david in winter

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Editeur. Ecrivain. Dilettante

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mardi 10 septembre 2019

Une lecture nécessaire pour tout homme de goût




    



    Que lire ce soir près de l'âtre d'où sourd une douce chaleur qui combat victorieusement ce refroidissement climatique tant honni par de vertueuses et scandinaves fillettes ?
   Nous avons pour nous guider dans un choix souvent périlleux cet excellent mentor qu'est la
   Nouvelle bibliothèque d'un homme de goût
   ou Tableau de la Littérature ancienne &  moderne, étrangère & nationale, dans lequel on expose le sujet , & l'on fait connaître l'esprit de tous les Livres qui ont paru dans tous les siècles, sur tous les genres, & dans toutes les langues (etc., je cesse de recopier)
   ouvrage publié sous le voile de l'anonyme à Paris , rue Saint Jacques , au Grand Corneille, en l'an 1762,  en quatre volumes, et qu'il serait bon, tant il est excellent, de rééditer aujourd'hui.
    Il suffirait d'y ajouter un admirable roman qui vient de paraître en cette fin d'été de l'an 2019 qui a pour titre :

         Les Philosophes
       pour sous-titre :
          Moeurs contemporaines , II
        dont l'éditeur est  Les Belles Lettres, qui a 224 pages imprimées de fort lisible manière et s'acquiert pour la très-modeste somme de 19,50 euros (un vrai cadeau!).
        Quant à l'auteur, rejetant l'anonyme, il n'hésite pas à se nommer et est :
        Michel Desgranges
       (Serait-ce moi-même ? Ou un homonyme ? Une érudite postérité en décidera).
         J'avais songé, je l'avoue, à reproduire la couverture de cet aimable chef d'oeuvre, cela demandait diverses manipulations dont je ne me sens guère capable, d'autant que, plus je me tiens éloigné des bêtes bidules informatiques, meilleure est mon humeur.
       Vais-je maintenant , de ce livre, en exposer le sujet ?
        Mais ne serait-ce pas gaspiller mon temps, puisque je suis certain que vous toutes et tous, délicieuses lectrices et bienveillants lecteurs, avez déjà couru vers la librairie voisine pour en faire l'emplette !

samedi 16 mai 2015

De l'agression à l'enseignement épuré

         

      Mon ami Pierre Lemieux, auteur d'indispensables ouvrages d'économie et de  philosophie politique, m'adresse ce jour un texte ( op ed ) paru dans le numéro du 30 avril dernier du Columbia spectator, gazette des étudiants de la Columbia University, l'une de ces prestigieuses institutions où se forment les classes dirigeantes américaines (et même du monde vassal).
     Ce texte dévoile un drame, que je ne peux rapporter sans frémir (horresco referens).
     Comme tout drame contemporain, celui-ci déroule son cortège d'horreurs autour d'une victime, en l'occurrence une étudiante en Lit Hum (Litterature humanities pour le profane).
     Par un beau matin  de printemps, notre insouciante héroïne s'en alla paisiblement assister à un cours (de Lit Hum, justement) sans se douter du calvaire qu'elle allait vivre.
     Car le professeur –un homme – entreprit de lire et commenter un passage des Métamorphoses d'Ovide dans lequel est conté l'un des multiples viols que parfois des dieux primesautiers commettaient sur de trop jolies humaines.
    Or il se trouvait que notre étudiante était une survivante, non d'un viol, mais  d'une agression sexuelle (a survivor of sexual assault), laquelle agression commence désormais au regard posé par un mâle sur une innocente femelle.
    Il n'en fallut pas plus pour qu'aussitôt la pauvrette se sentit offensée, outragée, et même en danger dans le vaste amphithéatre empli de ses condisciples ( she did not feel safe in the class), d'autant que l'insensible (insensitive) professeur ne fit qu'insister sur la beauté de la langue d'Ovide, au lieu d'en condamner le propos.
    Toujours vivante cependant, et même survivante , à la fin du cours, notre héroïne s'en fut trouver le professeur pour lui narrer à quel point elle avait été offensée etc., mais, ce qui ajouta à son traumatisme, le maître ne lui tendit pas l'oreille compatissante à laquelle elle prétendait avoir droit (selon la Déclaration des Droits de la Femme).
     D'où la publication , avec la collaboration de quelques camarades (femelles) ejusdem farinae,  du récit par moi résumé, suivi de plaintes, récriminations et demande impérieuse de désormais bannir de l'enseignement les œuvres contenant "un matériau offensant qui marginalise l'identité des étudiants" (offensive materal that marginalizes student identities).
     L'adoption d'une telle mesure épuratrice fera disparaître de l'étude des humanités et de leur littérature la quasi-totalité des textes écrits avant les années 1970 --lesquels sont sexistes, racistes, discriminants, esclavagistes (à la trappe, Aristote!), et parfois même aussi peu républicains que démocrates (aux enfers, Balzac!)--, ainsi il ne restera rien à enseigner, ce qui, comme le prouve déjà et si bien l'université actuelle, ne nuira en rien à la prolifération des étudiants , enfin préservés de tout outrage, offense, agression, et  en parfaite sécurité.

