david in winter

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vendredi 7 mars 2014

De "12 years a slave" à Guantanamo



    Nous regardâmes hier 12 years a slave, film de M. Steve McQueen formaté pour triompher aux Oscars ( c'est réussi), qui déroule, avec une majestueuse lenteur rappelant cet esthétique ennui cher à Terrence Malick, de très-attendus clichés afin de conter l'horrible histoire, vraie en son intrigue et romancée en ses péripéties, d'un malheureux violoniste new-yorkais kidnappé pour être vendu comme esclave .
    La mise en images de la longue, cruelle et injuste captivité de cet homme a ému M. Obama, Président des Etats-Unis d'Amérique et individu très-méprisable  par ses discours et ses actes, qui a décidé de faire projeter dans les écoles 12 years a slave, et de faire lire le livre écrit jadis (et bien oublié) par son infortuné héros.
    Il était en effet urgent de dénoncer avec la plus grande vigueur l'esclavage, et exclusivement cet esclavage dont furent victimes les Noirs en Amérique.
    L'affaire se passa entre 1841 et 1853, et au XXIème siécle... ,  de notre temps, rien de semblable – un enlévement, une captivité arbitraire, des tortures – ne peut se produire.
    Officiellement.
    Je vais maintenant citer un texte que j'écrivis et publiai le 24 novembre 2006,  après avoir vu un film passé inaperçu et qui ne gagna nul Oscar, le voici, sans modification  (pour qui souhaiterait s'assurer de ma scrupuleuse honnêteté, ce texte figure dans ma Chronique des Belles Lettres, Paris, 2007) :
   " Je viens de regarder le film anglais The road to Guantanamo ( 2006 , de Michael Winterbottom et Mat Whitecross ) , plus éprouvant à voir que les films d'horreur très glauques et sanglants dont je suis friand.
   "Il narre l'histoire , authentique , de  jeunes citoyens britanniques musulmans , ramassés par hasard  en 2001  en Afghanistan où ils se promenaient (imprudemment ) , et qui furent , pendant plus de trois ans , torturés par les militaires Américains avec des méthodes modernes évitant les dégâts physiques trop visibles ( déjà Bernard Gui  [en l'an 1324] recommandait , pour la torture : "citra membri diminutionem et mortis periculum" – évitez les mutilations et la mort ). Le but des bourreaux était , comme les inquisiteurs , d'obtenir un aveu , mais sans se soucier , contrairement aux inquisiteurs, du salut de leurs victimes.
  "Les tortionnaires ont été , pour les soldats et leurs officiers , couverts de primes en dollars et de médailles , et promus ; leurs chefs et complices européens paradent à la télévision et vivent dans un luxe de satrapes – pour ma part , il me plairait de les voir écarteler en place publique, mais je sais que le film est fait pour me conduire , émotionnellement , à cette réaction.
  "Un tel supplice les surprendrait , car , comme de tout temps , ces tortionnaires étaient (demeurent ) persuadés que leur action était moralement juste et bonne.
   "Sans cesse , nous condamnons d'innombrables horreurs du passé , et nous le faisons parce que nous nous disons plus civilisés  : nous avons effectué un progrès moral ; il arrive que cette prétention soit juste , mais elle n'est trop souvent que mensonge , et nous noircissons le passé pour absoudre un identique présent."
   Après plus de trois ans de détention, les jeunes Anglais furent relâchés, sans explication, sans inculpation – ils étaient de parfaits innocents.
  Sept ans plus tard, les bourreaux de Guantanamo demeurent impunis et continuent à recevoir leur solde, ou leur retraite, du gouvernement de M. Obama, lequel se plaît à condamner publiquement et interminablement des atrocités depuis longtemps abolies, pour mieux taire celles qui se commettent aujourd'hui.

5 commentaires:

  1. Tout à fait d'accord avec vous sur cette fatigante manie de ressasser inlassablement ces histoires afin de bien instiller dans les cerveaux que l'homme blanc est le seul coupable en ce bas monde. Quand les U2 massacrent des Tootsies, c'est une horrible fatalité. mais quand le blanc fait la moindre chose, c'est obligatoirement une horreur. Et on en parle parce que ces cons de blancs prenaient soin de leurs esclaves, alors qu'il n'y a pas un gus pour parler de l'esclavage arabo-musulman, ils mourraient tous de maladies, de mauvais traitements, etc. après avoir été châtrés, parce que quand même, il ne fallait pas qu'un de ces kaffirs s'avise d'engrosser une moukhère du cru.

    L'esclavage était évidemment une horreur, mais il n'a jamais été ce qui est décrit dans La case de l'oncle Tom, fort mauvais roman à tout point de vue. Un esclave coûtait cher, on en prenait donc le plus grand soin. Sans parler du mythe de la plantation avec des cohortes d'esclaves, alors que dans tout le Sud il n'y a pas eu plus de 20 plantations avec plus de 100 esclaves. Et puis les mou du genou oublient de parler de la condition des noirs dans le Nord industriel où ils étaient sous-payés, pas mieux considérés, relégués dans des bidonvilles infâmes et la proie des violences racistes y compris de la part de la police, alors que dans le Sud ils bénéficianet de la protection de la loi qui interdisait les mauvais traitements.

    Et puis s'il n'y avait pas eu le Sud et les champs de coton, il n'y aurait pas eu de blues, de jazz, de rock and roll et BB King aurait très certainement été un simple griot inconnu au fin fond d'une brousse tropicale. C'était ma minute "gros salopard cynique", car j'ai une réputation à conserver.

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    1. Merci pour cette minute "gros salopard cynique", cher Koltchak -)

      Et merci également, Michel, pour cette mise en perspective.

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    2. C'est comme cela que l'on finit fusillé, cher Amiral...

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    3. Merci pour votre merci, ami occidental.

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    4. Cher Michel, tout le plaisir est pour moi -)

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