david in winter

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mardi 20 août 2013

Politique : comment agir

 

    Platon : Les lois; Aristote : La Politique; Cicéron : La République; Machiavel : Le Prince; Montesquieu : L'esprit des lois; Simon Linguet : Théorie des lois civiles, ou principes fondamentaux de la société; Louis de Bonald : Théorie du pouvoir politique et religieux; Charles Fourier : Théorie de l'unité universelle; Charles Maurras : Mes idées politiques... Que de pages fameuses écrites par les philosophes sur l'art de gouverner les hommes !
   Mais pages toutes théoriques.
   Car dans la réalité, qu'en est-il de cet art subtil ?
  Grégoire, évêque de Tours (538-594), nous le fait savoir dans un ouvrage célèbre improprement appelé Histoire des Francs , mais dont le véritable titre est :  Decem libros historiarum , car l'œuvre est une histoire universelle, commençant  avec les mésaventures d'Adam et Eve.
  Les citations qui suivent sont de la traduction de Robert Latouche ( Paris, Les Belles Lettres, 1963), les mots entre crochets [ ] de moi.
  Regardons d'abord agir un souverain énergique, Clovis (465-511), roi des Francs.
   [Des ambassadeurs remettent à Clovis Syagrius, roi des Romains et ] "dès que Clovis l'eut reçu, il ordonna qu'on le mit sous bonne garde et, après avoir pris possession de son royaume, il le fit égorger."
   "Or tandis que Clovis se dispose à passer en revue tous les hommes , il s'approche du briseur de vase [ il s'agît du vase de Soissons ] à qui il dit :"Personne n'a apporté des armes aussi mal tenues que les tiennes, car ni ta lance, ni ton épée, ni ta hache ne sont en bon état". Et saisissant la hache de l'homme, il la jeta à terre. Celui-ci s'étant un peu incliné pour la ramasser, le roi levant les mains lui envoya sa propre hache dans la tête lui disant : "C'est ainsi que tu as fait à Soissons avec le vase".
  [Dans une campagne, un soldat ramasse du foin au lieu d'herbe comme le roi l'avait ordonné; il est amené devant Clovis, qui lui en fait le reproche et] "l'homme fut exécuté par l'épée plus vite que la chose n'est dite".
  [Clovis écrit à Clodéric, fils de Sigebert, un roi rival ] : "ton père vieillit et il boîte de son pied malade. S'il mourait, son royaume te reviendrait de droit, ainsi que notre amitié." Séduit dans sa cupidité, ce dernier entreprend de tuer son père." [Il en informe Clovis, qui lui envoie des émissaires chargés d'achever l'affaire. Clodéric leur montre ses trésors et pendant qu'il fouille dans un coffre] l'un des hommes, ayant levé la main, lui fracassa la cervelle de sa hache. Quand Clovis apprit cette chose [il prit] le royaume de Sigebert avec  ses trésors."
  [Clovis fait ensuite prisonniers le roi Chararich  et son fils] " il ordonna de les punir tous deux de mort. Quand ils furent morts, il s'empara de leur royaume ainsi que de leurs trésors et de leurs peuples."
  [Clovis a fait prisonnier un roi Ragnacaire et son frère Riquier. Il les fait amener devant lui, "les mains liés derrière le dos"et...] "ayant élevé sa hache il l'enfonça dans la tête de Ragnacaire et s'étant tourné vers Riquier,  l'ayant frappé semblablement de la hache, il le tua. Après leur mort [et le meurtre d'un autre frère], Clovis recueillit tout leur royaume et leurs trésors."
 " Ainsi, commente Grégoire, Dieu prosternait chaque jour ses ennemis sous sa main et agrandissait son royaume parce qu'il marchait d'un cœur droit devant lui et faisait ce qui plaisait aux yeux de Dieu."
   Enfin..." Puis quand Clovis eut tué beaucoup d'autres rois et de proches parents, de qui il se méfiait, il étendit son royaume à travers toutes les Gaules."
  Souverain moins vigoureux, Thierry, l'un des quatre fils de Clovis, aime, lui, recourir à de fines ruses.
   "Thierry voulut tuer son frère Clotaire; après avoir aposté en cachette des hommes en armes, il le convoqua chez lui sous prétexte de traiter d'une affaire secrète et ayant étendu dans une partie de la maison une tenture d'un mur à l'autre il ordonne à des hommes armés  de se tenir derrière elle. Mais comme cette tenture était trop courte, les pieds des hommes armés apparurent à découvert. S'en étant aperçu, Clotaire pénétra en armes avec les siens dans la demeure. Cependant Thierry , devinant que celui-ci avait découvert la chose, imagine une histoire et parle de choses et d'autres. Enfin, ne sachant comment faire excuser sa mauvaise foi, il lui donna un grand plat d'argent pour avoir son pardon. Clotaire, l'ayant remercié de son cadeau, rentra chez lui. Thierry se plaint alors auprès des siens d'avoir perdu sans cause valable un bassin et il dit à son fils Théodebert : "Va chez ton oncle, et prie le de bien vouloir te céder le présent que je lui ai donné." Celui-ci partit et obtint ce qu'il demanda. Pour faire des tours de ce genre, Thierry était très malin."
  Ni Clovis ni le malin Thierry n'avaient lu Platon, Aristote etc.