mercredi 25 février 2015

Ingénieuse innovation pour le "vivre-ensemble"

         

    The hollow crown regroupe trois adaptations cinématographiques, produites pour la BBC, de drames historiques de William Shakespeare; j'en fis l'acquisition il y a quelques mois, pour l'enfouir sous une pile de dvd et blu-ray à voir un jour, lointain.
   Pour des raisons que je cèlerai, j'en extirpais hier Henry V, que madame mon épouse et moi regardâmes.
   Nous y prîmes du plaisir, les coupes, nécessaires pour ramener l'œuvre à une durée, déjà coquette, de 133 minutes, ne nuisent pas au récit, les acteurs sont très bons –et Mme Mélanie Thierry, dans le rôle de Catherine de France s'efforçant de retenir quelques mots d'anglais est absolument adorable-- , les décors crédibles, et la bataille d'Azincourt ( Agincourt in english), dans laquelle périt la fleur de notre noblesse (y furent tués huit mille quatre cents gentilshommes dont six princes du sang...) est agréablement sanglante.
   J'eus pourtant un mouvement de surprise (i-e : je donnais un coup de pied à madame mon épouse qui s'assoupissait) en observant que l'acteur jouant le rôle du duc d'York – a cousin to the king  -- était un monsieur à la peau indiscutablement noire.
    Certes, cet acteur est de mine avenante et, même s'il semblait un peu surpris d' être devenu, en 1415, un parent du Roi d'Angleterre, son jeu ne mérite que des éloges.
   Sa présence, pourtant, entraîne quelques interrogations.
   Quelques producteurs de ce Henry V sont des gens d'Hollywood qui doivent sincérement croire qu'il se trouvait des Africains dans la parentèle des Plantagenêt, mais je soupçonne qu'il y a, dans ce choix de distribution, une habile volonté de promotion du vivre ensemble.
   Il semble en effet intégrant de montrer aux jeunes britanniques d'origine exotique et de l'an 2015 que, six siècles plus tôt, leurs ancêtres occupaient de hautes charges en une Cour ignorant tout racisme, et je pense qu'il serait bon que les producteurs français (et subventionnés) imitassent l'effort pionnier de la BBC.
    Cherchons donc dans notre répertoire dramatique, hélas assez pauvre en drames historiques et nationaux, mais nous pourrions y puiser cependant Le Siège de Calais (1765) de M. de Belloy, en choisissant pour interpréter les fameux bourgeois des hommes venus des plus lointaines contrées, dont le teint d'ébène formerait un plaisant contraste avec la blanche corde entourant leur cou.
   Ou un talentueux scénariste pourrait, en ne forçant qu'à peine la réalité historique, montrer de rudes combats navals dans lesquels, au temps de l'alliance de François Ier avec le Grand Turc, des soldats français lutteraient côte-à-côte avec des janissaires mahométans contre les catholiques matelots et galériens de Charles Quint.
   Mais je préférerais que fût, selon nos nouveaux principes, adapté pour les grand et petit écrans, Les Druides (1772) de M. Le Blanc de Guillet, tragédie en tout point conforme à l'esprit des Lumières; on y pourrait ainsi voir qu'aux temps les plus reculés le peuple de la Gaule était déjà heureusement arc-en-ciel, et ce serait alors en toute légitimité que, dans nos belles salles de classe de pimpantes banlieues, de joyeux et multicolores bambins ânonneraient de nouveau et fièrement nos ancêtres les Gaulois.

