david in winter

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mardi 27 août 2013

Lecture et charité



  Ce billet est inspiré par la plus pure philanthropie – je dirai pourquoi.
  Une recension d'apparence favorable publiée par la revue du British Horological Institute (dont je m'honore d'être membre ),  The Horological Journal de juillet 2013,  m'a incité à faire l'emplette de Marking modern times  -- a history of clocks, watches, and other timekeepers in american life ( The University of Chicago press, 2013 ) par Mme Alexis McCrossen, professeur d'une université texane de faible réputation.
   Sur l'histoire de l'horlogerie, même américaine, ma bibliothèque est très suffisante, mais j'avais été attiré par l'insinuation que ce livre traitait plutôt d'histoire sociale, et plus particulièrement des réactions de la population face à ces nouveautés que furent l'installation d'horloges publiques et la mise en œuvre d'un temps standard uniforme (avec quatre fuseaux horaires) remplaçant les diverses heures locales.
  J'ai lu, hélas.
  Il apparaît vite que Mme McCrossen ignore et l'horlogerie et l'histoire de l'horlogerie, ainsi que l'histoire des chemins de fer ( qui furent les premiers à avoir besoin d'un système horaire uniforme). A la lire, j'ai eu l'impression qu'elle découvrait par hasard des aspects de son sujet au fur et à mesure de ses propres lectures – ainsi, elle donne de l'imprécision des horloges marines une raison inexacte pour le XVIIIe siècle ( elle semble ignorer que la suspension à cardans permet à un objet de rester horizontal quelle que soit la position de son support) puis fournit la bonne raison ( la dilatation thermique ) quand elle aborde le XIXe siècle, et quand le problème est résolu.
   Une anecdote semble s'inscrire dans l' histoire sociale : en mars 1908, le maire de Milwaukee ordonne la destruction de huit horloges installées dans les rues par des bijoutiers-horlogers, mais ce n'est pas en tant qu'horloges qu'elles sont détruites – le maire a fait abattre tous les poteaux placés sur les trottoirs par des commerçants à des fins publicitaires, et qui entravent la circulation des piétons.
   En universitaire moutonnière, Mme McCrossen ne peut avancer une assertion sans la justifier par une référence à l'ouvrage d'un collègue, de préférence oeuvrant dans l' histoire culturelle, assertions qui sont majoritairement des évidences ou des lieux communs. Le procédé est destiné à acquérir la bienveillance des individus que l'on flatte en les nommant, pour le lecteur, il est horripilant.
   Comme toute publication de presses universitaires anglo-saxonnes, ce livre est un produit de qualité : jaquette, bonne reliure, beau papier, typographie élégante. Il y a un index, auquel manquent les noms cités dans les fort nombreuses notes, et pas de bibliographie – ces lacunes peuvent être imputées à l'auteuse ( de laquelle le revers de la jaquette offre une photo en couleurs , cette femme est vilaine , avec un air méchant).
   J'en viens à la raison charitable qui m'a poussé à écrire sur ce bien mauvais livre. A peine en avais-je terminé avec soulagement la dernière ligne que je fus saisi d'une vive inquiétude – n'allait-il pas se trouver parmi mes lectrices et lecteurs, êtres rares, mais précieux et toujours d'une grande curiosité, une personne sur le point d'acquérir le pensum de Mme McCrossen? Je jugeai la probabilité forte, et d'un devoir fraternel la publication de cette mise en garde, qui me venge aussi des trois heures et des 45$ que j'ai bêtement perdus.
   Une note positive, enfin : pour qui veut connaître l'histoire de la mesure du temps, et son rôle capital pour l'espèce humaine, je conseille :
   Die Geschichte der Stunde : Uhren und moderne Zeitordnungen de Gerhard Dohrn-van Rossum ( Munich et Vienne, 1992 , trad. anglaise : History of the hour, clocks and modern temporal orders, University of Chicago press, 1996).
  Et : Revolution in time (Harvard UP, 1983) de David S. Landes ( trad. française : L'heure qu'il est, les horloges, la mesure du temps et la formation du monde moderne, Paris, 1987), ouvrage qui est un chef d'œuvre d'intelligence.
  Toujours de l'admirable historien qu'est David S. Landes, mais sur un autre sujet, je recommande vigoureusement la lecture de : The wealth and poverty of nations – why some are so rich and some so poor ( trad. Française : Richesse et pauvreté des nations – pourquoi des riches? Pourquoi des pauvres ? , Paris, 2000) dans lequel l'auteur s'attaque au tiers-mondisme, au relativisme culturel , à l'anti-occidentalisme et montre le rôle décisif de l'Occident comme force motrice du développement économique.

4 commentaires:

  1. Comme vous avez bien fait ! J'étais justement en train de le chercher dans les entrailles de Mme Amazon : merci pour l'économie ainsi réalisée !

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  2. Je vous avoue que je ne prévoyais pas d'acquérir l'ouvrage, mais sait-on jamais ? Un homme averti en vaut deux.

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    1. Je précise que ce livre ne contient pas un mot sur Roland, ni sur Ogier, ni sur les fils Aymon...

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