david in winter

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mercredi 7 août 2013

Intermède poétique



   "Ci-gît Georges Fourest; il portait la royale
   "tel autrefois Armand Duplessis-Richelieu,
   "sa moustache était fine et son âme loyale!
  "Oncques il ne craignit la vérole ni Dieu!..."
      Cette épitaphe se trouve dans l' Epître falote et testamentaire pour régler l'ordre et la marche de mes funérailles, dont je veux me faire le plaisir de citer les deux premiers quatrains:
   "Il ne me convient point, barons de Catalogne,
    lorsque je porterai mon âme à Lucifer,
    qu'on traite ma dépouille ainsi que la charogne
    d'un employé de banque ou de chemin de fer;

    que mon enterrement soit superbe et farouche,
   que les bourgeois glaireux baillent d'étonnement
   et que Sadi Carnot, ouvrant sa large bouche,
   se dise : "Nom de Dieu! Le bel enterrement!"
  et encore celui-ci :
   "Ce gâteau de Savoie ayant Hugo pour fève,
    le Panthéon classique, est un morne tombeau
    pour moi j'aimerais mieux (que le Dyable m'enlève!)
    le gésier d'un vautour ou celui d'un corbeau !"
    Pourquoi parler de Georges Fourest aujourd'hui? C'est que,  en écrivant avant-hier un billet sur un propriétaire lésé, me trottaient naturellement en tête les strophes du Pseudo-sonnet moratorium que Georges Fourest dédia "à mon propriétaire" et où , après avoir averti que " ce trimestre-ci, // je compte négliger de vous payer mon terme ", il terminait par :
   "En attendant, mon cher, ce qui surtout importe
    c'est que vous ne pouvez me flanquer à la porte,
    Pour acompte agréez ce sonnet goguenard."
   Mais Georges Fourest était honnête homme, lui, et il ajoute, en prose , que si son propriétaire pensa "mourir de rage" en recevant ce sonnet, celui-ci, huit jours après,  "manqua trépasser d'allégresse en recevant le montant du terme qu'il avait cru à l'eau. Ainsi, par deux fois, je faillis causer la mort de cet honoré philanthrope."
   Poète d'un lyrisme flamboyant, au verbe rabelaisien et à l'inspiration très iconoclaste , Georges Fourest ( 1867-1945) fut un paisible bourgeois vivant de ses rentes et catholique pratiquant; il n'aimait pas les sciences exactes et donnait dix francs à son fils chaque fois que celui-ci obtenait un zéro en mathématiques. Je lui tiens à mérite de n'avoir que peu écrit , trois recueils seulement : La Négresse blonde ( 1909) , Contes pour les satyres (1923) et Le Géranium ovipare (1935).
   Cet imprécateur ironique, qui aime le mot rare et le néologisme baroque, savait aussi extraire l'essence des grands classiques, comme le montre, dans sa série du Carnaval de chefs-d'œuvre, la chute de son sonnet du Cid :
   "Dieu!" soupire à part soi la plaintive Chimène,
    "qu'il est joli garçon l'assassin de Papa! '
    Pour ces deux seuls  vers de Georges Fourest, je donne volontiers les opera omnia du trio stalinien Char/Eluard/Prévert.


   PS. Les œuvres de Georges Fourest sont toujours disponibles chez son éditeur José Corti. Les bibliophiles rechercheront la très jolie édition complète en un volume relié et illustré  de 254 pages publiée en 1957 par le Club du meilleur livre.

2 commentaires:

  1. Les bibliophiles avertis trouveront, chez Abebooks, une édition originale du "Géranium ovipare", un exemplaire du service de presse, signé par l'auteur avec une dédicace à Jean Paulhan.

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  2. Et en "entrée de gamme", il y a l'édition de "semi-poche" Grasset/Cahiers rouges.

    D'où je conclus que Fourest a toujours des lecteurs (heureux).

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