david in winter

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lundi 10 mars 2014

Larves précautionneuses



   Depuis que s'est levée l'aurore aux doigts de rose, un soleil triomphant brille dans un ciel azuréen, et une douce chaleur caresse nos chairs frémissant de l'approche d'un aimable printemps tandis que s'ouvrent les bourgeons aux branches d'arbustes quittant leur sommeil hivernal, que les crocus jaillissent d'un sol nourricier et que les prunus offrent le charmant spectacle de leurs fleurs largement déployées.
  Il fait un temps superbe (glorious weather, en grand-breton).
  Catastrophe.
  Plus indulgente que moi envers les propos que répandent les radios pour insulter l'éther, madame mon épouse a écouté une station locale, qui diffuse à l'intention d'habitants de nos campagnes ignorées des aéronefs et parcourues , parfois, de biens rares automobiles, des informations d'intérêt aussi local que leur porte-voix.
   "Attention attention! était-il clamé, l'air est aujourd'hui très mauvais, aussi bien dehors que dedans (car, sans que nul ne le vît, ce speaker s'était à l'aube introduit dans les maisons pour en autopsier l'atmosphère), donc, nous vous recommandons une extrême prudence. Et si vous toussez, ou craignez de tousser, surtout, ne sortez pas ! Et ne faîtes rien, mais couchez-vous!"
    Je ne sais si la recommandation suivante fut de se mettre en arrêt de travail, ou de prendre rendez-vous avec les pompes funèbres, palliatifs également dérisoires puisqu'il est bien entendu que, par la venue de la pluie, de la bise ou des cumulus autant que de leur absence, nous sommes également condamnés à un sort que n'eût osé décrire Dante.
   Dans sa nouvelle La clef du souterrain, publiée en 1955, Paul Morand trace le portrait d'une jeune femme, Agathe, qui a absolument peur de tout, le moindre objet lui est une menace, le plus infime geste d'autrui risque de la blesser, le plus ordinaire évènement pourra la faire mourir. Elle a écrit, et ce sont ses lectures de chevet, une Liste de maladies redoutables, un Catalogue des champignons vénéneux et un Répertoire d'accidents, et a mis au-dessus de son lit une pancarte lui rappelant les trois imprudences à ne pas commettre (mais à tout instant, il lui en apparaît de nouvelles), tout lui est danger, et pour se préserver, elle tyrannise avec ardeur parents, amis, entourage.
   Aujourd'hui, les Agathe ont pris le pouvoir, le détiennent absolument dans les gouvernements, les medias, les écoles, imposant chaque jour à un innocent autrui les abominables contraintes qu'elles croient propres à les sauver de leurs délires.
   Où fuir?

5 commentaires:

  1. Où fuir ?

    Je ne vois guère que la tombe comme ultime refuge. Et encore, il n'est pas certain que les nuisibles que vous évoquez ne nous y suivent pas, tel l'oeil de Caïn.

    Ils sont mus par la phobie ultime, celle de la mort et de ses signes avant-coureurs. Il faut être impérativement jeunes et en bonne santé, et pour le rester le plus longtemps possible il nous faut astreindre à une discipline érémitique.

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    1. Mais je suis un ermite épicurien (et fumeur).

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  2. J'ai déjà fui ! Ici ne me parviennent que les échos assourdis de la folie ordinaire. Ce qui en soi est déjà suffisant pour mettre en rage !

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    1. ...comme le montre votre dernier, et excellent, billet.

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  3. Où fuir?

    En éteignant la radio et en faisant comme d'hab.
    NB : un épicurien contrairement à une idée reçue se contente de ce qu'il a et n'en demande pas plus. Sans doute est-ce votre cas.

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