david in winter

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jeudi 6 février 2014

Tour de Babel et hiérarchie des valeurs



   Toujours prêt à terrasser quelque vilain dragon, le Président s'est lancé dans un nouveau combat, non contre ceci ou cela ( qui serait obscurantiste, passéiste et bien méchant ) mais pour.
   Pour quoi ?
   Pour imposer , ou promouvoir, ou marketer, je ne sais trop, disons : pour enseigner dans ces temples du haut savoir que sont les écoles, les langues régionales ( régionales vient de région qui a, selon la doxa républicaine, remplacé notre ancienne province).
   L'affaire n'est pas vraiment nouvelle, elle traîne depuis des décennies entre embrouilles européennes et embûches constitutionnelles, elle connaît des débuts de pratique officielle et de reconnaissance académique ( indispensable à l'obtention de postes et salaires afférents) et, comme elle se meut dans une certaine indifférence, il était urgent de la juger prioritaire.
   Ces langues régionales donc qui, appartenant au patrimoine selon la Constitution révisée, se trouvent ipso facto du côté du progrés et des droits de l'homme nouveau, avaient , à deux exceptions prés, à peu près disparu vers le milieu du siècle dernier, on pouvait en trouver l'écho dans des réunions folkloriques, et rien de plus, jusqu'à ce que des linguistes salariès de M. Etat entreprirent de les ressusciter, ou réinventer, et même simplement inventer.
   N'ayant aucune envie de m'infliger la peine de commenter les théories de Ferdinand de Saussure etc., je ne répondrai pas à la question : qu'est-ce qu'une langue? dont n'ont pas fini de débattre les spécialistes de la linguistique , mais j'ai observé qu'il est pratiqué sur le territoire de l'ex-Gaule un idiome nommé langue française, et qu'en cette langue française a été écrite une littérature d'une richesse sans équivalent dans le reste du monde. Et sur les mérites intrinséques, lexicaux ou syntaxiques, de cette langue, que l'on relise le Discours sur l'Universalité de la langue française de M. de Rivarol.
   Du côté des langues régionales, ces patois ou dialectes qui étaient parlés sans être fixés par l'écriture et différaient, dans une même province, d'un village au village voisin..., que trouve-t-on comme œuvres littéraires ?
  Rien.
  Même le breton et le basque, qui sont ce qui ressemblent le plus à des langues véritables et non des parlers locaux, n'ont rien produit de quelque valeur, et si le provençal a permis à Frédéric Mistral de recevoir le prix Nobel pour les douze chants de sa Miréio, il s'agit d'une langue artificielle, recréée par les félibres ( avec Mistral : Joseph Roumanile, Théodore Aubanel pour les mieux connus, plus tard, Charles Maurras), langue belle, harmonieuse, langue savante de littérateurs, et non de peuple.
   Au mieux, ces langues régionales, dont les spécialistes  ont recensé plusieurs dizaines (!), peuvent entrer dans la catégorie de ces amusements pittoresques dont il est est permis de se divertir, les voici à l'école, aux côtés des jeux videos et des poupées hermaphrodites.

   Deux notes:
*J'ai publié autrefois un long poème en langue corse – no comment;
*Parmi ces langues régionales figurent évidemment les dialectes parlés par les indigènes des colonies (Guyane, Nouvelle Calédonie, Saint-Pierre et Miquelon, Wallis et Futuna, Seine-Saint-Denis etc), les débats menés à leur propos atteignent un rare niveau de comique.

6 commentaires:

  1. une assez bonne définition de la langue (traduite de l'anglais) : "Une langue, c'est un dialecte avec une marine et une armée".

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  2. Jadis, les brigands (une ébauche d'armée) basques étaient redoutables...

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  3. Pourtant les langues régionales ne manquent pas d'intérêt :

    Un paysan de l’Ariège voit un jeune boire l’eau d’un ruisseau.

    Sans réfléchir il lui dit :
    - Bebes pas aquela aiga, pichot, que las bèstias i an cagat dedins é n’y a una que abia agafat una de aquello caganho.
    (Ne bois pas cette eau, petit, les bêtes ont chié dedans, et il y en a une qui avait attrapé une de ces chiasses !).

    A ce moment le jeune lui répond :

    - Wesh, zyva, te la pètes pas pépé avec ta langue chelou. J’suis un rebeu du 9-3, respectes-moi enculé d’ta race ! Ta mère, j’comprends pas c’que tu dis. K’es t’as dit mec ?

    Le paysan répond :

    - J’ai dit : bois doucement, elle est froide.

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    1. @koltchak : Hi hi hi !

      et différaient, dans une même province, d'un village au village voisin...,
      Un peu comme la lieue dont personne ne peut dire combien elle fait exactement.

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    2. A la réflexion ma comparaison n'avait pas lieu d'être.

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  4. curieux comme cette volonté de redévelopper les langues régionales se marrie bien avec celle de rendre plus puissante l'Europe et celle de réduire en France le nombre de régions pour n en avoir plus qu une dizaine qui ainsi auraient chacune presque autant de pouvoir et de puissance que l'Etat central. A terme celui-ci disparaîtrait au profit de l'Etat Européen.

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