david in winter

david in winter

vendredi 13 décembre 2013

Le secret d'une intervention en terre lointaine



  Il était une fois, entre flots et monts, un pays d'anciennes civilisation et traditions sur lequel régnait un Président revêtu de l'autorité absolue que donnent la maîtrise des medias et la miraculeuse faculté de pouvoir toujours emprunter plus, sans souci de remboursement, afin de distribuer largesses et prébendes à de quémandeurs sujets.
   Tout pétri de doctrines et de dogmes assemblés sous le nom d'humanisme solidaire, compassionnel et citoyen, ce Président avait entrepris de favoriser, par des caresses pour les uns et le fouet pour les autres, un groupe de population d'origine allogène adepte d'une croyance née en des sables lointains au détriment d'une autre population, dont le caractère indigène  laissait soupçonner qu'elle pouvait être réfractaire aux valeurs d'ensemblisme arc-en-ciel désormais dominantes.
   Comme il fallait désigner par le langage ces agglomérats humains, on prit l'habitude, aussi commode qu'approximative, de nommer les uns mahométans , qui représentaient le bien, et les autres chrétiens, qui, dans un univers binaire ou manichéen, ne pouvaient être que le mal.
   Il en résulta, non véritablement des conflits, mais des tensions qui, à terme, risquaient de séparer du pouvoir un Président qui lui était fort attaché.
   Diverses solutions furent envisagées pour remédier à cette fâcheuse perspective, et dans le seret de son cœur, le Président finit par se dire qu'il dormirait d'un sommeil plus doux s'il pouvait se débarrasser des chrétiens.
   Au même moment, sur un continent d'anciennes traditions, mais que la civilisation ne fit qu'effleurer, se déroulaient, entre désert, savanes et bidonvilles des affrontements entre diverses tribus, que les chercheurs en géopolitique appelaient , pour un camp, mahométanes, pour l'autre, chrétiennes.
   L'esprit fertile du Président, et les suggestions de ses conseillers, virent dans l'évènement une heureuse coïncidence porteuse d'opportunité , et la décision d'agir fut vite prise. Bien persuadé de la relativité de la morale et des convictions, car il avait lu quelque part cet aphorisme que "vérité ici, erreur au-delà " (et inversement), ce monarque , après avoir préparé les esprits par la diffusion sur divers écrans d'images horrifiques (cadavres de nourrissons dévorés par des vautours famèliques, femmes violées par une soldatesque en rut, puits asséchés et smartphones privés de connexion ), annonça l'envoi de sa grande armée sur cette terre lointaine afin de sauver les chrétiens et d'éliminer les vilains mahométans, le changement de latitude suffisant à justifier l'inversion des troupeaux du mal et du bien (et inversement).
   La première phase de l'opération se déroula comme le laissait prévoir la disparité des armements, les corps des mahométans nourrirent les charognards, et le pays fut déclaré à la fois chrétien et pacifié.
   La seconde phase consista à demander poliment à la population chrétienne du pays d'entre flots et monts d'avoir l'amabilité d'aller s'établir sur cette terre riante que dominaient maintenant sans partage ses frères en sa foi.
    Aux hésitants, il fut dit que dans leur pays d'accueil ils seraient revêtus de la qualité éminente d'immigrés, toujours propice à l'attribution de bienfaits par les desouche.
    Il y eut donc un fort mouvement de population, qui enrichit compagnies aériennes et de navigation, ce qui fut bon pour l'économie, et les sondages, le Président se vit régner pour les décennies à venir, et fut assez désagréablement surpris quand ses sujets mahométans décidèrent de s'emparer du pouvoir pour établir des institutions conformes aux enseignement du Prophète, et lui coupérent le cou pour avoir envoyé trop tôt au paradis leurs fréres en leur foi.

5 commentaires:

  1. Cette espèce de "lettre persane" est ma foi fort réjouissante et sa prophétie finale assez désopilante. Enfin si l'on veut bien voir le côté drôle de la chose.
    Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime.

    RépondreSupprimer
  2. Comme s'est bien dit mais j'espère que cette lettre n'est point prophétique.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Remarquez, la Centrafrique doit avoir un climat très agréable.

      Supprimer
    2. Oui, nous avons là une belle plume ! Billet bien pensé et bien écrit. Désolée @Grandpas, pour moi, ce ne sont pas de vaticinations, c'est inéductable.

      Supprimer