david in winter

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mardi 22 octobre 2013

Espionnage et habile ruse présidentielle



      --Ah ben, ça alors...Ah ben, ça alors...!
     Le Président-que-le-monde-entier-nous-envie reposa le journal que son majordome lui avait apporté avec son petit déjeuner ( café éthique et croissant responsable), ferma les yeux pour que son cerveau pût se concentrer sur l'examen de la troublante nouvelle, puis l'analyser, la synthétiser jusqu'à ce qu'il disposât de l'intégralité des éléments pouvant conduire à une conclusion pertinente..., il inspira, expira, et murmura :
     --Ah ben..., ah ben ça alors.
     Maintenant, il savait, envisagea donc d'aller se recoucher... une voix intérieure lui souffla qu'il ne suffisait pas de savoir, mais que, par sa fonction, et pour son image, il devait agir, et d'un geste souverain, il appuya sur le bouton d'une sonnette de cuivre doré. Une porte s'ouvrit, un homme en uniforme salua.
      --Appelez-moi mon Premier commis, commanda-t--il  de cette voix impérieuse qui inspirait le respect au menu peuple.
   Quelques minutes s'écoulèrent , le Président but une gorgée de jus d'orange sensible, et l'aide de camp lui tendit le smartphone présidentiel aux armes de la République.
    --C'est vous, Premier commis ? Oui, un peu frais pour la saison... non, la météo n'annonce pas de pluie... ah? du soleil à Tahiti ? Bon bon... Z'avez lu le Journal? Non non, c'est en Une...Quoi, vous commencez toujours par les mots flêchés ?!
    Quelques minutes s'écoulèrent pour que Premier commis terminât sa grille, le Président, d'un auriculaire expert, extirpa un peu de cérumen de son oreille gauche, puis :
    --Z'avez compris maintenant ? Oui, oui, nous sommes espionnés ! C'est... inadmissible... inacceptable...Quoi ? Indigne ? Bon, convoquez les télés, je vais parler. Oui, tout de suite... Quoi... quoi, ma précédente intervention?... pas l'effet escompté ? les sondages ? Ah, flop... Que je ne monte pas en première ligne... plutôt le commis aux affaires étrangères... oui... d'autant que je suis assez pris ce matin... un touitt de Concubine à lire... Allez, organisez-moi tout ça...Mais avec fermeté, hein ? La fermeté, ne l'oubliez jamais, c'est ma seconde nature.
   Et c'est ainsi, selon le récit exclusif des envoyés spéciaux accrédités pour révéler les plus intimes secrets élyséens que le Président décida de faire réagir à la révélation de la perfidie de l'allié américain.
  Bien qu'émanant des sources les plus autorisées ( le quotidien-vespéral-de-référence  grassement subventionné) , ce récit, je ne sais pour quoi, m'inspire des doutes ( doutes par ailleurs déjà exprimés par de talentueux éditorialistes tels que MM. Corto et Jacques Etienne).
   Avec un sens de la prémonition dont je me félicite, j'avais moi-même intitulé un récent billet Un clou chasse l'autre, et ce tumulte autour d'une affaire d'espionnage un peu blette ne serait-il pas le clou destiné à chasser des esprits citoyens le clou du fiasco qui couronna l'épopée de la rayonnante Leonarda ?
   Les frétillants énarques qui, nuit et jour, conseillent  au Président ces habiles interventions qui font l'admiration des commentateurs du Zimbabwe ou de Papouasie, ne lui auraient-ils pas suggéré une manœuvre nouvelle pour faire oublier une antérieure manœuvre, qui n'eut pas exactement le succès espéré ?
   Et que ce nouveau scoop soit, en fait, vieux de quelque six mois, n'est-ce pas pour prouver le sérieux d'un gouvernement qui a pris le temps de réfléchir, de peser le pour et le contre, avant de réagir ?
   Et que, au moment du premier dévoilement de l'indiscrétion yankee, le Président eût menacé de faire abattre l'avion transportant le dénonciateur de ladite indiscrétion ( qui avait heureusement choisi un autre moyen de transport), n'est-ce pas la marque d'un pouvoir qui sait montrer sa force pour ne pas avoir à s'en servir? (Seuls de vils réactionnaires apologistes de la saint Barthélémy auront relevé l'incohérence , et même la non-pertinence de cette dernière interrogation).
   Peu importent les méandres des raisonnements qui ont conduit à l'éclosion de cette nouvelle affaire, seul importe qu'elle ait éclos, et que pendant vingt-quatre heures elle ait chassé des medias toute autre affaire, et le Président soupira de satisfaction – il avait gagné vingt-quatre heures de repos, de paix et de tranquillité, mais, jusqu'à l'an de la retraite, jusqu'à l'an 2017, combien encore de vingt-quatre heures à gagner, combien ainsi de nouvelles affaires à sortir?
  Il prit sa calculette.

*** Et sur le fond de la chose ?
   --Quia nominor leo , répondit, avec un sourire de mépris, l'allié américain.

7 commentaires:

  1. C'est dans les vieux pots qu'on mitonne les meilleurs scoops.

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  2. Et de voir comment tous les médias se sont jetés sur cette terrible affaire d'espionnage sans qu'aucun n'émette seulement l'idée que tout cela sentait le réchauffé... C'est formidable ou comment à coup de subventions et d'abattement fiscal spécial journalistes ( 7650 euros tout de même) on arrive a faire du plus beau métier du monde un ramassis de carpettes

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    1. Eh ! oh ! foutez la paix à mes 7650 € d'abattement, vous !

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    2. @Didier Goux: Quoi même un ghost-writer touche cet abattement ??? Fucking World !

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    3. Et ainsi, sans honte, M. D.G. ôte le pain de la bouche de la pulpeuse Leonarda...

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  3. Merci de faire durer le plaisir.

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  4. C'est le Président-que (etc.) qu'il faut remercier !
    Un gag par jour !
    Et jusqu'en 2017!

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