david in winter

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samedi 15 juin 2013

Philosophie, Lumières, Littérature etc.



   Ce n'est pas pour entendre d'Alembert prononcer l'éloge funèbre d'érudits confrères disparus l'année précédente ( Jurieu et Duhamel ) que la foule  se presse sur les gradins de l'Académie royale des Sciences, au Louvre,  ce mardi 29  avril 1778, non, ce qui a fait accourir l'élite éclairée de Paris,  c'est  le bruit que seraient présents à la séance les deux plus fameux philosophes de ce temps, M. de Voltaire et le Dr. Franklin.
   Et brutalement, alors que s'est à peine tu d'Alembert et qu'un sociétaire s'apprête à lire une communication sur la composition chimique du vin, un tumulte enthousiaste bouleverse l'ordre de la séance – ils sont là, tous deux, les pourfendeurs de tyrans, le Français et l'Américain , et ce n'est qu'un cri, il faut qu'ils se présentent l'un à l'autre, sous les yeux de la multitude de leurs admirateurs !
   Ils obéissent, et s'avancent pour se rencontrer le squelettique et agonisant Voltaire, le solide et robuste Dr Franklin, ils s'inclinent l'un devant l'autre, échangent quelques phrases que l'on ne peut entendre, ce n'est pas assez , " qu'ils se rapprochent !" demande la foule , les deux hommes se prennent les mains, mais il faut plus :
   --Embrassez-vous, crie-t-on, il faut s'embrasser, à la française !
    "Alors, écrira, en 1806, dans son Autobiography John Adams,témoin de la scène et futur Président des Etats-Unis d'Amérique, ces deux vieux acteurs du grand Théatre de la Philosophie et de la frivolité se serrèrent dans leurs bras et s'embrassérent sur les joues , le tumulte redoubla et ce cri se répandit aussitôt dans tout le Royaume et je suppose toute l'Europe  :
    " Qu'il était charmant . Oh ! il était enchantant de voir Solon et Sophocle embrassans."*

   En lisant ce récit, que j'avais compté utiliser pour une Histoire des Etats-Unis d'Amérique dont la rédaction est arrêtée à la onzième page, j'éprouvais des sentiments habituellement opposés ,  trouvant la scène à la fois ridicule et sublime -- mais si le ridicule n'est jamais sublime , le sublime, lui...

 *En français dans le texte de John Adams.Sic.

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