david in winter

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mardi 18 février 2014

M. Renaud Camus, le silence et la persécution



   Je sommeillais quand un grand vacarme me fit sursauter; c'était la clameur qui montait des rangs du Pen club, d'Amnesty international et de la Ligue des Droits de l'Homme, dont les membres défilaient de la Bastille à la République (et retour) pour scander leur indéfectible attachement à la liberté d'expression, et leur soutien à M. Renaud Camus, conduit, ce vendredi, au banc d'infamie d'un tribunal correctionnel pour ses écrits.
  M'étais-je vraiment éveillé, ou avais-je rêvé cette manifestation des défenseurs officiels du plus fragile des Droits de l'homme? Cette déclaration de la sous-ministresse de la Culture d'Etat, toujours vive à convoquer les micros pour maudire des parents voulant expulser des bibliothèques qu'ils financent des ouvrages jugés nuisibles à l'épanouissement de leur progéniture, cette déclaration si martiale contre toute ombre de censure, ne l'ai-je que songée?
   M. Renaud Camus est un auteur prolifique pour qui il semble qu'ait été inventé le substantif graphomane, j'ai lu avec plaisir certains de ses ouvrages et, chaque matin, moyennant une légère obole que jamais je ne regrette, je me délecte de l'entrée nouvelle de son Journal, j'aime sa langue classique, précise , et même ce soupçon de préciosité , qui console de la vulgarité boueuse de nos contemporains.
  M. Renaud Camus est également un observateur tâtillon de notre société; quand il ne nous entretient pas de peinture, de musique, d'architecture et de bons auteurs, il nous en livre une vision légèrement hallucinée, qui doit plus aux fureurs de l'Apocalypse qu'aux froides analyses d'un Tocqueville.
   Prophète, et de malheur, comme tout prophète, mais aussi combattant, il a choisi d'ajouter à son œuvre , ainsi que Chateaubriand ou Malraux, un vaste chapitre d' action politique, créant à cet effet non pas un mais deux partis, dont les programmes relèvent de la seule littérature.
    Ce que j'ai survolé de ces programmes suffit pour que je les considère avec un éloignement hostile, j'en trouve fausses les prémisses , maladroits les développements, aberrantes les conclusions  et les range parmi les mauvais livres de l'auteur, c'est un péché qui ne mérite pas le bûcher.
  Sauf pour les permanents d'une association grassement subventionnée, fondée jadis comme organisation de masse du Parti du goulag, des famines organisées et des massacres de toutes sortes, qui ont, grâce à des lois scélérates, traîné devant la justice pénale M. Renaud Camus pour des propos qui choquent leur belle conscience humaniste.
   Je n'ai pas lu ces propos, et ne les lirai point.
   Mais je ne veux me taire quand un homme est menacé de prison pour avoir écrit et publié ce qu'il croit être juste.
   Il est un temps où un procés fait, pour ses écrits, à un écrivain de renom, ce qu'est M. Renaud Camus, déclenchait dans la presse de vastes polémiques, défenseurs et pourfendeurs s'y exprimaient à forces égales, aujourd'hui seul le silence accompagne le baillon qui doit faire taire l'insolent.
   Ce silence est encore pire que les poursuites, et condamne avec plus de dure efficacité qu'amendes et emprisonnements.
  Et je crains de ne pouvoir espérer que tous les éditeurs et littérateurs de ce pays s'unissent pour affirmer leur solidarité non avec les phrases de M. Renaud Camus, mais avec son droit absolu d'écrire ces phrases, et c'est en solitaire, je le crains, que je dis mon soutien à cet écrivain persécuté, comme je pourrais le dire à des catholiques rigoureux ou des Femen turbulentes, aux dessinateurs blasphémateurs  de Charlie-hebdo ou à des militants du Front de gauche (si le vent tournait) -- à quiconque est traité en coupable pour avoir pensé autrement.

