david in winter

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lundi 2 septembre 2013

Denis Diderot jugé par un contemporain



   "Auteur plus prôné que savant, plus savant qu'homme d'esprit, plus homme d'esprit qu'homme de génie; Ecrivain incorrect, Traducteur infidèle, Métaphysicien hardi, Moraliste dangereux, mauvais Géomètre, Physicien médiocre, Philosophe enthousiaste, Littérateur enfin qui a fait beaucoup d'ouvrages sans qu'on puisse dire que nous ayons de lui un bon livre. Telle est l'idée qu'on peut se former de M. Diderot, quand on l'apprécie en lui-même sans se laisser éblouir par les déclarations des avortons de la Philosophie, dont il a fait entendre, le premier, les hurlements parmi nous.
  "(...) Ce n'est pas qu'on ne trouve dans ses Ouvrages des étincelles de lumières, des maximes fortes, des traits hardis, des morceaux pleins de feu & de vigueur; mais ces découvertes ne se font que par intervalles, et souvent les intervalles sont très longs. On est obligé de marcher long-temps dans les ténèbres, avant d'appercevoir des lueurs; de se repaître de fumée, avant de trouver un peu de nourriture solide; de s'engager dans un labyrinthe raboteux, avant de rencontrer un espace de chemin droit et praticable. Peut être cet Auteur s'est-il persuadé que l'obscurité dans les pensées & dans le style serait propre à donner du prix à ses productions; mais on a décidé depuis long-temps que nous étions dispensés de le comprendre, parce qu'il est évident qu'il ne s'est pas toujours compris lui-même."
  Extrait de : Les trois siécles de la Littérature françoise, ou Tableau de l'esprit de nos écrivains, depuis François I jusqu'en 1773; par ordre alphabétique  par l'abbé S*** de Castres [Sabatier], (Amsterdam, MDCC.LXXIV, nouvelle édition, corrigée & augmentée considèrablement).
  Cet ouvrage est en tout point excellent, et mérite de figurer dans la bibliothèque de tout honnête homme.
   Quant à Denis Diderot, qui doît sa gloire imméritée aux théatreux et cuistres républicains, il est ici très exactement jugé.

2 commentaires:

  1. Naturellement, le bon abbé fait commencer la littérature française avec François Ier. Enfin, en 1774, c'était pardonnable.

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  2. Le curé d'Ars parlait aussi très mal de Diderot.

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