mardi 24 février 2015

En l'honneur d'Elie Fréron

      

   En réponse à un billet hostile à Voltaire, d'une argumentation médiocre et d'une mauvaise foi infantile, publié sur le site socialiste-national Boulevard Voltaire, M. Dominique Jamet, qui en est l'animateur et fut jadis, pour de menus services rendus,  récompensé d'une grasse sinécure  par feu François Mitterand, se livre à une violente attaque contre Elie Fréron, qu'il qualifie d'individu "obscur et visqueux" (?).
    Il est vrai que la victoire du parti des "philosophes" a rejeté dans les ténèbres extérieures un grand nombre d'auteurs du XVIIIème siécle coupables de n'avoir jamais caché leur fidélité au Trône et à l'Autel.
    Manquaient-ils de talent? Il faudrait, pour répondre, se donner la peine de les lire.
    Dans un recueil de chroniques intitulé Le purgatoire, et que je ne saurais trop conseiller à quiconque ne se fie pas aux jugements officiels, M. Pierre Gaxotte raconte quelles circonstances lui permirent de lire quelques deux cents numéros de L'année littéraire, la gazette que dirigea Elie Fréron (1719-1776), et il ne cache pas le grand plaisir que lui donna cette lecture.
     La collection complète de L'année littéraire, fondée en 1754, étant introuvable, j'avoue n'en posséder que les numéros des années 1755, 1757, 1758 et 1759, ce qui est suffisant pour m'assurer que cette publication fut, tant par la diversité et l'impartialité de ses jugements que par la rigueur et l'exhaustivité de ses recensions, la meilleure des très nombreuses gazettes publiées en ce temps, et l'on ne s'étonnera pas que Voltaire en fut le lecteur assidu, demandant avec impatience à ses visiteurs venus de Paris s'ils lui en apportaient bien la dernière livraison.
    Sur Fréron lui-même, on peut parcourir Les confessions de Fréron,sa vie,souvenirs intimes et anecdotiques, ses pensées, recueillis et annotés par Ch. Barthelemy (Paris, 1876) qui montre que cet homme jadis célèbre fut aussi, moralement et intellectuellement, très digne d'estime.
   Je n'ai pas ici la place de dire ce que fut le terrorisme intellectuel que firent régner les "philosophes" au temps d'étranges lumières et je crains qu'il soit inutile de déplorer que les effets en durent encore aujourd'hui, peut-être plus  par paresse intellectuelle que conformisme idéologique.
   Je ne fournirai donc pas une bibliographie étendue des écrivains qui s'opposérent aux idées nouvelles, citant seulement deux ouvrages que je crains d'être bien seul à lire en cette fin d'hiver 2015 :
*Dictionnaire anti-philosophique, pour servir de Commentaire & de correctif au Dictionnaire philosophique, & autres Livres qui ont paru de nos jours contre le Christianisme (Avignon, 1758 , également publié sous le titre : Anti-dictionnaire philosophique);
*Les grands hommes vengés, ou Examen des jugements portés par M. de V. [Voltaire] & par quelques autres Philosophes sur plusieurs hommes célèbres, avec un grand nombre de remarques critiques & de jugements littéraires, par Monsieur des Sablons (Amsterdam, 1769, 2 vol.).