david in winter

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lundi 25 novembre 2013

Identité : quelle identité ?



    Dans le roman publié en 1956 de l'écrivain anarcho-écolo et grand amateur de whiskey Edward Abbey ( 1927-1989) The brave cowboy , adapté au cinéma par Dalton Trumbo sous le titre Lonely are the brave (1962, de David Miller, avec Kirk Douglas), le héros, arrêté par un policier qui lui demande des papiers d'identité , répond :
   --Je n'en ai pas, je sais qui je suis.
   Moi aussi, je sais qui je suis, et, tout en refusant d'être mis en carte comme une pute de jadis, je connais mon identité.
   Cette identité, identité personnelle, se fonda sur les vices et les vertus de ma naissance, mon éducation, mes rencontres, les legs du passé et mes expériences (etc. ...), se corrigeant, s'accroissant, se modifiant sans cesse au fil des années, mais plus j'avançais en âge, de plus en plus marginalement , et s'il arrivait qu'à l'automne de ma vie quelques Tartares envahisseurs me réduisissent en esclavage, de ce changement de condition résulterait peut-ête quelque chagrin, mais non un grand bouleversement de mon identité, désormais fermement construite.
    Il en est ainsi pour tout être humain.
   Mais qu'en est-il d'une supposée identité collective, ou nationale ?
   Cette telle identité serait formée de l'addition d'un certain nombre d'identités individuelles, regroupées par leur état-civil, ou le territoire qu'elles occupent.
   A-t-elle un sens ?
   Regardons une époque de civilisation française, vers l'an 1670, et ce qu'ont alors en commun les règnicoles.
   Ils partagent une commune fidélité envers une religion alors unique, dont ils acceptent les dogmes, et qui imprégne leur vie quotidienne par des rites, des cérémonies, des fêtes ( et des prêches qui enseignent ), une égale fidélité envers le seigneur-Roi qu'ils respectent et servent, une soumission à un ordre social inégalitaire et juste car il est voulu par le Dieu qu'ils adorent et craignent, ils s'enorgueillissent d'appartenir à un grand royaume ( qu'ils croient être le plus grand du monde ) d'où découle la fierté d'être français, ils partagent enfin, et plus subtilement,  le fait de posséder des particularismes, des identités locales et très-personnelles,  patois, architecture, institutions même (etc. ...) mais ces particularismes, ces diversités  s'inscrivent dans une unité supérieure en contribuant à la construire.
  La catastrophe de 1789 balaya tout, détruisit tout, et ce qu'elle tenta de reconstruire fut une unité forcée, non par le lent effet des apports des siècles, mais par la violence du glaive, en abolissant ces  particularismes et ces diversités qui sont le socle d'une  vie commune.
   Vint aussi un temps de patriotisme, celui-ci n'était pas jadis absent de cette "identité nationale", mais il n'en était qu'un élément parmi tant d'autres, devenu élèment unique, il ne fut plus qu'une conviction, qui perdit sa force, se dilua et ne survit guère qu'en ce grotesque et misérable avatar appelé chauvinisme.
   Et aujourd'hui ? Quelle identité nationale ou collective ?
  Je n'ai abordé cette question que parce qu'elle surgit ici et là avec une envahissante insistance, d'autant plus virulente qu'elle sous-entend une menace, menace qui ne m'émeut, car je juge que la question débattue n'a aucun sens.
   Pour l'excellente raison qu'il n'existe d'identité que personnelle , et que ce qui est collectif se nomme peuple, nation, ou autrefois : civilisation.
   Dans mon bref survol des temps révolus, il m' a fallu, malhonnête ruse, courber le sens des mots pour faire croire qu'il eût existé dans le passé un concept né ces jours derniers...
   Et à qui, préférant le verbe à l'agir, disserte sur cette "identité nationale " ( qu'elle soit heureuse ou malheureuse, peu me chaut), ne pourrait-on conseiller de plutôt tenter , abandonnant haines et préjugés, de chercher à poser les premières pierres, modestes ou glorieuses selon l'étendue de ses talents,  d'une nouvelle civilisation?
  Que renaisse une telle civilisation, et nous verrons s'y fondre de déraciné allogènes.
  Mais de cela, je crains que nous ne soyions bien loin.

6 commentaires:

  1. D'accord avec vous sur l'essentiel.

    Pour ce qui est de créer une nouvelle civilisation au sens où vous l'entendez, n'est-ce pas le but que M. Peillon assigne à l'école afin d'achever l’œuvre de 1789 ?

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  2. "une unité forcée, non par le lent effet des apports des siècles, mais par la violence du glaive."

    Tiens, fait amusant, lorsqu'on consulte l'actuel et très socialiste site de l'Elysée, on peut voir, ornant le frontispice, un des symboles de la république, d'ailleurs décrit ainsi :

    "La partie centrale du motif représente des faisceaux constitués par l'assemblage de branches longues et fines liées autour d'une hache par des lanières.
    Les faisceaux sont recouverts d'un bouclier sur lequel sont gravées les initiales RF (République française). Des branches de chêne et d'olivier entourent le motif. Le chêne symbolise la justice, l'olivier la paix.
    Le faisceau de licteur est un emblème très souvent utilisé pour représenter la République française, même s'il n'a aujourd'hui aucun caractère officiel.
    "

    Le faisceau des licteurs, moyen d'avertir le bon peuple qu'il subira les verges et/ou la décapitation s'il s'avise de jouer au con. Accessoirement, l'emblème adopté par la bande à Mussolini, ces fameux fascistes.

    Hasard ? Hi hi hi...

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  3. Ceci dit, je suis Auvergnat avant d'être Français, n'en déplaise aux grincheux républicains. Et ma diversité se nomme bretons, alsaciens, berrichons,lorrains, provençaux, normands, etc.

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  4. C'eût été marrant, Michel, une pièce de Molière sur l'identité française. Préfacé par Lady Ashton Martin et les femmes savantes...
    Pour le reste, faire ce que font des copains qui ne veulent pas de cage à latins. Des enfants, des écoles et des catholiques parcs.

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