15 commentaires:

  1. Il faudrait réouvrir les bagnes à Cayenne pour Camus.

    Je ne compte pas parmi les grands défenseurs de la liberté d'expression, dans le sens, où à gauche, beaucoup voudraient la plus totale liberté d'expression sauf pour les autres.

    Je ne sais pas ce qu'a dit Camus (je suis de loin en loin depuis que je fréquente l'ami Didier). Je suis pour le respect de la loi mais contre une partie de la loi ce qui ne m'empêche pas de bouger les oreilles.

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    1. michel desgranges18 février 2014 à 15:01

      Si demain, cher Nicolas, vos adversaires politiques, arrivés au pouvoir, votent une loi pour vous empêcher d'écrire, je ne respecterai pas cette loi.

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    2. Le problème avec les gens de gauche, c'est qu'ils adorent la légalité comme une idole; ils ne se posent jamais la question de la légitimité. J'ai essayé d'aborder ce problème avec M. Nicolas, à l'occasion de l'affaire Dieudonné que je tiens pour ma part pour un scélérat, mais un scélérat qui devrait avoir le droit de tenir des propos indignes et immoraux, en vain.

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    3. Mais non ! Ce n'est pas un truc de gauche ! On a encore Civitas quoi veut interdire un truc et Copé un autre.

      Et arrêtez de m'appeler M. Nicolas, ça fait maquereau.

      M. Michel,

      Je respecte la loi pour ne pas être emmerdé. Les lois pour injure publiques, par exemple, ne me dérangent pas (et je ne suis pas le dernier à injurier). Il y a combien de livres ou de publications qui ont été interdites ? Un type comme Dieudonné était libre de parler mais il a cumulé les infractions. Hop ! Interdit ! La plupart des théâtres vivant de subventions, ça ne me choque même pas. Par contre, je n'ai jamais prôné l'interdiction et la plus part des textes interdisant ont été fait par la droite. Pour des motifs douteux. Pour attirer l'électeur de gauche.

      Personne ne va m'empêcher d'écrire.

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  2. et même ce soupçon de préciosité

    J'aime bien quand vous euphémisez .
    Pour le reste je suis d'accord avec vous.

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  3. Il est très agréable de vous lire, monsieur ! Idées justes, belle syntaxe et beau style. Un peu comme Renaud Camus... Précieux, oui, mais seulement quand il nous rase avec un musicien totalement inconnu ou un peintre de tierce catégorie.

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    1. Oui. Par contre, la typographie... À croire que je suis plus réac que lui...

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    2. Vous parlez de qui ?

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  4. Grand merci, Monsieur, de ce soutien généreux et circonstancié, dont je suis très touché.
    Renaud Camus

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  5. Tout de même, vous auriez pu lire ou plutôt écouter les propos qu'a tenus Renaud Camus et là vous auriez pu constater l'absurdité de cette poursuite judiciaire.

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  6. Bien d'accord, mais je regrette de ne pas vous avoir entendu au moment de l'affaire Dieudonné. Votre soutien dépend il de la couleur et de la culture de l'individu ?
    Sur les propos pour lesquels il est poursuivi, je cite le cite militant Eurodjihad :
    "Il est accusé d’“incitation à la haine raciale” pour avoir soutenu, dans un discours intitulé “La nocence, instrument du Grand Remplacement”, prononcé le 18 décembre 2010 aux Assises sur l’islamisation de nos pays, qu‘il était absurde d’envisager la masse des dites “incivilités”, la délinquance en général et la violence sous la plupart de leurs formes actuelles, comme une simple accumulation de faits divers, relevant de la répression pénale et policière ; mais qu’il fallait les considérer, d’un point de vue politique et historique, comme l’expression même du changement de peuple et de civilisation, le moyen de la conquête territoriale en cours."
    Je crois qu'il ne risque rien, même avec un mauvais avocat, parce qu'il n'y a rien de suffisamment précis dans ses propos pour qu'il soit inquiété, même si on comprend très bien à quoi il fait allusion.

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    1. Il n'est nul besoin d'être coupable pour être condamné.

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    2. Quant au Mbala mbala, relisez-moi...

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