david in winter

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vendredi 20 septembre 2013

Grands Hommes



   Jugements critiques sur de remarquables écrivains.
   "Perrot, (M). Maître Poète & Tailleur à Paris. Il donne dans la Tragédie & voici deux Vers de lui très-connus & très-pathétiques:
    Hélas, hélas, hélas & quatre fois hélas,
    Il lui coupa le cou d'un coup de coutelas.
   M. Perrot fait aussi l'Epître & la fugitive : peu d'Auteurs ont pris de si justes mesures en parlant des hommes & des animaux, témoins les Vers suivants :
     ................Mais tandis qu'on le leurre,
    Le chat passe emportant une livre de beurre;
    Brusquement on se lève, on court après le chat,
    Qui tout saisi d'effroi se sauve et casse un plat. "
   "Nougaret ( M. Pierre de ) . Son Vidangeur sensible a été comparé plus d'une fois à La brouette du Vinaigrier . Voilà la vraie & la belle nature; c'est là qu'il faut la chercher. Ces deux Pièces donneront à la Postérité  une idée plus juste de l'espèce humaine que les prétendus chefs-d'œuvres de Racine et de Molière."
   "Barthe  (M. l'abbé), de la Société Anacréontique d'Arras , excessivement connu par une Fable sur deux carrosses. Les propos que se tiennent ces deux carrosses sont prodigieux; il n'y a guères dans toute la littérature que les chevaux d'Achille qui soient dignes de converser avec les carrosses de M. l'abbé Barthe. Voyez l'Illiade."
  "Gazon (M.) , si connu par ces deux Vers sur Voltaire:
     Avec tous les talents ce poète naquit
     Dès qu'il put s'exprimer, il montra de l'esprit."
    "Brutè (M. l'abbé). On sait quel bruit fit dans le temps son Epître à sa sœur,où il dit, en parlant de Racine & de Rousseau :
        Le charme de leurs Vers sublimes & parfaits
        M'inspire la fureur d'en forger de mauvais.
   Mais ce n'est qu'une plaisanterie de l'Auteur, qui a voulu tendre un piège à notre goût. M. l'abbé Brutè est, afin qu'on le sache, un de nos grands poétes."
   Citations extraites de : Le petit Almanach de nos Grands-Hommes, année 1788 (sans lieu, 238 pages) dont l'auteur est Antoine de Rivarol.
   Ces grands hommes sont des littérateurs inconnus, nuls et ridicules sur lesquels Rivarol, qui fut peut-être le plus spirituel, et le plus fin,  des écrivains français, a décidé d'exciter sa verve (habituellement paresseuse).
   Etrange entreprise, car, en 1788 déjà, il était difficile de goûter pleinement une satire frappant des textes que presque personne n'avait lus, et dont les auteurs étaient ignorés ( et ils le sont encore plus, si possible, aujourd'hui), entreprise dont le caractère paradoxal avait dû suffire à séduire Rivarol, qui prit certainement plaisir à intéresser son lecteur à un objet sans intérêt.
  Avantage annexe : cette publication ajouta au nombre de ses ennemis.

9 commentaires:

  1. Au moins, cet abbé Brutè se rend justice.

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  2. Personnellement, je trouve les vers du sieur Perrot très-beau (je me mets comme vous à relier adverbe et adjectif par un tiret !).

    Il est facile de feindre prendre la juste louange pour une antiphrase mais seuls les mauvais esprits le font.

    Notons au passage la robustesse et l'habileté d'un chat capable d'emporter une livre de beurre.

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    1. Le tiret après très était d'usage constant au XVIIIème siécle --je ne sais pourquoi, à force de tomber en désuétude, il disparut.

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    2. Je crois me souvenir que Balzac l'utilise encore, mais pas systématiquement. Me trompé-je ?

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  3. Écrire et publier sont vraiment des vanités imbéciles…

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    1. Vanitas vanitorum et tout ça... Mais bon, il faut bien s'occuper, non ?

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    2. Ne serions-nous donc que de vaniteux imbéciles?
      Je ne le pense pas.

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    3. Vous, non ! Mais moi, parfois, je me demande…

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