david in winter

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samedi 6 juillet 2013

Le commerce moderne

   J'ai toujours eu le plus profond mèpris pour l'ascètisme, avatar à la fois hypocrite et exhibitionniste du puritanisme.
   Mais vais-je, contre mon gré, être condamné à m'y vautrer ?
   Nous vivons dans une aimable campagne, point trop éloignée de la vilaine ville capitale (dont, des décennies durant je refusais de sortir – comme l'homme change ! ) mais faiblement peuplée, et agréablement dépourvue de ce que les medias nomment activités économiques.Pour nous sustenter, nous faisons nos courses au village voisin, maigre chef- lieu de canton comptant ( c'est vite fait) un peu moins de quinze cents habitants, et où les commerces de bouche se font remarquer par leur forte tendance à l'extinction ( pour les autres... restent un bazar, une fleuriste, et trois coiffeurs; le marchand de journaux a fait banqueroute, mais l'on trouve quelques gazettes au tabac, dont je bénis la volonté de survivre).
   L'alimentation, donc... point de fromager ni de poissonnier, une épicerie-cave à vins avait précédé le marchand de journaux dans la comparution au tribunal de Commerce ( rayon liquidation ), le boucher a fermé faute de repreneur , demeure un charcutier et une espèce de supérette qui appartient à une chaîne, précision qui importe.
   En cette supérette, nous nous approvisonnions en glaces, dont mon épouse et moi sommes friands et même goinfres consommateurs, notre choix s'était porté sur une agréable variété, qui fut soudain déférencée par ordre supérieur;  heureusement, nous trouvâmes un produit de substitution d'égale saveur, et qui devint un petit plaisir quotidien.
   Mais que m'apprend ce matin mon épouse, revenant, par cette riante journée enfin estivale, d'être allée acquérir notre provision hebdomadaire de glaces?
   Non seulement elle n'en rapporte que deux ( au lieu des sept de rigueur ) , mais il n'y en aura plus, plus jamais, et d'un nouvel approvisionnement nous pouvons quitter toute espèrance.
  Car la gérante de ce modeste commerce n'est pas libre de choisir ce qu'elle propose et que désirent acheter ses chalands, non, ce qui se trouvera dans ses rayons lui est imposé d'en-haut, en fait par un programme informatique conçu par des crétins des Alpes et mis en œuvre par des goîtreux des Pyrénées , programme qui sait mieux que la commerçante ce qu'elle peut vendre ou ne pas vendre. Et contre lequel toute réclamation tombe à terre pour être piétinée par d'impitoyables data grouillant de mégaoctets.
  Il y a quelques années, je fus, pour discuter d'un projet qui n'aboutit pas, invité à déjeuner par un très-intelligent énarque devenu l'un des empereurs de la grande distribution , qui répondit, à ma plainte que j'estimais commencer à avoir trop de personnel, "moi, j'emploie deux cent mille personnes", et qui se trouve avoir, tout en bas de ses vastes possessions,  la chaîne où gémit ma supérette.
   Vais-je faire appel à lui ( qui doit m'avoir oublié ) pour le solliciter de désigner, dans la masse de ses seviteurs, un quelconque commis pouvant rendre ma glace à ma supérette ? Ou vais-je dépérir, privé d'un petit bonheur gourmand , pour ne plus être qu'une sorte de Gandhi plus étique qu'éthique ?
   Cette lamentation remplace le sujet sérieux que j'avais primitivement voulu aborder – une affaire de nouveaux inquisiteurs  exigeant de la "justice" la destruction d'un ouvrage dû à un fameux écrivain mort il y a longtemps – mais je ne pense pas que le brûlement des livres émeuve plus nos contemporains  que les malheurs de mon estomac.

10 commentaires:

  1. Robert Marchenoir6 juillet 2013 à 13:35

    Vous devriez appeler de vos voeux l'installation d'un vrai, d'un beau, d'un grand et noble hypermarché près de chez vous, qui vous donnerait enfin tout le choix auquel vous avez droit.

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  2. Je n'ai aucun "droit à " un choix.

    Les "droits à " sont la colonne vertèbrale du collectivisme.

    Mais je crois savoir que vous en êtes persuadé...

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  3. Qu'est-ce que c'est, cette histoire d'ouvrage menacé de destruction ?

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  4. Picard surgelés et d’autres (Maximo, etc…) livrent à domicile.

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  5. Serait-ce à ce bon M. Naouri que vous faites allusion ?
    Autre question oiseuse : en regroupant ce que vous écrivez et des informations que ma pauvre mémoire pensent avoir glané chez Didier Goux, je me demandais si le chef-lieu de canton auquel vous faites allusion ne serait pas Rémalard...
    Canton dans lequel j'ai un temps vécu.

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    2. Je connais bien Moulins La Marche et je vous assure que votre description lui va à merveille.

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