david in winter

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vendredi 21 février 2014

Appel au meurtre



    "Descendez les flics
    Camarades
    Descendez les flics (...)
   Feu sur Boncour Frossard Déat
  Feu sur Léon Blum
  Feu sur les ours savants de la social-démocratie."
   (Front rouge, 1931)
   Ces vers élégiaques sont du blasonnant chantre du Con d'Iréne et des Yeux d'Elsa, Louis Aragon , qui insinuait alors auprès de ses amis qu'il était, non le fils du plébéien préfet Andrieux, mais d'un mystérieux et très- noble lord.
  La muse qui l'inspira ne fut pas une rivalité littéraire avec cet autre fin poète, et théoricien du mariage (libre) dans l'essai de ce nom, que fut Léon Blum, ce fut pour gagner, après quelques brouilles confuses, toute la bienveillance de Joseph Staline et du Komintern, qui vomissaient alors le littérateur devenu l'un des chefs de la S.F.I.O., et donc social-traître et vipère lubrique.
   Homme de droite, le garde des sceaux Léon Bérard (ne pas le confondre avec son homonyme Victor, original éditeur et admirable traducteur de l'Odyssée), s'empressa de voler au secours des hommes de gauche menacés par des vers assassins, et décida de faire intenter des poursuites judiciaires contre Louis Aragon.
   Aussitôt, André Breton rédigea un tract de soutien pour le subtil auteur de Hourrah l'Oural et l'adressa aux plus éminents hommes de lettres de ce temps, afin qu'ils y apposassent leur signature.
   De grosses tempêtes secouérent les parois de célèbres crânes.
   L'embarras fut surtout grand à la NRF, dont la petite troupe aimait à jouer au directeur de conscience, Gide, après bien des débats intérieurs, reprocha à Roger Martin du Gard de vouloir signer, tandis qu' Edmond Jaloux écrivait sa propre protestation, où il comparait Front rouge à Madame Bovary et aux Fleurs du mal, ce qui fut jugé excessif.
   Il y eut des réunions, des conciliabules et des allées et venues, le pour et le contre furent pesés – et personne, parmi les gens de lettres sollicités, ne signa le tract d'André Breton.
   Mais..., en ce temps les écrivains avaient des relations, et ils intervinrent auprès du directeur de la Sûreté pour que fussent arrêtés des poursuites auxquelles Léon Blum avait eu l'élégance de refuser de s'associer ; ils eurent gain de cause, et Louis Aragon ne fut pas traîné en correctionelle.
   Autre temps autres mœurs, aujourd'hui une association subventionnée, créée par ce parti même dont Louis Aragon fut la gloire, s'acharne à faire condamner en justice tout auteur de propos dissidents, qui ne sont pourtant pas des appels au meurtre.

1 commentaire:

  1. Excusez-moi Michel, mais il semble que vous ne saisissiez pas bien ce qui sépare l'appel au meurtre-juste ou l'extermination-juste de leur contreparties qui ne le sont pas (justes). D'autre part, tout démocrate sincère sait qu'un propos politiquement incorrect est plus grave qu'un appel au meurtre-juste.
    Je note en outre qu'en ce beau jour citer M. Aragon est très tendance (voir commentaires de mon billet d'hier).

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