david in winter

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Editeur. Ecrivain. Dilettante

mercredi 16 avril 2014

Abominations



  On sait la loi des hommes fluctuante, parfois incohérente et même absurde, aussi est-il utile , afin de savoir séparer à toujours le permis de l'interdit, le bon grain de l'ivraie et le vilain du gentil, de retourner à la Loi éternelle, telle qu'elle découle des propos que l'Eternel (justement) tint à Moïse.
  L'essentiel de ces préceptes se trouve dans le Lévitique, que je citerai dans la pittoresque traduction  de feu Samuel Cohen, directeur de l'Ecole israélite, publiée en 1830, et rééditée, sur papier bible,  en 1994 grâce à la générosité de mon regretté, et délicieux, ami Sidney Nata.
  L'Eternel et Moïse furent conscients que l'homme est faillible, et qu'il peut lui arriver de transgresser des interdits, le Lévitique énumère donc les sacrifices nécessaires pour se racheter de divers péchés; ces sacrifices sont des holocaustes agréables à Dieu, leur cérémonial rigoureux est teinté d'un charme sanglant, mais ce ne sont point aujourd'hui les chemins de la rédemption qui m'intéressent, voyons plutôt ce qui peut souiller l'âme des enfants d'Adam (et d'Eve).
   "Tout ce qui, dans les mers et dans les fleuves,  n'a pas de nageoires, ni d'écailles, tant des reptiles des eaux que de tout être vivant qui est dans l'eau, ceux-là sont une abomination pour vous.
  "Voici ceux que vous abhorrerez parmi les oiseaux: ils ne seront pas mangés; ils sont une abomination, l'aigle, le peresse et l'ozniah:
  "Le milan et le vautour selon leur espèce;
  "Le corbeau dans toute son espèce;
   "L'autruche, le hibou, le scha'haph et l'épervier, selon son genre;(...)
  "Tout insecte ailé qui marche sur quatre pieds est une abomination pour vous."
   L'énumération  des diverses abominations est fort longue, il me faut donc l'abréger, et je dois sauter aussi ce qui est dit du lépreux (impur), et de la femme à certaines périodes du mois (impure), contentons-nous de cet impératif très catégorique:
   "Ne cohabite pas avec un mâle une cohabitation de femme : c'est une abomination."

lundi 14 avril 2014

Liberté et arrièreboutique



   Au chapitre XXXIX (ou XXXVIII, selon les éditions...) du livre premier des Essais, Michel de Montaigne écrit :
   "La solitude me semble avoir plus d'apparence, et de raison, à ceux qui ont donné au monde leur aage plus actif et fleurissant, à l'exemple de Thalès. C'est assez vescu pour autruy, vivons pour nous au moins ce bout de vie : ramenons à nous, et à nostre aise nos pensées et nos intentions."
   "Il se faut réserver une arrièreboutique , toute nostre, toute franche, en laquelle nous establissions notre vraye liberté et principale retraicte et solitude. En cette-cy faut-il prendre nostre ordinaire entretien, de nous à nous-mesmes, et si privé, que nulle accointance ou communication de chose estrangère y trouve place."
   L'avertissement est net : ne laissons traîner à l'huis nul œil, nulle oreille, par quoi nous apprendrions un génocide en Papouasie, un changement de Président chez les descendants des Gaulois ou un tsunami en Arkansas, évènements qui doivent nous être radicalement indifférents puisqu'ils n'influent en rien sur notre sort et que corollairement, s'ils nous déplaisaient, nous ne pourrions en changer le cours.
    Nous voici donc douillettement calfeutrés dans notre arrièreboutique, qu'y faire ?
   Lire, bien sûr, mais quoi ?
  "Je n'ayme pour moy, répond Montaigne, que des livres ou plaisans et faciles; qui me chatouillent."
   Que n'ai-je suivi plus tôt ce sage conseil!
   Récemment, la nuit avant de m'endormir, je lus cent ou deux cents pages du Pilleur d'épaves de Robert-Louis Stevenson (1891) et du Chapeau vert de Michael Arlen (1924, traduction française rééditée en 2013, par sadisme), il me fallut, afin de poursuivre la lecture de l'un et l'autre roman, poursuivre des efforts d'une telle violence que j'en demeurais éveillé bien que  le texte appelât le sommeil, et la conscience que j'avais de la nature contradictoire de cet état était bonne pour ressasser des considérations psychologiques, non pour m'abandonner aux bras de Morphée.
   La crainte de la mauvaise conscience m'interdisait de ne pas continuer à tourner des pages qui me désolaient, je ne voulais pas risquer d'être injuste avec un auteur qui eût pu réserver ses sublimités à ses derniers chapîtres, bien que la chance en fût inexistante, et même, si je devais commettre  une injustice, j'en eusse été et l'auteur et le seul dépositaire.
    A un ami, j'aurais déclaré:
    --Je n'ai pu lire cet ouvrage, qui recule pour moi les limites permises de l'ennui, mais vous qui vous êtes délecté du pesant et farineux Auto-da-fé d'Elias Canetti, il se peut que cela vous enchante.
    Malgrè cette honnêteté, je me sentais coupable à la pensée d'aller replacer ces volumes sur des rayons lointains d'une bibliothèque lointaine sans en avoir atteint le dernier mot, puis la voix de Montaigne et de sa naifve philosophie se fit entendre, j'eus une plus saine conception de mon devoir, et décidai de mettre fin à mon supplice au profit d'une lecture agréablement chatouillante.
     Vivre libre est un long et difficile combat, surtout contre soi-même.

