grâce à leur maîtrise des concepts que les Grecs vainquirent les Perses ( je ne le dirais pas aujourd'hui) -- et  la philosophie, n'oeuvrant que dans l'abstraction , a fait pénétrer en tous domaines une infinité de concepts, qui se multiplient d'autant plus aisément que nulle réalité ne peut en borner le nombre.
  Ainsi, tout ce que connaît ( et, naguère, simplement voyait ) l'esprit humain a-t-il été pénétré par d'envahissants et monopolistiques concepts philosophiques, de l'histoire à l'art, de la politique à la géographie, des sciences aux religions..., tout absolument...,   qui en ont férocement vidé toute signification ( et dont l'on peut observer un résultat concret dans la gigantesque farce de l' art contemporain, qui est discours sans représentation); il est permis d'admirer la constance et l'étendue de cette logorrhée, qu'un souffle pourrait dissiper, si tant de situations et de prébendes n'en dépendaient.
     Selon la formule fameuse, "toute la philosophie occidentale n'est qu'un long commentaire de Platon", ( et de commentaires du commentaire, à l'infini), si de cet interminable commentaire avait jamais éclos cette vérité que les philosophes prétendent trouver, non par l'observation du réel, mais par des enchaînement de mots, le discours se fût tu – mais il continue, chaque jour plus prolixe, et cette vie même de la philosophie est la preuve sans appel de son inanité.

3 commentaires:

  1. Texte bougrement rafraîchissant qui résume ceux que j'ai pu lire dans votre Chronique des Belles Lettres. Down with Heidegger (and the car boots and doors that won't open) !

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  2. Un peu d'ontologie fait obéir les Daimler, n'est-il pas ?

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