david in winter

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dimanche 1 décembre 2013

Streaming, morale et nature humaine



Apportée par cette écume du monde qui vient s'échouer ( à ma demande) sur l'écran de mon ordinateur, cette information : "une décision de justice enflamme la toile", traduisons : sur les dizaines, ou centaines, de millions de messages diffusés chaque jour sur internet et ses merveilleus réseaux sociaux, quelques milliers, exprimant tous la même pensée, traitaient de l'affaire en question.
  Cette décision de justice, rendue par un tribunal français, concerne une affaire de streaming (lecture en transit, en québecois ) dont les implications juridiques et techniques sont complexes – le législateur a beaucoup pataugé avant de produire des lois que l'évolution technologique a aussitôt rendu inadaptées à leur objet...--, en bref, il s'agit d'un procédé permettant à tout possesseur d'ordinateur, téléphone ou tablette connecté de lire (voir ou écouter ) un contenu jeté sur le web par un site entré en possession de ce contenu.
   Un tel site peut être créé par un propriétaire légitime de ce contenu ( le plus souvent, film, série TV, morceau de musique ) qui l'a acheté ou produit, ou être un malfaiteur qui l'a volé, ou encore un  acquéreur qui ne possède pas un droit de transfert à autrui.
  La gratuité , ou pseudo-gratuité..., d'internet a entraîné , ou libéré, chez beaucoup de ses utilisateurs des conduites que l'on peut juger, avec pessimisme, inhérentes à la nature humaine, ou, avec optimisme, n'être que péchés de jeunesse.
  Trivialement , la technologie a fait naître des sites qui transmettent des contenus volés à des individus qui , en les regardant, les écoutant ou les enregistrant, sont eux-mêmes , plus que des receleurs, des voleurs.
  Il est tout-à-fait remarquable que parmi ces voleurs se trouvent des libéraux, et même, hélas, des libertariens, adorateurs extatiques du dieu internet, qui serait le démiurge de nouvelles et étranges normes morales abolissant cette propriété même qui fonde la philosophie libérale. Cette perverse construction intellectuelle a pour fin de justifier hypocritement à leurs propres yeux l'infraction qu'ils commettent par simple avarice. Ils ne méritent que mépris et dégoût, assez à leur sujet.
  Revenons aux sites et individus ( les adeptes du peer-to-peer )  qui diffusent des contenus volés, et le font, conformément au dogme, gratuitement.
  Quelles peuvent être leurs motivations, pourquoi des êtres humains consacrent-ils une partie de leur temps , ce qui a un coût, à une activité qui semble ne rien leur rapporter ? Parce qu'ils en tirent, ô charmes de l'évidence !, une satisfaction qui, pour ne pas être matérielle (quantifiable ) n'en est pas moins réelle ; il en est ainsi de toute activité dite bénévole, l'individu qui la pratique ne s'y livre que parce qu'il en reçoit un gain, et que celui-ci ne s'exprime pas en monnaie, mais en contentement, n'en fait pas moins un gain.
  Mais je vois une autre raison à l'activité de ces voleurs  (qui aiment se nommer plus convivialement pirates). Les producteurs de contenus barricadent ceux-ci de multiples sécurités qui ne peuvent être brisées que par d'ingénieux efforts et réussir à surmonter une difficulté, que ce soit gravir une montagne ou déchiffrer une énigme, etc.,  contient pour l'être humain sa propre récompense, d'autant plus élevée que le défi paraît insurmontable.
    Ainsi, plus les propriétaires de contenu barderont leurs biens de barbelés informatiques, plus ils exciteront l'ingéniosité et l'ardeur des casseurs de codes, le législateur courant loin derrière avec ses lois et jurisprudences, chaque jour mollement réédictées, chaque jour plus désuétes et hors sujet.
   Ce jeu de chat et souris, dans lequel le félin rage mais ne peut dévorer, verra bientôt arriver de nouveaux participants – mes confréres qui ont cru malin de livrer à l'éther des textes sous forme de fichiers informatiques; ceux-ci , ce matin, attirent peu les cambrioleurs du net, plus avides d'images et de sons que de mots, et encore moins de pensée, mais cela viendra (cela a même commencé grâce à M. Etat et ses aigrefins de la "bnf") , pour mon vif amusement.
    Toute cette affaire  se place dans la droite logique de l'inversion du bien et du mal propre à notre époque, elle n'en est qu'une illustration de plus, que l'observateur des sociétés déliquescentes ajoutera à l'immense matériau destiné au récit des temps corrompus.

2 commentaires:

  1. Au sujet des livres électroniques, même si j'avoue ne pas avoir votre expérience de l'édition, certains aspects me semblent intéressants pour les éditeurs, à savoir : réduction drastique des coûts d'entreposage (et des risques qui y sont liés), d'impression et de distribution ; disparition des problèmes d'approvisionnement et de pilon. Cette baisse de coût permettrait d'augmenter le nombre de titres nouveaux, de laisser des titres anciens en catalogue (qui ne seraient pas viables sur support physique), de vendre facilement dans le monde entier et de tenter des coups plus risqués, sachant que les conséquences d'un échec éventuel seraient bien moindres.

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    1. Des fichiers informatiques ne sons pas des livres, et n'ont nul besoin d'éditeur pour être diffusés...

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