david in winter

david in winter

mardi 1 octobre 2013

Facétieux Léonard



   Da Vinci's Demons est une série américaine créée par M. David S. Goyer, scénariste de Batman begins, Man of steel et autres blockbusters, produite par la chaîne Starz, gage d'un budget confortable, d'acteurs talentueux  et de réalisateurs inventifs, et dont le héros est Léonard de Vinci.
   Nous connaissons fort mal la vie de Léonard; en dehors d'indications fragmentaires fournies par des manuscrits anonymes, quelques témoignages de contemporains et diverses confidences  laissées par Léonard lui-même, notre source essentielle est le chapitre que lui a consacré Giorgio Vasari (1511-1574)  dans les Vies des peintres ( édition française aux Belles Lettres, 2 vol.).
  "Vraiment admirable et céleste fut Léonard, fils de Ser Piero da Vinci", écrit Vasari qui nous montre ce génie incomparable et insurpassé étudiant et maîtrisant  toutes les connaissances (mécanique, astronomie, physique, anatomie etc. ) , excellant dans tous les arts ( peinture, architecture, sculpture, musique, chant ...) , homme d'une beauté exceptionnelle, d'une force physique prodigieuse, habile aux armes, et dont la conversation charmait , séduisait, convainquait tous ceux qui avaient le bonheur de l'approcher.
   Vasari, dont les récits sont souvent assez chaotiques, nous donne peu d'informations sur les années que passa Léonard à Florence, d'abord auprès d'Andrea del Verrochio puis comme maître reconnu, et c'est dans cette lacune que s'est engouffrée M. David S. Goyer pour construire une œuvre de pure fiction ( et même, parfois, de science-fiction...) flirtant avec le fantastique.
   Nous ne demandons pas à un divertissement romanesque , même ancré dans un cadre historique, d'être véridique, mais nous pouvons souhaiter qu'intrigue et péripéties soient vraisemblables et, malgré l'utilisation d'anecdotes puisées dans les sources ( l' achat d'oiseaux en cage pour les libérer, le milan se posant sur le berceau, l'accusation calomnieuse de sodomie...), l'imagination du scénariste , prisonnière de routiniers clichés ( méchant pape, méchants prêtres, etc. ) se montre à la fois paresseuse (sempiternelle quête d'un livre contenant tous les secrets du monde ) et désagréablement ignorante des mentalités de la Renaissance.
  N'ayant vu que quatre épisodes , sur huit, de la série, je corrigerai peut-être mon jugement quand je serai arrivé ( demain soir...) à la fin de cette première saison ( il y aura donc une suite...) et préfère aujourd'hui livrer quelques citations d'un Léonard méconnu – le Léonard   auteur de ces Prophéties facétieuses ( édition bilingue aux Belles Lettres, traduction élégante et précise de M. Pierre Laurens , réunie aux Fables sans morale de Leon Battista Alberti ) qui, sous une forme oraculaire, sont en fait des énigmes , dont l'auteur fournit la solution , laquelle, triviale, démystifie l'énoncé apocalyptique.
  " Les animaux des mers mourront dans les eaux surchauffées. ( Poissons bouillis)."
  "Il y aura de nombreux chasseurs d'animaux qui, plus ils en prendront, moins ils en auront et inversement moins ils en prendront  et plus ils en auront. ( Chasse aux poux)."
   "Les animaux volants soulèveront les hommes sur leurs propres plumes. (Le duvet des lits).
   "Beaucoup, en expirant trop vivement perdront la vue et bientôt toute conscience. ( Souffler la bougie pour aller au lit ).
    "Les propriétaires mangeront leurs propres laboureurs. ( Des bœufs que l'on consomme).
     "On verra les hautes murailles des grandes cités renversées au creux de leurs fossés.  (Reflet des murailles dans l'eau des fossés) .
     "Beaucoup seront employés à enlever une chose qui s'accroîtra d'autant qu'on lui enlève. (La fosse).
     "Les hommes jetteront leurs propres provisions. ( Semailles).
     "Les forêts donneront le jour à des fils qui seront cause de leur mort. (Manche de hache).
      Le recueil contient plusieurs dizaines de ces "prophéties" et, comme les Fables d'Alberti sont également fort amusantes, c'est là une lecture qui divertit des tristes affairesdu monde...

4 commentaires:

  1. Vos Da Vinci's Demons ne seraient-ils pas largement inspirés des romans de Dan Brown ? Le dernier paru, Inferno, que j'ai bien entamé, démarre justement avec une mauvaise interprétation des héros du roman d'une phrase de Vasari " Cerca Trova ", cherche et trouve...

    RépondreSupprimer
  2. Parlant de Leonardo da Vinci, une chronique de Saint-Marcelin apporte de nombreuses informations sur son "Saint Marcelin bouffant des frites". Il faudra que je pense à la publier un de ces jours.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vite vite Jacques -- et il semble que Léonard ait été végétarien.

      Supprimer