david in winter

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mardi 13 août 2013

Méthode de lecture : un exemple pratique



  Me voici arrivé à la page 385 d' Auto-da-fé de feu Elias Canetti, auteur bulgare de langue allemande qui reçut le prix Nobel de littérature  pour des raisons qui restent à déterminer.
   Auto-da-fé est parvenu entre mes mains par la chaude recommandation d'un ami dont le jugement droit et les goûts éclectiques m'inspirent confiance ( mais errare humanum est ), j'ai vite observé que le volume est long de 614 pages, et pour espérer en atteindre le mot ultime – car il ne me plaît pas de renoncer à ce que j'ai entrepris – il me faut utiliser deux trucs.
   Le premier, sorte de b a ba d'un reader by trade , consiste à survoler quatre lignes sur cinq sans perdre le (mince) fil du récit, donc de sauter la plupart des mots composant ces lignes mais en gardant la capacité de débusquer celui qui créerait une rupture dans l'intrigue ( et lorsque se présente cette éventualité : lire la ligne entière); l'exercice ne demande qu'habitude, et sa récompense est la constatation qu'ainsi se tournent vite les pages.
   Le second truc m'est plus personnel. Il s'agit de lire en prêtant au texte l'attention suffisante pour se donner la bonne conscience de l'avoir véritablement lu, tout en laissant mon esprit vagabonder vers, ou autour , d'autres œuvres qu'évoque ma laborieuse lecture.
   Pour Auto-da-fé, du moins jusqu'à cette page 341, ces œuvres sont : Corrections et Extinction de Thomas Bernhard, La disparition de Georges Pérec et Flatland.A Romance of Many Dimensions (1884) du théologien et philologue anglais Edwin A. Abott (1838-1926).
   L'esprit le moins prévenu a tout de suite observé qu'il ne semble y avoir aucun rapport de la moindre sorte entre ces ouvrages, autre que d'être tous quatre considérés comme des romans.
   Les Thomas Bernhard me furent chaudement recommandés par un ami, philosophe présocratique assez autoritaire, le Perec par un ami auteur d'un roman à contrainte ( contrainte qui ne m'apparut que lorsque l'auteur me la révéla), quant à Flatland, je le dénichai tout seul lorsqu'en fut publié la traduction française,sous le titre Flatland, en 1968.
   Nous savons que le génie de Thomas Bernhard repose sur l'élimination de tout alinea, offrant ainsi au lecteur de rigoureux et sombres rectangles de caractères que n'aére nulle ligne creuse ou même un tout petit peu creuse, espaces intimidants où l'on ne pénètre qu'au marteau-piqueur. Aussi tenter de le lire est-il une épreuve, je la surmontai, et en garde un souvenir effrayé.
   Dans La disparition, l'oulipien Georges Perec réussit la gageure de ne pas employer une seule fois (enfin... attention! spoiler : une fois ) la lettre la plus fréquente dans la langue française : le "e". Le roman est bon.
   Pour Flatland, Edwin A. Abott imagine un monde à deux dimensions, tout ici, choses et êtres vivants, n'a que longueur et largeur mais aucune hauteur – et c'est dans un univers sans volume que se meuvent des personnages également plats. L'inspiration est swiftienne.
   Le point commun entre ces œuvres est d'être soumises à une contrainte, qui est un jeu sémantique chez Georges Perec, une ruse satirique chez Edwin A. Abott, un épate-bourgeois chez Thomas Bernhard.
   Mais quel rapport avec Auto-da-fé ? Il est fort ténu – il n'y a point de contrainte en ce texte, mais un procédé ( dire le fantasmé exactement comme le réel, le perçu  comme l'existant ), procédé filé ad nauseam – mais ce lien fut suffisant pour que j'échapasse à la pesanteur du texte tout en en poursuivant la dure lecture.

11 commentaires:

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  3. priere de me pardonner mes fautes de frappe : j ecris ( en Russie) sur un clavier que je ne maitrise pas.Cela dit, j ai eu envie de commenter votre remarquable billet d hier ( commentaires dans lesquels je comptais emettre quelques reserves) Ayant constate qu aujourdhui, vous aviez censure jazzman et bar qui sont generalement de bonne compagnie, j ai decide de m abstenir. Qu ont ils donc ose dire pour que le gentleman que vous etes refusiez de leur dopnner la parole?

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    1. Je n'ai, cher Monsieur, rigoureusement rien supprimé, et je découvre à l'instant ces suppressions qui ne sont pas de mon fait.

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      Et je vais fouiller dans "paramètres" pour tenter de découvrir la clef de ce mystère...

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  4. Bref, en gros, on peut dire que vous n'êtes pas emballé ! Après Sarraute, Canetti : je pense que vous devriez cesser de m'écouter…

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    1. Mais si nmais si , je vous écouterai et suivrai vos conseils -- sauf pour les prisnobel...

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    2. tiens, un n superflu (contrainte?)

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  5. Oui, 600 pages sans la moindre trace d'amour. Vers la fin on y espère (sans y croire) voir venir quelque chose du frère... mais non, ce ne sera pas mieux que les autres. Je vous rejoins, c'est un procédé, un exercice. Il y en a de plus agréable.

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  6. Quand je disposais de plus de temps, j'entreprenais la lecture de deux livres quand l'un me fatiguais , je passais à l'autre. Sur le fait de sauter quelques lignes quand cela ne nuit pas à la compréhension de l'ouvrage, je l'ai fait aussi mais vraiment pour des bouses selon mon jugement.

    Bonne journée

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  7. Merci
    Bonne journée à vous également!

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  8. Mon épouse a hérité de feu ses Parents, plutôt sa mère, une fort belle série reliée et intégrale de chaque ouvrage ayant engendré ce fameux prix Nobel attribué à son auteur, de 1901 à 1966 (elle date en effet des années 60.
    Hélas, mille fois hélas, il n'y en a pas un sur dix qui soit convenablement intéressant...
    A votre différence, quand un livre m'ennuie, il me tombe des mains et regagne sans plus attendre son emplacement...
    Et pourtant, je suis un abominable rat de bibliothèque...

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