david in winter

david in winter

mardi 17 décembre 2013

Euthanasie, suicide par autrui et fin de tout



    Toujours soucieux de manifester par medias interposés sa bienveillance  envers ses sujets, et dans le plus infime détail, M. Etat vient de faire publier un rapport, ou étude, ou document, ou griffonage (ces termes sont synonymes) établi par une haute commission, ou haut comité, ou haut conseil, ou haut aréopage (même remarque) composé(e) de spécialistes, experts,chercheurs (idem, encore) auxquels s'ajoutent, dans le cas présent, de hautes personnalités et d'aléatoires quidam pêchés dans le menu peuple.
   L'objet de ce rapport ( pour simplifier), est de faire progresser, sans trancher mais en suggérant des propositions aptes à devenir des avancées législatives, la question, déjà débattue sans succès, de l'euthanasie, du suicide assisté, de la fin de vie, et  diverses désignations d'un passage de l'existence vers le néant ( ou le paradis, l'enfer, etc.).
   Rien de plus grotesque que l'expression fin de vie : on ne peut savoir qu'un individu s'est trouvé en fin de vie qu'une fois qu'il est mort, car s'il semble que la mort soit un évènement certain, sa date, elle, est incertaine ("Vous ne savez ni le jour ni l'heure"...), et l'on peut aussi bien dire qu'était en fin de vie depuis sa soixante-quinzième année un monsieur mort, en bon état, à quatre-vingts ans que l'était en son dernier matin une demoiselle de vingt ans tuée l'après-midi par une chute de tuiles.
   Pour le reste, jeté en vrac dans ce pseudo-débat avec la confusion propre à ces agitations essentiellement spectaculaires ( i-e : destinées à fournir un spectacle), il s'agirait à la fois du suicide en dernier ressort et de la possibilité accordée à des bourreaux, ou médecins, d'expédier ad patres un agonisant dont on n'espère plus rien et dont l'entretien devient onéreux.
   En fait, toute l'affaire se résoud à la question, prudemment occultée, de la propriété de soi, que l'on peut considérer de trois manières.
   La plupart des religions affirment que toute vie humaine appartient à Dieu, et que lui seul en dispose, quiconque partage cette croyance s'en remettra aux interprètes de la parole divine, les prêtres, pour déterminer s'il doit vivre ou mourir, décision qui ne regarde en rien M. Etat.
   D'autres êtres humains, parmi lesquels je me range, ont la conviction que leur vie leur appartient,  qu'ils ont le droit d'y mettre fin selon leur bon plaisir, et qu'il est légitime et moral (mais hélas non licite) de prier un tiers ( médecin, charcutier, philosophe...) de leur tirer une balle dans la tête pour ensuite dévorer leur carcasse. Cette position, je le répète, est la mienne, il est donc évident qu'elle est fortement combattue, et sa mise en oeuvre prohibée par tout plein de lois.
    La troisième attitude, qui prévaut, est celle de M. Etat qui considère que la vie de ses sujets lui appartient, qu'il est seul maître de la préserver ou de la détruire, pour la raison essentielle que M. Etat se sent d'autant plus riche et fort qu'il posséde plus de sujets, et qu'il est toujours plus amusant (sinon plus reposant) de régner sur des millions d'individus plutôt que quelques dizaines (d'où l'interdiction du suicide dans diverses cités antiques, comme Massilia, innombrables autres exemples).
   Cette certitude de propriété de la vie de ses sujets par M. Etat s'exprime par toutes sortes de lois destinées, plus à tort qu'à raison, à protéger cette vie, telle l'obligation de mettre une ceinture d'esclave pour s'asseoir dans une automobile, l'interdiction de consommer certaines substances arbitrairement déclarées stupéfiantes, ou la condamnation au feu de l'ouvrage Suicide, mode d'emploi, qui contenait des conseils utiles pour quitter commodément ce monde, et échapper définitivement à M. Etat.
   Bref, dans la société actuelle, c'est M. Etat , et lui seul, qui s'est arrogé le droit de dire, très éventuellement..., quand et comment (attendrissante concession...)  un être humain peut choisir  de mourir plutôt que vivre.
   L'affaire n'est pas nouvelle, elle a resurgi parce que l'on en discute en d'autres contrées, ou en raison de larmoyants documentaires télévisuels , ou pour le plaisir de faire papoter, et a pour charme essentiel d'être absolument insoluble dans les termes où elle est enfermée—c'est-à-dire de vouloir la résoudre par une loi.
  Ce n'est en effet pas la même chose que la cas d'un M. Durand , assez mal portant et fort âgé, mais capable de se plaindre d'intolérables souffrances et d'exprimer clairement son désir d'être piqué pour en finir ( mais ces souffrances n'ont-elles pas annihilé sa volonté, son libre-arbitre ?) et d'une Mme Dupont réduite à l'état de légume à la date de péremption dépassée, et dont l'arrosage (ou maintenance sous perfusion ) commence à peser à ses proches et obérer la cassette de M. Etat  -- dans ce dernier cas, c'est un autrui qui recevrait le droit d'envoyer Mme Dupont ad patres, ce qui est un meurtre ( qui peut être légitime).
   Une solution serait d'autoriser chaque sujet à écrire, un jour de pleine conscience et de belle humeur, un document par lequel il autoriserait une personne de confiance dûment nommée à le  tuer dans certains cas qui peuvent advenir ( et dont l'énumération ne pourra jamais être exhaustive). Mais si la personne de confiance trahit la confiance ( dans l'espoir d'un héritage, ou autre motif...) ? Ou si ce sujet ne trouve quiconque à qui remettre son destin ? Tant pis : il est impossible de tout prévoir, tout régler  --ainsi vont la vie, et la mort.
  Pour ma part, et ce à quoi je suis prioritairement intéressé, si je n'ai le bonheur de trépasser subitement d'un arrêt brutal de ma machine corporelle, je sais que, malgré toute volonté que j'aurais pu exprimer librement, si je dois me trouver en triste état et livré aux médecins et fonctionnaires assortis, il en sera comme eux le voudront, et que même dans mon agonie, je sentirais m'étreindre les griffes de M. Etat.

