david in winter

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samedi 21 septembre 2013

Apologie du terrorisme



   Un homme, hier, un homme dont les convictions sont aux antipodes des miennes, a été jeté en prison sur l'ordre d'employés du ministère dit de la "justice" , sans qu'aucun jugement ne l'ait condamné, sans qu'aucun tribunal ne lui ait infligé de peine, en violation flagrante de ce que semble dire la trop fameuse "déclaration des droits de l'homme etc.", texte pervers en sa première rédaction et maintes fois remanié, amendé, trafiqué selon les humeurs du temps et revêtu désormais de l'autorité métaphysique de l'impératif  catégorique pour justifier, au nom de la liberté, les plus cruelles et infâmes atteintes à cette même liberté, texte qui désormais n'affirme des droits que pour ajouter les restrictions qui permettent de les bafouer.
   C'est donc une loi qui, une fois de plus, a fait d'un homme légalement et juridiquement innocent un captif enchaîné , une loi votée par les très-humanistes et compatissants législateurs socialistes en décembre dernier, loi qui autorise de placer en détention provisoire  (c'est la dénomination légale de l'incarcération sans jugement et sans fixation de durée au seul  gré des détenteurs du pouvoir ) quiconque s'est rendu coupable du crime impardonnable d'avoir professé une opinion, une certaine opinion ici nommée apologie du terrorisme.
    Et qu'est une apologie du terrorisme ?
   Est-ce faire l'éloge des principes de Maximilien de Robespierre ( aujourd'hui honoré d'une station de métro) qui, pour éviter toute équivoque, appelait son système de gouvernement Terreur, et ses éxécutants terroristes ?
   Est-ce faire l'éloge de l'action des bolcheviks russes qui pratiquérent systématiquement les attentats terroristes pour s'emparer du pouvoir, action louée ad nauseam par les dirigeants d'un parti communiste  français qui n'existe encore que grâce au soutien complice de l'actuel gouvernement socialiste ?
   Est-ce faire l'éloge de l'héroïsme des glorieux résistants qui, comme le "colonel Fabien" (également honoré d'une station de métro) tuèrent d'une balle dans le dos un officier allemand en promenade, afin de chasser l'occupant par le terrorisme ?
   Est-ce faire l'éloge des innombrables massacres et tortures commis par les membres du FLN d'Algérie dont le terrorisme est ajourd'hui célébré avec une sorte d'émotion amoureuse par  l'ensemble de la classe politique française ?
   Est-ce faire l'éloge des meurtres perpétrés par des militants sud-africains, dont l'un des chefs est aujourd'hui, bien que toujours à peu près vivant, littéralement canonisé ?
   Non, car ces éloges, qui sont en même temps des apologies, couronnent de lauriers des terroristes vainqueurs (ou qui furent victorieux sous les applaudissements des démocrates éclairés), et ce succès met leurs panégyristes à l'abri des foudres de la loi, qui ne s'abattent que sur qui a échoué, ou dont le triomphe est encore incertain.
    Et débarrassons-nous de l'argutie qui pourrait vouloir distinguer terrorisme de terroriste, faire l'apologie de ce dernier est néceessairement faire l'apologie du principe affirmé de son action , qui se nomme terrorisme.
   Une autre argutie consisterait à identifier apologie avec  incitation , faribole, je peux faire l'apologie de la gourmandise – et ce serait pour des raisons esthétiques—sans souhaiter inciter quiconque à succomber à ce péché. Je veux pourtant bien admettre qu'une apologie peut inciter, mais c'est là le danger de toute parole – et quel enfant n'a pas été incité à commettre une action, non parce qu'il en entendit l'apologie, mais par les mots mêmes qui la lui interdisaient?
  L'apologie est une parole,  et peu importe son objet, peu importe qu'elle s'applique à une religion, à des mœurs sexuelles ou des goûts culinaires, la prohiber est une négation criminelle de ce droit fondamental de l'homme, fondamental et toujours violé : la liberté d'expression--la liberté de dire ce qui appartient de plus personnel à tout être humain: sa pensée.
   Quittons maintenant les principes au profit de la pratique – dans le monde réel, celui où règnent les inquisiteurs, que peut, que pourrait..., signifier exactement apologie ? Au sens propre, le mot veut dire aussi bien justification qu'éloge, ce qui n'est pas la même chose, et dire ce qui sépare justification d'approbation, ou éloge de complicité m'entraînerait trop loin, mais l'expérience, qui montre comment la jurisprudence élargit les champs d'application de tout texte coercitif, laisse deviner que tout mot de simple sympathie pourra être condamné comme apologétique.
  Il y a quelques années, j'écrivis un roman, publié en 1995, dont les tristes héros sont des terroristes, des terroristes très-nihilistes et très-meurtriers.
  J'ai, comme il se doit pour un romancier, une grande sympathie pour les personnages que je crée, et surtout, peut-être, lorsque je les juge haïssables, je soigne leurs discours ( d'autant plus lorsqu'ils sont contraires à mes convictions ) dans lesquels ils justifient et louent leurs actions, bref , si ce roman n'est pas une apologie du terrorisme (puis, ce n'est ni un essai, ni un traité), il contient de nombreuses apologies du terrorisme.
   Serais-je un criminel?

11 commentaires:

  1. Vous avez oublié les terroristes de l'Irgoun, un hasard certainement.

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  2. Je ne prétendais pas à l'exhaustivité.

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  3. Donc si j ai bien compris , on n'est plus terroriste dès lors que la cause que l on défend violemment l'emporte sur ses ennemis. Bon, ben voila, il ne nous reste plus qu à terrorister les socialistes et bientot la réaction aura sa place au panthéon.

    Pour l apologie, si votre raisonnement est bon pour la gourmandise, puis-je en faire de même avec le cannabis ? Non. Hélas ? allez savoir.

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    1. Si si, faites cet éloge !
      (puis nous vous ferons porter des oranges)

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  4. Vous avez entièrement raison. Je me demande où ça s'arrêtera et même si ça s'arrêtera jamais. On devient tellement habitué à la censure et à l'arbitraire qu'on finit par ne même plus les remarquer. Merci de nous réveiller !

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    1. ...mais vous faites partie des (rares) déjà éveillés !

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  5. Mais non, vous n'êtes pas un criminel!

    Il me semble qu'une apologie peut se révéler paradoxale et induire un doute. Je pense à l'Apologie de Raymond Sebond, qu'il faudrait peut-être que je relise, mais il me semble que Montaigne finissait par contredire Sebond. Ça n'en reste pas moins une apologie.

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    1. Il est toujours plaisant, et utile, de relire Montaigne.

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  6. Merci pour ce billet.
    On songe aux braves militants gauchistes qui scandaient il y a peu "un flic, une balle, justice sociale !" ; on songe à nos autres bons rappeurs dont les textes appellent de même à des mesures rigoureuses contre nos institutions.
    Où est la nuance légale dans leurs messages, pourtant sans nuance, qui ne leur vaut pas le même traitement que le triste sire du moment ?

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  7. Terroriste = résistant du camp d'en face.

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  8. Les terroristes que vous évoquez , sont tous de gentils tenants du gauchisme voire des anti-colonialiste et autres luttes contre l'Occident, c'est pour cela que ces hommes ont le droit à la reconnaissance éternelle d'une certaine intelligentsia.

    Votre l'explique d'ailleurs parfaitement.

    Il ne fait pas bon être leurs alliés beaucoup s'en sont mordus les doigts même si comme Nestor Ivanovitch Makhno les ont aidés à vaincre les armées blanches de Denikine et Wrangel.

    Il eut la chance de ne pas être assassiné.

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