david in winter

david in winter

lundi 15 juillet 2013

14 juillet



   14 juillet, jour de deuil.
   14 juillet, il y a deux cent vingt-quatre ans.
   Une horde de brigands avinés, entraînée par des meneurs soudoyés par les agents du duc d'Orléans,  premier Prince du sang, suivie de ces éternels  badauds qui font nombre parce que tout bruit les attire, s'en va assièger la Bastille, forteresse imprenable.
    Les brigands ont pillé les armureries et l'hôtel des Invalides, ils ont des fusils, un petit canon. M. de Launay, gouverneur de la forteresse imprenable, décide de les disperser en faisant tirer une salve de mousquets et un modeste coup de canon, ces intimidations ne sont pas meurtrières et intimident peu, la meute avance et l'on a l'obligeance de la laisser franchir le petit pont-levis.
   Oublieux de son devoir et incertain d'une garnison qu'il s'est trop peu soucié de commander, M. de Launay décide de négocier avec les émeutiers et, en échange de la promesse de vie sauve pour sa troupe et lui-même, il capitule  -- comme peut capituler le commandant d'une ville après des mois de siège... -- , fait baisser le grand pont-levis , le troupeau s'engouffre, vainqueur sans combat.
   Jamais la Bastille n'a été prise , elle a été livrée par son gardien.
   M. de Launay est entraîné dehors ; dans sa liesse, le peuple l'insulte, le frappe, le massacre; on le décapite  et, mise au bout d'une pique, sa tête est portée jusqu'à l'Hotel-de-Ville ; elle n'est pas seule, tout en chantant, les vainqueurs ont également tranché le cou de quelques gardes, par souci d' égalité.
    C'est de l'anniversaire de cette lâche tuerie que , près d'un siécle plus tard, des voyous parlementaires ont fait la fête nationale.
   -- Que non ! m'objecte un pinailleur , notre pure fête nationale ne célèbre pas le 14 juillet 1789, mais le 14 juillet 1790, jour de la fête de la Fédération.
   Misérable hypocrisie, car que célébrait-on ce 14 juillet 1790 ? Ce fut, nous dit le très-républicain Pierre Larousse, la " solennité commémorative de la prise de la Bastille."
    Ce fut aussi la plus grotesque des mascarades.
    Il avait été décidé de creuser au Champ de Mars, lieu des festivitès, un gigantesque bassin. Les ouvriers paressaient..., alors on vit accourir en masse pour remuer le sol le tout-Paris patriote et , mêlés aux travailleurs qu'animait le chant du Ca ira (dixit Larousse ), étudiants, séminaristes, chevaliers de Saint-Louis, moines et nonnes, nobles et dames de la Cour s'évertuaient à pousser la brouette.
    Le 14 juillet, alors que le ciel déchaînait des averses, prit place sur une vaste estrade le Roi, ce malheureux Louis XVI qui jamais ne sut ce que règner signifie, il s'assit sur un fauteuil brodé de bleu et or, à sa droite, sur un fauteuil placé à même hauteur vint sièger le Président de la prétendue Assemblée Nationale.
    Au centre du Champ de Mars s'élevait le colossal autel de la Patrie, de forme carrée et pyramidale, haut de cent pieds, on y accédait par quatre gigantesques escaliers , et il était gravé de multiples inscriptions patriotiques, célébrant l'Egalité, la Loi – et le Roi.
   "A l'heure, nous dit encore Pierre Larousse, où, un an auparavant, était tombée la Bastille, cent pièces de canon tonnèrent " , et l'évêque d'Autun, M. de Talleyrand-Périgord, monta à l'autel pour célèbrer le sacrifice divin dont il ricanait.
    Il pleuvait encore et, dans la foule, on entendait : "Le bon Dieu est donc aristocrate !".
   Ce fut une Fête très-humide et très-belle, elle n'était qu'un mouvement de l'engrenage qui s'était mis en marche un an plus tôt, et qui allait broyer hommes, femmes, institutions et tout ce qui avait fait la grandeur d'un pays qui , désormais, ne célèbre plus que sa mort.

7 commentaires:

  1. L'argutie traditionnelle d'après laquelle on célèbre la fête de la Fédération m'escagasse les oreilles à moi aussi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. michel desgranges14 juillet 2013 à 18:29

      Mais je ne pense pas que le citoyen moyen et bachelier connaisse ladite argutie, et la "fête de la fédération" , ni quoi que ce soit d'ailleurs.

      Supprimer
    2. Il convient, à mon avis, de radicaliser ce raisonnement. et explique qu'aujourd'hui, nous n'avons fait que commémorer le 14 juillet de l'année dernière.

      L'avantage est que l'on pourrait faire aussi bien la même chose pour le 3 février (car il y a bien eu, je m'en porte témoin) un 3 février l'année dernière), le 25 mai ou le 14 décembre.

      Supprimer
    3. Cinglant résumé où je suis heureux de ne pas avoir vu traîner le mot de révolution à laquelle nos républicains associent paresseusement la méprise de la Bastille. Cette virée de soudards avinés et toutes les équipées sans culottes qui suivirent n'ont aucun rapport avec le puissant mouvement du tiers qui depuis la lutte pour les liberté municipales à partir du XIIe siècle fut le vrai ferment de l'abolition des privilèges, qui n'a pas signé la mort d'un pays mais le surgissement de ses ombres. J'ai relu le Guyot/Lacroix consacré à l'Histoire des prolétaires et je relis Augustin Thierry pour confirmer mes intuitions.

      Supprimer
  2. Je compatis, nous c'est le 1er août, et le serment du Grütli c'est pas du flan, on a des photos.

    RépondreSupprimer
  3. '' ce fut une fête très humide et très belle...''
    L'an dernier, ce fut pareil
    Humide

    RépondreSupprimer