david in winter

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dimanche 20 octobre 2013

Droit d'asile et transcendance : apothéose de Leonarda



  Paisiblement, l'épopée de Leonarda, l'enfant sublime, se prépare à s'achever en eau de boudin, après que furent subtilement ménagés la chèvre et le chou, en un discours présidentiel dont la virtuosité dialectique valut à son auteur les injures de ses partisans et les outrages de ses concurrents, et de ce retentissant brouhaha  demeurera  le souvenir d'un rire immense,  seul commentaire pertinent d'une pitoyable pantalonnade.
  Il en restera aussi une grande avancée démocratique car, malgrè la cruauté abjecte qui le caractérise, selon le jugement de ses plus fidèles apologistes, le fier Président a tenu non seulement à affirmer, mais à prouver la générosité de son cœur humaniste en chargeant l'un de ses commis , l'homme jouant, dans la comédie élyséenne, le rôle âpre de M. Père Fouettard (mais aussi juste que sévère ), de promulguer un nouveau droit d'asile.
  L'affaire se déroula  au rythme de quelques touitts , dont le lever de rideau fut assuré par Mme Concubine numéro 2, réclamant, en moins que les cent quarante caractères rituels, la sanctuarisation de l'espace scolaire.
  Aussitôt demandé aussitôt accordé, hélas, d'autres touitts fusérent – quoi , juste cela ? il faut plus ! – et le scolaire fut augmenté d'un solidaire périscolaire, mais les clameurs ne se turent... Un échantillon d'énarques, de consultants et d'agrégés en éthique post-moderne fut convoqué pour un brainstorming de quelques minutes, et à l'espace fut ajouté le temps, puis, pendant que les smartphones ministériels retentissaient de notifications de messages, il fut procédé à divers ajouts et fignolages, et fut annoncée cette nouvelle loi de l'Etat de droit interdisant aux forces de l'ordre de procéder à la moindre interpellation dans l'espace et le temps scolaire et périscolaire  -- il nous fut  même précisé que ce périscolaire englobait les centres de loisir – attendons demain pour que soient explicitement inclus les cinémas, discothèques et clubs échangistes.
  L'Ecole, nul ne le niera, est l'Eglise de la république et, même si cette Ecole d'aujourd'hui n'est pas exactement celle qu'avait voulu bâtir ses fondateurs, il est dans sa nature ecclésiale qu'elle nourrisse des clercs , aujourd'hui nommés enseignants et associatifs réunis, et que de même que son clergé est pourvu de privilèges, son sol soit sacré.
  L'extension de ce sol à divers terrains qui en sont plus ou moins proches, loin d'être un abus, n'est qu'un effet de cette inépuisable bonté qui est la marque des souverains préférant la faiblesse à l'autorité, ce qui, dans un premier temps, réjouit le peuple, tout en lui indiquant que s'il lui prend un jour fantaisie de se révolter aucun fusil ne lui sera opposé.
  Ainsi, sur un territoire que la loi détermine tout en ouvrant la porte à ses futures extensions, de multiples hors-la-loi pourront désormais prospérer sans trembler de la crainte du gendarme, et sans doute les verrons-nous ouvrir des échoppes pour proposer à une clientèle festive diverses substances interdites et butins de cambriolages tandis que dans les ateliers de création, de futures avocates de sans-papiers monnayeront leurs charmes grassouillets à de grands frères tourmentés par la puberté.
  Quel réactionnaire aurait le cœur assez sec pour ne pas être empli d'un sentiment autre qu'un élan de gratitude envers le bienveillant législateur qui ressuscite la cour des miracles ? Et non pas, ô progrés, une seule et unique misérable cour, comme au gothique Moyen-Age, mais une infinité de cours des miracles, puisqu'elles pourront éclore partout où il y a non seulement école, mais environs d'école ?
   Et ce n'est pas seulement l'espace qui est sanctuarisé, mais également le temps !
   Ici, la nécessité d'un aveu me fait hésiter  -- si je conçois fort bien ce que peut être un espace décrété asile, une sorte de trouble m'empêche de bien voir un temps sanctuarisé ( ou ...asilaire? ).
    Est-ce à dire que tout individu sera, où qu'il se trouve mais durant un temps qui est celui des heures de classe ou des jours d'ouverture des centres de loisirs, tabou face à des argousins manquant de discernement ?
   Lorsque Leonarda, l'enfant sublime, s'éloignait, avec une ferme constance, du territoire de l'Ecole pendant les heures de classe afin de vaquer à des activités que seul connaît le secret de son cœur, se trouvait-elle déjà dans ce temps sacré dont son âme mystique aurait eu la prémonition ? Et lorsque , selon le vœu présidentiel, la même Leonarda, toujours sublime et couronnée de lauriers, aura été réinscrite à ce lycée noyé des pleurs compassionnels des enseignantes et qu'elle préférera, plutôt qu'écouter leurs austéres propos, rejoindre les bras de son copain pour fabriquer des petits romanichels subventionnés, ne sera-t-elle pas alors elle-même, par sa vertu exemplaire, l'incarnation du Sanctuaire , ce Sanctuaire à la fois légal et transcendant  qui, au-delà des lois de la physique, contient l'espace, le temps et la personne  -- afin d'abolir l'éxécution de toute loi.

11 commentaires:

  1. La "sanctuarisation" de l'espace (et du temps) scolaire (ce dernier englobant l'ensemble de l'année scolaire comme l'ont déclaré certains) risque de poser de légers problèmes pratiques, en effet... On peut se demander d'ailleurs, si les vacances d'été, temps permettant à l'élève de reconstruire ses forces afin de mieux apprendre ensuite ne font pas partie intégrante de ce temps scolaire sacré..

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    1. Si si -- les vacances n'existant qu'en fonction de l'Ecole, elles sont nécessairement dans le continuum spatiotemporel scolaire et républicain.

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  2. Drôle, je me posai le même genre de question. je me demandais ainsi si le trajet domicile - école, trajet fait de manière indépendante, vélo, à pied et non par un moyen de transport collectif du genre ramassage scolaire, était à inclure dans ce temps périscolaire

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    1. Tout est inclus, cher Corto, même le ciel, l'enfer et la galaxie Androméde (en éveil de scolarisation).

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  3. Votre billet, au-delà de l'"affaire Léonarda", démontre s'il en est, la volonté perverse, je dirais pour ma part, luciférienne de l'école républicaine, de se montrer comme une contre-église, avec ses ministres du culte, sa liturgie, ses dogmes etc...

    Après la-dite affaire, il y en aura d'autres. Pour paraphraser un certain Juppé, qui disait en parlant de Benoît XVI: "ce pape commence à poser problème". Nous pourrions tout autant en dire de ce gouvernement et de celui qui le dirige.

    Quelles fautes avons-nous donc commises, pour avoir de tels gouvernants ?

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    1. Pas celle d'avoir voté pour lui en ce qui me concerne !

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    2. C'était pour questionner Joseph de Maistre qui affirmait que nous avons les gouvernants que nous méritons.

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    3. Hélas oui, nous avons très exactement les gouvernements que nous méritons ( c'était le sujet de mon roman 'terroriste" Je vous hais ).

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  4. Quinze ans et déjà sexuellement expérimentée. L' avaleur n' attend pas le nombre des années (post puberté).

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  5. Quinze ans et déjà sexuellement expérimentée. L' avaleur n' attend pas le nombre des années (post puberté).

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