12 commentaires:

  1. Mes deux parents étant mort en état d'inconscience et ayant pu suivre leur (plus ou moins) longue agonie, je serais assez d'avis que l'on puisse signifier son désir, en pareil cas, que soit mis fin à ses jours. De même, au cas où une longue (et douloureuse) maladie viendrait sans espoir de guérison àme frapper, j'aimerais qu'il soit possible qu'on me fournisse le matériel nécessaire pour abréger mess souffrances. Quitte à n'en pas faire usage (car c'est au pied du mur qu'on voit le maçon). Maintenant, il arrive que le coma survienne avant qu'on ait pris ses dispositions...

    Pas plus tard qu'hier soir nous devisions gaiement avec Nicole de ce sujet ainsi que des soins palliatifs qui peuvent également poser problème car, comme me le signalait un jour un anesthésiste, effacer la douleur permet de mieux voir son inéluctable déchéance, ce qui n'est pas toujours aussi joyeux qu'on peut l'imaginer.

    En résumé, je pense qu'il faut dans la mesure du possible laisser à l'individu sa responsabilité avec pour corolaire l'impossibilité de poursuivre ceux qui l'auraient aidé à accomplir sa volonté.

    RépondreSupprimer
  2. quant aux trois positions, j'ai la même que vous, j'avais une fois commis un texte dans lequel je disais en conclusion : "certains à devoir agir hors des cadres moraux et législatifs que sont les religions et le code civil."

    http://ilikeyourstyle.net/2010/11/22/contre-une-loi-favorisant-leuthanasie/

    RépondreSupprimer
  3. Du temps où je vivais en France, j'avais toujours dans mon portefeuille, dûment glissés avec mon permis de conduire, un formulaire de l'ADMD et une autorisation de prélèvement d'organes. Maintenant, mon permis indique que je suis donneuse. Je n'ai donc aucun souci à me faire, si je me vautre sur la route, on me dépècera vite fait. Quant aux malheureux qui ramasseront les morceaux, s'ils savaient ce que je bois et je fume...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ben voui... Ce serait balot de mourir en bonne santé.

      Supprimer
  4. Je ne suis pas tout fait d'accord avec votre première manière. La Bible ne condamne nulle part le suicide.
    Le suicide comme meurtre de soi même est tardif dans le christianisme. Augustin, pour des raisons largement politiques alors que l’Église s'installe et que l'argument du martyre lui est opposé par des églises concurrentes pour la contester.
    D'ailleurs Paul s'interroge sans arrière pensées sur le fait de savoir si "persister en la chair" est une bonne idée ou si il ne serait pas plus judicieux de rejoindre le créateur sans tarder. Il tranche pour persister mais pas du tout pour des raisons d'interdit moral (il se doit à ses ouailles)

    Quant aux sociétés antique, c'est à ceux qui ne disposaient pas de la propriété de leur corps qu'il était interdit de se suicider, les esclaves ....

    Nathan B

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai ,nommé aucune religion.
      Et dans diverses cités antiques, c'était bien le suicide des citoyens qui était interdit.
      Quant aux esclaves , n'étant pas sujets de droit, leur interdire le suicide par une loi n'aurait eu aucun sens.

      Supprimer
    2. "la propriété de leur corps"

      "Mon corps m’appartient !" et autres fadaises de la même eau, n’est-ce pas là, la plus belle imbécillité progressiste qui soit ? L’âme et le corps étant indissociables, jusqu’à preuve du contraire (rassurez-moi), nous sommes notre corps. Vouloir appliquer une catégorie juridique comme le droit de propriété au corps humain n’est rien d’autre qu’un non-sens juridique par confusion du sujet de droits et du droit lui-même.

      Supprimer
  5. Ne pourrait-on pas considérer une quatrième manière de voir la notion de propriété en estimant que notre vie appartient aussi à ceux qui nous entourent : épouse, mari, enfants, grand parents, amis ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il est permis de considérer ce que l'on veut, cher Corto, mais dans la réalité, ne comptez pas que M. Etat puisse abandonner aux familles ( horreur!) une propriété qu'il croit sienne.

      Supprimer
  6. LeVertEstDansLeFruit17 décembre 2013 à 21:55

    Pourquoi Cain a-t-il tué Abel ?

    Pour voir qui gagnera..

    RépondreSupprimer
  7. Il es amusant de constater que les adversaires les plus féroces de la peine de mort, sont tout aussi de fervents défenseurs de l'avortement et du suicide assisté.

    Il est vrai qu' un fœtus à naître ou un malade agonisant ne voteront plus par contre un assassin lui peut toujours être reconnaissant en déposant dans l'urne, le bon bulletin.

    Je suis mesquin, diront certains et alors?

    Une question me chatouille la luette: "Pourra t on pratiquer le suicide assisté sur un Président de la République dont le peuple est mécontent? "; c'est une question anodine mais on a encore le droit de rêver.

    RépondreSupprimer