david in winter

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dimanche 9 mars 2014

Affaires et scandales : le grand secret



    La scène se passe dans le grand bureau carmin d'un palais présidentiel, dans un pays qu'ignorent toutes les cartes, en un temps uchronique.
     Le Président, aidé par son aide de camp, achéve sa quotidienne revue de presse, laissant tomber sur une table basse de style Richard III les derniers numéros des gazettes qui font l'opinion, Cancans hebdo, Ragots Mag, Rumeurs secrétes...
    --Dix-neuf photos de vous, Président, commente l'aide, et dans une bulle, un abstract de votre dernier discours.
   --Oui, ils ont choisi : "Je n'admettrai pas". C'est bien, c'est ... percutant. Bon, -- il regarde sa montre made in chez nous—presque dix heures, encore une bonne journée de travail terminée, que puis-je faire?... La chasse à la starlette me distrayait, mais je crains que le peuple n'ait pas compris la nécessité pour un Chef du repos du guerrier....
   --Il y a dans l'antichambre un individu, Président, je souhaite que vous le receviez.
    --Vous voulez me faire faire des heures sup'?, et le Président rit, d'un bon rire complice, pour montrer que, malgré son élévation, il a conservé son sens de l'ironie, et même de l'auto-dérision.
   Quelques minutes plus tard, l'aide introduit un homme de taille moyenne, au visage ordinaire, vêtu d'un habit couleur de muraille.
    --Je vous présente M. Nemo Nobody, annonce l'aide, puis il se retire, en prenant le soin d'appuyer sur le gros bouton off qui désactive les divers micros enregistreurs installés par divers services et conseillers qui n'existent pas.
   --Asseyez-vous, Monsieur, dit le Président, puis il allume une cigarette électronique, en offre une à son visiteur, et une bucolique odeur de romarin, de trèfle et de serpollet se répand dans la pièce.
    "Si vous pouviez, Monsieur, me dire... l'objet de votre visite ?
    --Je suis monteur d'affaires, Président.
    --Ah... Euh...
    --Permettez-moi de vous expliquer.
   "Vous avez des ennemis?
   --Des ennemis, moi? Certes non! J'agis dans le meilleur intérêt de tous, et même des femmes, des zhandicapés et des uranistes, j'aime tout le monde, tout le monde m'aime.
   --Des adversaires?
  --Voyons... jadis, à l'école, j'eus une presque querelle avec un condisciple au sujet de la théorie de la valeur et d'un paragraphe de Ricardo, mais j'ai fait donner à ce pinailleur une ambassade, il est désormais un allié.
   --Et des concurrents ? Pour le prochain grand jeu des urnes ? Quelque insolent qui disputerait votre trône?
    --Ah... Euh...Oui...J'ai ouï qu'ancien Président souhaiterait redevenir Président, on pourrait dire qu'il y a là une sorte de nuisance, un peu troublante.
   --C'est là que j'interviens, dit le visiteur.
    "Je dispose d'un réseau de magistrats, d'argousins et de plumitifs, je leur suggére une infraction qui aurait pu, éventuellement, peut-être, avoir été commise par un proche de votre concurrent, une enquête est ouverte, il y a des perquisitions, des garde-à-vue, des mises en examen, à chaque étape, la presse amie distille, sussure, insinue, c'est là ce que l'on appelle une affaire, à laquelle on accole le nom de votre concurrent – c'est Durand, n'est-ce pas ? Eh bien,  réseaux sociaux, choses imprimées et spectacles télévisuels ne retentiront que de la nouvelle affaire Durand qui deviendra vite le scandale Durand.
   --Mais, il faut qu'il y ait matière à incrimination...
   --Pffftt... N'avez-vous pas lu votre Code pénal? Les motifs d'inculpation y fleurissent comme le muguet en mai.
   "Avez-vous recommandé distraitement l'oncle d'un ami pour une place ? C'est du trafic d'influence. Suggéré de passer un marché à une entreprise dont vous avez hérité d'une tante trois actions il y a vingt ans? C'est une prise illégale d'intérêt. Le trésorier d'une de vos campagnes électorales a-t-il reçu dix zlotys d'un individu à la réputation sulfureuse? Recel de blanchîment! Et je ne vous dis rien de l'abus de biens sociaux et de son recel, ni de...
   --Oui oui, je vois.Mais, ces gens..., votre réseau..., pourquoi feraient-ils ce que vous leur demandez?
    --Pour les raisons qui font agir tous les êtres humains, Président.
    "Certains sont motivés par l'argent que je peux leur distribuer, ou l'espoir d'un avancement, d'une promotion, même d'une simple décoration. D'autres veulent seulement se donner du mouvement croyant ainsi charger de sens une existence médiocre, ou exercer contre plus grand qu'eux le pouvoir qui leur a été négligemment attribué,  quelques uns veulent satisfaire leur haine envers la cible que je leur désignerai, d'autres encore, héritiers de Savonarole, sont des fanatiques qui veulent servir une justice dont eux seuls ont posé les règles, sans parler de ceux qui, humiliés ou rejetés par Pierre se vengeront sur un Paul innocent, et plusieurs de ces raisons peuvent, comme toujours, se mêler dans le même cœur.
   "Peu importe pourquoi ils se jetteront sur leur proie, Président, je sais qu'ils le feront, cela suffit.
   --Mais, ces affaires que vous créez, ne risquent-elles pas de...., comment dit-on..., de se dégonfler? De disparaître?
   --Bien sûr, et même d'être vite oubliées. Mais, si nous nous mettons d'accord sur le contrat que je vous propose, j'en créerai d'autres, ce sont autant de piques plantées dans le cuir de votre concurrent, et à s'en débarrasser, il épuise ses forces, au lieu de vous affronter, il s'échine contre les argousins, les magistrats, les plumitifs, et le jour du grand combat, vous n'aurez plus à face vous que l'ombre misérable d'un opposant déjà vaincu.
   Le Président signa le contrat et, rassuré sur son avenir, chercha sur wwww.chaudesactrices.com la future compagne de ses nuits calines.

3 commentaires:

  1. Très joli résumé de la semaine

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    1. Merci.
      Mais ce sera également pertinent pour la semaine prochaine, et la suivante, et....

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  2. Très bon billet. Et j'aime bien la nouvelle photo.

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