david in winter

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vendredi 11 octobre 2013

Héritier des Lumières ?



   Dans ces sempiternels débats médiatiques où s'affrontent des individus prêchant la même antienne, et parfois agrémentés de la présence honteuse d'un dissident destiné à servir de punching ball, revient en leitmotiv cette fière affirmation : "Nous, héritiers des Lumières... " haituellement suivi d'un : "Nous ne pouvons accepter que..."
   Ces Lumières sont, comme la gousse d'ail ou les balles d'argent, un infaillible grigri pour terrasser l'adversaire, qui doit se désintégrer dès que le touche un lumineux rayon de soleil, comme Christopher Lee dans la séquence finale de Horror of Dracula de Terence Fisher.
   Que sont ces Lumières, dont l'invocation exclut automatiquement de l'humanité le moindre quidam accusé, plus souvent à tort que raison, d'être islamophobe, romanichelophobe, homophobe, écolophobe, et même sexiste, populiste et fumeur  mal embouché?
  Elles sont supposées désigner un mouvement d'idées, ou courant de pensée, qui commença grosso modo avec Bayle et Fontenelle pour culminer ( tout aussi grosso modo ) avec Emmanuel Kant, en passant par Montesquieu, Voltaire, Beccaria ou Saint-Lambert (entre autres).
   Il est remarquable que le terme, en cette acception, soit absolument ignoré tant de Pierre Larousse que d'Emile Littré, il n'apparut qu'au XXème siécle, et ne fut jamais employé par les hommes dont il est supposé désigner le temps – temps où, certes, la lumière se rencontre en maintes phrases comme annonciatrice de la Vérité, phrases qui ne sont qu'un effet rhétorique employé aussi bien par les plus orthodoxes orateurs chrétiens que les adversaires déterminés de la religion, et qui signifie, belle découverte, que la lumière éclaire. Fiat lux !
   Le sujet est vaste, trop vaste pour un billet, je dois donc éliminer de mon propos Emmanuel Kant ( et toute la misérable philosophie allemande, d'ailleurs alors inconnue en France-- Kant ne figure pas dans l'exhaustif index de mon édition des œuvres complètes de Voltaire en 97 volumes ), et me restreindre aux auteurs français, mais après tout, ce sont eux, les grands ancêtres panthéonisés.
  Ces écrivains ne s'appelaient eux-mêmes, et ne se sont jamais autrement nommés, que philosophes—et pour leurs adversaires, ils formaient la secte des philosophes  qui, à partir de 1760 environ domina sans partage, et avec férocité, le petit monde des littérateurs.
  Les plus importants d'entre eux moururent avant1789, ceux qui vécurent après cette date funeste, les La Harpe, Morellet, Grimm,  Marmontel, Raynal dénoncèrent avec horreur la Révolution, tandis que cet obstiné pourfendeur du despotisme que fut mon cher Simon-Nicolas-Henri Linguet périssait sur l'échafaud républicain .
  Hélas pour nos contemporains adorateurs des prétendues Lumières, les Voltaire, Rousseau, d'Alembert etc. ne se réunirent pas pour écrire un petit livre exposant succintement et sans ambiguité une doctrine qu'ils ne conçurent jamais ( et encore moins une idéologie, terme très postérieur recouvrant des conceptions totalitaires dont on peut être certain qu'elles eussent répugné aux Philosophes).
   Pour savoir ce qu'ont pensé ces contempteurs du despotisme qui multiplièrent les louanges outrées à ces despotes, d'ailleurs admirables, que furent Frédéric et Catherine ( Diderot fut particulièrement gâté par les largesses de la Sémiramis du nord ), il faut consacrer quelques mois ( et peut-être un peu plus...)  à les lire véritablement, c'est-à-dire lire tous leurs écrits, non des extraits ou les seuls textes recommandés par la doxa scolaire, se rendre ainsi capable de séparer ce qui est écrit de circonstance, ruse ponctuelle, concession à l'air du temps de ce qui exprime une pensée novatrice et, surtout, soutenue avec la constance née de la conviction authentique.
   Sans prétendre avoir achevé cette tâche, par ailleurs agréable, je ne trouve de clairement revendiqué dans ces œuvres si diverses ( avec un point d'interrogation pour Jean-Jacques Rousseau qui ne dit blanc que pour vite affirmer noir ) qu'une hostilité sans faille au catholicisme , non au christianisme : au seul catholicisme apostolique et romain ( d'où la justification de l'enthousiasme pour Frédéric et Catherine, l'un protestant et l'autre  orthodoxe, ou encore, chez Voltaire, l'éloge des peu tolérants Quakers ou des peu connus Parsis...) , et c'est le catholicisme que dénonce , en le déguisant sous une approximative défroque mahométane, Voltaire dans sa tragédie intitulé Le fanatisme, ou Mahomet le prophéte, de même que dans Les Druides de Le Blanc de Guillet ou Les Incas de Marmontel il est aisé de voir quel clergé vivant et présent se cache sous l'apparence de prêtres exotiques  -- jusqu'à l'obsession, Voltaire , le plus grand et le plus influent des Philosophes, ne cessa de marteler cet appel à l'annihilation de l'Eglise de Rome, et elle seule : Ecrasons l'infâme !
   Pour le reste, nous trouvons dans ces innombrables pages le pire (incohérences, injures, intolérance, fanatisme, protectionnisme ) et le meilleur (liberté de conscience, liberté du commerce ), dès 1790 les Républicains en prirent ce qui pouvait justifier les actes qu'ils avaient commis par impulsion plus que par raison, et au fil des décennies se constitua ( avec l'inclusion inopinée de Kant etc. ) une doctrine de l'esprit des Lumières (en fait, cette Déclaration des Droits de l'Homme sans cesse réécrite selon les besoins du jour), doctrine que jamais n'élaborèrent les Philosophes.
   Suis-je héritier des Lumières ?
   Je suis héritier des Grecs et des Romains, des bardes et théologiens médiévaux, des génies de la Renaissance et de l'Age classique, et des Philosophes et des romanciers et poétes du siècle suivant  -- je suis héritier des textes que je lis, mais non d'une imposture.

