david in winter

david in winter

dimanche 16 février 2014

De quoi demain sera-t-il fait ?



    --Vous vous réfugiez dans le passé !, lance avec mépris M. Dupont, homme moderne et  fier de l'être, à M. Durand, qui lui avait confié qu'il ne connaissait de bonheur qu'à la lecture et relecture du Parallèle des trois premiers rois Bourbons de M. le duc de Saint-Simon.
    Pour M. Dupont, le présent n'est que délices  et merveilles, grand bain de justice agissante et de correction de rétrogrades conduites, et si parfois s'y glissent quelques imperfections, leur découverte est occasion de projeter un avenir encore plus rose, que construiront des lois nouvelles, matrices d'un citoyen idéal.
   M. Durand ne voit dans le présent que contraintes, erreurs, négation de toute raison et tyrannie de la masse, ce qui est aujourd'hui est gros d'un avenir toujours pire, que modéleront des lois édictées pour asservir et broyer.
   "L'optimiste et le pessimiste, ces deux imbéciles", a écrit G. K. Chesterton, mais si M. Dupont et Durand sont (ou pourraient être) des imbéciles , ce n'est (ne serait) pas parce que l'un se réjouit de l'avenir dont l'autre se désole, mais pour leur perception du présent, pour n'y voir que ce qui convient à leurs goûts, désirs et idées, ou ce qui contrarie ces mêmes goûts, désirs, idées.
  Le présent est plus vaste mais, hélas, ne retient notre attention que ce qui, conformément à notre tempérament, ou caractère, va dans notre sens – pour M. Dupont, ce qui conforte son contentement, pour M. Durand, ce qui nourrit son hostilité.
   Et parfois je me demande, moi qui de la société actuelle rejette tous les aspects, toutes les institutions, tous les événements, et à peu près tous les hommes, si dans cette société il ne se trouve des éléments qui, ma foi, font mon bonheur (même si je les dois essentiellement à ma propre action, pourtant bien contrariée par cette même société), et sans doute en est-il ainsi puisque je me sens heureux, quant à l'avenir, libre à chacun de le rêver, sans vouloir chercher à se le représenter comme probable, mais seulement plaisant.
   J'ai commencé de lire Les Mémorables de Maurice Martin du Gard, cette lecture, qui m'immerge dans le refuge d'un passé où dominaient l'intelligence, le goût et le talent, illumine mon présent, et je sais ce que sera mon avenir : clore ce billet, et retourner à ma joie de lire.
   Carpe diem.

3 commentaires:

  1. Il me semble que lier la possibilité du bonheur individuel à un état présent (ou plus souvent futur) de la société est une idée socialiste...

    Bon dimanche à vous !

    RépondreSupprimer
  2. La même journée, mais partagée assez équitablement entre Jünger et Morand, n'est pas lmoins agréable de mon point de vue…

    RépondreSupprimer
  3. En ce qui me concerne, je m accroche à La Grande Séparation en rêvant d'être à demain lorsque normalement je l aurai fini.

    RépondreSupprimer