10 commentaires:

  1. Ces méthodes ne sont-elles pas un peu datées ?

    J'imagine mal François Hollande attirer sous quelque prétexte fallacieux Angela Merkel, David Cameron et autres moindres sires à l'Élysée, leur éclater la cervelle à coup de hache, s'approprier "leurs royaumes et leurs trésors", et de fil en aiguille "étendre son royaume à travers toute l'Europe" sans que qui que ce soit n'y trouve rien à redire.

    Nos temps sont ratiocineurs...

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    1. "Rien à redire" ?
      Il y avait des protestataires, mais un bon coup de framée, et hop ! plus de tête !

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  2. Ce Clovis me fait penser à Mahomet. Imaginez que Clovis ait fondé sa propre religion, et qu'il nous faille lui témoigner le plus grand respect ! C'est un peu ce qui nous est demandé pour Mahomet.
    Cela dit, il y a au moins un auteur "théorique" qui colle assez bien à la réalité, c'est Machiavel.

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    1. Hop hop hop ! Tout doux mon bon ami, comme vous y allez. De prime abord votre parallèle pourrait passer pour pertinent, or pour comprendre cette frénésie de conquête de royaumes, il faut bien avoir à l'esprit qu'à l'époque de Clovis, la monarchie était élective. De plus à la mort du souverain, l'alleu devait obligatoirement être partagé entre les héritiers mâles. Il y avait donc nécessité d'agrandir le domaine afin d'assurer des parts confortables.

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    2. En fait, si je vous suis bien, Clovis gérait son royaume "en bon père de famille".

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    3. Avec Koltchak, les rois sont tous des enfants de Marie.

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    4. Non non cher Koltchak, la monarchie franque n'a jamais été élective !
      Il faut lire Fustel de Coulanges qui démontre (en six volumes ) qu'aucun texte, aucun document n'accrédite cette légende fort postérieure.

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  3. A cette époque, il valait mieux être copain comme cochons avec Clovis. Ce qui est certain, c'est que ses sujets devaient rarement le contrarier, certains chefs d'état pratiquent encore avec des moyens plus modernes comme le petit gars de Corée du Nord, un citoyen s'étant moqué du défunt dictateur, le fils fit exécute au mortier le railleur depuis personne ne bronche.

    Pour Hollande, il est tellement mauvais qu'il serait capable de se trancher la main avec sa hache.

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  4. Au moins Clovis, connaissait le principe de réalité, ce qu'ignorent fondamentalement nos "modernoeux".

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    1. Clovis était parfois un peu primesautier, mais il savait ce qu'il voulait.
      Quant aux politiciens modernes, ils ne s'occupent que du sens duvent qui peut leur faire gagner, ou perdre..., la prochaine élection.

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