david in winter

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mercredi 4 décembre 2013

Pour contourner la censure



  La mise en examen d'un célèbrissime chanteur américain coupable d'avoir prononcé une phrase offensant je ne sais plus quelle peuplade est-européenne marque une nouvelle étape du processus d'abolition de toute liberté d'expression, les plaignants ne figurant pas, jusqu'à ce jour, au registre des espèces protégées.
   La phrase fut dite dans une interview donnée à un magazine américain, puis traduite pour l'édition française de cette gazette, et voilà le délit constitué au pays des droits de l'homme antiraciste et humaniste. Son sens, que j'ai cru deviner assez mal fondé , et même marqué par le préjugé, importe peu, mais importe l'extension continuelle du nombre et des catégories de victimes recevables à traîner devant les tribunaux quiconque a le malheur de vouloir dire ce que, à tort ou raison, il pense.
    Je refuse, pour ne pas trop m'aigrir l'humeur, de lire le code pénal, ni même de m'informer de toutes les nouvelles prohibitions, dont l'avalanche décourage le décompte, mais crois savoir qu'il n'est désormais plus permis de porter, sur certaines périodes historiques, un jugement divergent de la vérité officielle , gravée dans le bronze de la loi, et je crains que quiconque entreprendrait de publier un éloge, mérité, de Simon de Monfort encourrait les foudres d'une association (subventionnée ) de Cathares et autres parfaits.
   Le principe de précaution enseigne que désormais, et en de telles circonstances, le plus sage est de garder de Conrart le prudent silence, un auteur moins prudent, et que sa plume démange, trouvera dans La persécution et l'art d'écrire de Leo Strauss quelques idées de ruse rhétorique transposables à notre temps (si je n'oublie pas, je reviendrai sur cet important ouvrage).
  Une solution est d'éviter d'écrire tout nom propre , de personne, de peuple, de pays, de fleuve, et sans doute de planète et galaxie, en faisant attention à ne pas citer de fonction permettant une identification – par exemple, un modeste "la vision de telle ministresse de xxx me fait penser à un xxx" serait vite compris, traduit et poursuivi par les vigilants Sherlock Holmes associatifs. Peut-on encore, marchant sur les traces du Président de Montesquieu, tracer un tableau de notre pays et de ses plus grotesques citoyens sous le masque de lettres persanes ? Je crains qu'il ne faille attendre une jurisprudence pour se prononcer, mais mieux vaut n'en être pas le cobaye.
  Certains lecteurs, et amicales lectrices, ont peut-être remarqué que, relatant quelque fait d'actualité, j'ai coutume de priver l'anecdote des noms des protagonistes ( à l'exception de sainte Leonarda, montée depuis au ciel du Kosovo), ce n'est pas ici la crainte du gendarme qui me guide, mais la volonté de donner à ces absurdités triomphantes un caractére d'exemplarité , qui dépasse la triste personne de tel ou telle.
  Ainsi l'humble chroniqueur tente de s'élever à la dignité plus haute du moraliste (tout en négligeant la gloire du martyre), et de faire vertu d'une petite lâcheté.
   Peut-être aussi aurais-je l'audace de proposer de certains textes elliptiques les clefs, que je m'en irai vendre sous le manteau, me consolant par une fortune rapide de la soumise timidité de mes propos.

3 commentaires:

  1. quelques idées de ruse rhétorique transposables à notre temps

    On dit les dissidents et poètes chinois assez rompus à l'exercice de ces ruses rhétoriques. C'est dire vers quoi nous tendons de plus en plus ouvertement.

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  2. "la vision de telle ministresse de xxx me fait penser à un xxx"

    Je ne vois rien de répréhensible à ce qu'une ministresse de l'Église anglicane stimule votre libido...

    Encore plus sérieusement: entièrement d'accord avec vous.

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    1. A moins que la ministresse du redressement des torts vous rappelât le ministère de la courbure de bananes ?

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