david in winter

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dimanche 8 décembre 2013

Sur la mort d'un homme-dieu et la fin d'une suprématie



   La mort d'un homme-dieu est un événement rare, hors du commun, et il est dans l'ordre des choses que gens de politique et de medias lui consacrent, dans leurs discours et écrits, une place éminente, comme pour les heurs et malheurs d'une bande de joueurs de ballon ou une expédition guerrière et bienveillante en terre exotique.
   De cet homme-dieu, je ne connais guère que sa re-création dans un divertissant film de M. Clint Eastwood, Invictus, (USA, 2009 ); M. Morgan Freeman, acteur d'un talent supérieur, en incarnait le personnage avec une vigueur bonhomme attirant infailliblement la sympathie, cela me marqua, et demeure.
   Dans le monde réel, cet homme fut déifié pour incarner la fin d'une période de l'humanité, d'un long mouvement de l'Histoire de notre espèce.
   Les lignes qui suivent rappelleront ce chapitre clos, sans aucun jugement de valeur.
   Il y a bien longtemps, l'homme européen , qui se trouve être un homme à peau blanche (à peu près) , s'en alla à la découverte d'autres continents, il y découvrit des hommes alors inconnus, qu'il appela sauvages,tant était grande la distance qui séparait leurs états respectifs, pour les uns, état de civilisation, pour les autres, état de nature, ou de quasi-nature.
    L'homme blanc y vit une supériorité, sa supériorité, qui, au fil des ans et des siècles, devint suprématie, autrement dit conquête et domination.
    Que ces conquête et domination fussent morales ou immorales, que cette supériorité fût fondée ou non sur des critères universels, que la suprématie fût établie, ou non, sur de seuls avantages militaires n'est pas mon propos, mais cela fut.
    Le vent tourna, et dans les cœurs et les âmes des hommes blancs apparurent de nouvelles idées  (pour leur généalogie – Bartolomé de las Casas ? l'abbé Raynal ? à voir...), qui les convainquirent d'une égalité, non cette égalité vraie venant d'une nature commune, mais une égalité née d'a-prioris philosophiques  et abolissant toute distinction de valeur et de mérite entre divers peuples.
   L'homme blanc crut cela, et se retira des continents conquis, renonçant à sa suprématie, puis à toute affirmation de son (éventuelle) supériorité, allant jusqu'à nier qu'elle eût, dans le passé, existé.
   Cependant, sur un bout de territoire austral, des humains à peau blanche décidèrent de maintenir supériorité et suprématie sur d'autres humains à peau plus sombre, ils le firent par des lois, pratiques et mesures d'apparence mesquine, injuste, et stupide.
  Cette attitude empêchait le dogme nouveau d'être véritablement universel, et suscita en retour une indignation , elle, véritablement universelle.
   Et tous les peuples se liguèrent pour que fût détruite la dernière suprématie blanche. Le processus qui y mena est connu, je relève seulement qu'il fût jugé nécessaire que cette destruction apparût comme l'effet d'une longue lutte, et surtout qu'un homme, dont l'image et le nom en seraient l'oriflamme, en fût le héros (et le hérault).
   Pourquoi la future vedette du film de M. Eastwood fut-elle choisie pour ce rôle plutôt que tel autre individu ? Simplement pour s'être trouvée là au bon moment ? Ou pour avoit été jugée plus intelligente, plus habile et d'humeur assez  pacifique pour diriger un radical changement de pouvoir en évitant de menaçants massacres ?
   Les historiens futurs, s'il s'en trouve, établiront les faits et jugeront, mais quelle que soit la valeur, authentique ou mensongère, de cet homme, la réalité est qu'il sera à jamais la dernière figure illustrant la dernière page d'un long chapitre du passé humain  --presque cinq siècles...--, et la première page d'un nouveau.
    Ainsi sera-t-il immortel, comme il se doit pour un dieu.

   ***Pour les détails de la sublimation d'un homme en une autre nature, lire L'apocoloquintose du divin Claude de Sénèque. Apocoloquintose est formé comme apothéose, à cette différence que ce n'est pas un dieu que devient l'heureux mortel, mais une citrouille ou coloquinte. Espérons que le héros ci-dessus évoqué ne soit pas victime d'un tel accident.

5 commentaires:

  1. qui les convainquirent d'une égalité, non cette égalité vraie venant d'une nature commune, mais une égalité née d'a-prioris philosophiques et abolissant toute distinction de valeur et de mérite entre divers peuples.

    Cette fameuse égalité qui fait que ce bout d'Europe australe revient aujourd'hui à sa sauvagerie primale.

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  2. Invictus est diffusé ce soir sur France 2. Suis curieux de voir comment Eastwood a bien pu dessiner Mandela.

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