5 commentaires:

  1. « Je suis héritier des textes que je lis » : on s'en ferait volontiers une devise, de celle-là…

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  2. Bien des "héritiers des lumières" n'en sont pas. Comment expliquer une telle dégénérescence ?
    Quant à Kant grand Philosophe (je reprends votre majuscule), dire que ses propos obscur aient jeté quelque lumière sur des sujets réels, j'en doute.

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  3. L'Eglise a toujours pratiqué la contre -sélection raciale : dès les derniers temps de l'Empire Romain, lorsque les conditions sociales étaient telles que quiconque désirait une vie paisible et studieuse se trouvait contraints de chercher un refuge contre la violence des temps dans des monastères, elle a tenté d'y imposer le célibat, privant ainsi l'Occident naissant de la descendance de ces esprits. Après son effondrement et tout au long du Moyen-Âge, les éléments furent récupérés, surtout à partir de l'école obligatoire voulue par Charlemagne : les religieux chargés de l'éducation des enfants, dès qu'ils repéraient les plus intelligents, les extrayaient du lot, les tonsuraient et les intégraient dans le clergé, où ils étaient censés ne point se reproduire, ou en tous cas moins que le reste de la population.

    Les adultes émancipés de la superstition biblique, progressistes ou intellectuels, furent éliminés avec persistance sur une large échelle par la persécution, la mise à mort, l'emprisonnement et le bannissement, laissant la perpétuation du peuplement aux brutes, aux serviles et aux crétins. L'Eglise Romaine a ainsi drastiquement diminué la puissance cérébrale de l'Europe, et si beaucoup de religieux n'étaient passé outre et n'avaient baisé quand-même, l'Occident serait devenu un des ces civilisations figées comme on en trouva en Ancienne Egypte ou en Asie.

    On ne pouvait imaginer meilleure méthode pour éliminer les lignées de génie des nations, car dans les monastères, à coté d'un réel enseignement, les moines étaient soumis à un conditionnement sous la forme d'un système d'interruption du sommeil : réveillés plusieurs fois par nuit pour aller dire des prières, on leur faisait toute leur vie répéter en boucle d'abrutissants versets hébraïques. Jamais un religieux ne pouvait connaître un temps de sommeil complet, et la même antienne était imposée pendant les repas. La Réforme mit progressivement fin à tout cela, mais non sans mal car l'Eglise, plus prompte à pardonner aux malandrins, assassins et autre délinquants de droit commun, qu'à ceux qui osent penser et réflechir hors du champ des Ecritures, se déchaîna à leur encontre. Une autre élimination d'intelligence eut lieu en Italie Septentrionale, en France et aux Pays-Bas ou des centaines de milliers de huguenots furent tués ou exilés. En Espagne seulement, de 1471 à 1781, l'Inquisition condamna au bûcher ou à la prison une moyenne de 1000personnes/an. Durant ces trois siècles, pas moins de 32000 personnes furent envoyées au bûcher, 291000 condamnées à la prison et 17000 brûlées en effigie pour s'être enfuies ou l'étranger, ou être mortes en prison.



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    1. Pittoresque, Mademoiselle, votre délirante manière d'interpréter l'Histoire...

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    2. J'ai eu le même commentaire chez moi. Noix Vomique y avait apporté cette délicieuse réponse
      "Hum… "Après la chute de Rome et tout au long du Moyen-Âge, les éléments intellectuellement prometteurs furent récupérés, surtout à partir de l’école obligatoire voulue par Charlemagne…" J’ai arrêté la lecture là. Comme historienne, France Gall n’a jamais vraiment été ma tasse de thé."

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