david in winter

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lundi 3 février 2014

Passage du fascisme



  Cette nuit, il faisait jour.
    La voûte céleste était illuminée par les torches que brandissaient en défilant, dans les rues de mon village, sur les routes serpentant entre les bois et les chemins zigzaguant au creux des vallons, les hordes fascistes hurlant des slogans effroyables, marchant le bras levé pour insulter au firmament et au vivre-ensemble, et brandissant des gourdins hérissés de clous rouillés.
    Ces hordes existent, elles ont été vues, dénoncées, anathémisées par le ministre de la police, et sans doute le Président lui-même les eût observées, s'il n'avait été occupé aux soins d'un ménage qu'il doit désormais effectuer en célibataire.
   Ai-je peur ?
   Dans quelques heures, la masse de ces brutes dont le cerveau reptilien ne peut envisager que massacres et destructions viendra, aux portes de la ville capitale, s'affronter au rempart que formeront les corps des intellectuels germanopratins et des associatifs humanitaires, il est à craindre que l'assaut ne puisse être repoussé, car la force injuste triomphe parfois de la parole bienveillante, alors, l'horreur s'étendra sur le pays de la douceur de vivre...
   La liberté d'expression, cette fleur fragile préservée avec tant d'amour par le présent gouvernement, sera d'abord abolie, et seuls gens de lettres et de medias bien en cour auront la possibilité de s'exprimer, l'économie, c'est-à-dire ces échanges entre êtres humains qui, jusqu'à cette aube fatale, se pratiquaient sans être entravés par la moindre règlementation, sera désormais soumise à de multiples contraintes exprimées en lois, décrets, ordonnances, l'école elle-même, ce lieu studieux d'apprentissage d'un savoir que ne biaisaient nuls préjugés, ne sera plus qu'un enseignement d'idéologies fanatiques et en seront bannies toutes ces connaissances hier encore transmises avec une bienfaisante ardeur, telles que l'orthographe, le calcul ou l'histoire.
   Je n'ai pas peur –je suis terrifié à la pensée que, ce soir peut-être, cette terre où l'on chérissait le souvenir de tant d'humanistes au cœur compatissant –Robespierre, Lénine, Che Guevara et autres héros de la Fraternité – et dont les habitants , nourris par une manne tombée de lointaines galaxies, chantaient,dansaient, aimaient  sans souci d'un lendemain nécessairement radieux, que cette terre puisse être livrée à des hommes en dehors de l'humanité, dont la cruauté fera taire jusqu'au chant des petits oiseaux.
   Voici venu le temps de la fin des temps, nulle arche pour nous accueillir, et il ne reste qu'à périr...—ah! si le ministre de la police avait pu se départir de sa naturelle indulgence et oser dissoudre les groupuscules et essoriller le Mbala mbala, comme règneraient encore paix et harmonie!

3 commentaires:

  1. Ne pensez-vous pas qu'une apparition, la tête dument casquée, du foudre de guerre que la providence a placé à la tête de notre cher pays serait de nature à semer la panique dans les rangs des hordes fascistes et de provoquer leur débandade sauvant ainsi la civilisation à l'amélioration de laquelle il se dépense sans compter ?

    C'est le seul et faible espoir qui me reste !

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  2. Le chef, en démocratie, reste à l'arrière des troupes.

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