vendredi 11 avril 2014

De M. Renaud Camus à Mme Le Pen (et autres) : des juges passent



     Voici quelques décisions de justice, toutes prononcées en ce même jeudi 10 avril 2014.
     *Assimilant étrangement l'appartenance à une religion, ce qui relève d'un choix personnel, à une race, qui est une donnée de nature, des juges de première instance ont condamné M. Renaud Camus pour avoir tenu des  propos qui expriment sa pensée, et ses convictions.
     *Mécontente d'avoir été traitée de fasciste par un admirateur de Robespierre, Lénine et autres meurtriers de masse, Mme Le Pen , -- dont jadis le père s'était battu un duel contre un insulteur afin de laver son honneur mais, autres temps...-- avait porté plainte pour injure. Elle a été déboutée, les juges, (du même tribunal que celui qui a fait de M. Renaud Camus, écrivain,  un vil gibier de potence, mais, je crois, d'une autre chambre), ayant décrété que "fasciste" n'est pas une injure.
    Il est vrai que, comme chacun le sait, être revêtu de ce qualificatif est aujourd'hui un brevet d'honorabilité qui vaut de recevoir toutes les faveurs des medias-de-référence, des artistes-citoyens et des instituteurs syndiqués.
    *Le propriétaire d'un journal de pourtant bien légère opposition a été mis en examen pour avoir pratiqué ce qui est l'essence même, et le moteur, de la démocratie : un achat de votes.
     J'espère sa condamnation : elle mettrait hors la loi le présent systéme politique.
     Un chroniqueur conscient des devoirs de son état se soucierait de commenter ce labeur des juges, mais... toujours ce même jeudi, un député (de l'opposition timorée) a été renvoyé chargé des fers de l'inculpation devant un tribunal pénal pour s'être livré à un tel exercice –c'est un exemple destiné à inciter au silence.
     Cet homme est poursuivi à la demande d'un syndicat de magistrats (classé à droite...), évoquer à ce propos l'esprit de corps, ou de caste, serait pure calomnie –ce que la loi réprime.
    Je m'en vais donc relire, une fois de plus..., La persécution et l'art d'écrire de Leo Strauss, et peut-être reviendrai-je, ou non.

jeudi 10 avril 2014

Sécu et tonneau des Danaïdes



   Pourquoi écrire plutôt que ne pas écrire est une question existentielle à laquelle je n'ai pas trouvé de réponse, en revanche j'ai la ferme conviction, appuyée sur une longue expérience, qu'écrire sur certains sujets ( ou éditer des ouvrages traitant de ces sujets, ce qui est moins fatigant, plus onéreux et tout aussi décourageant) produit le même effet que faire pipi dans un instrument à cordes.
  Aujourd'hui donc, pour dire les choses crûment, je vais (métaphoriquement) pisser dans un violon en abordant le sujet des solutions pour réduire le fameux trou de la "sécurité sociale".
  Un observateur moyennement futé énoncerait qu'il suffit de supprimer le monopole de cette excroissance de M. Etat et laisser les individus s'assurer où et comme ils veulent pour leurs petites affaires de santé afin que le problème soit heureusement résolu, ce moyen étant d'une efficacité certaine, il est radicalement exclu qu'il soit mis en œuvre , et même étudié ( à la suite du courageux docteur Claude Reichman, des hommes et des femmes intrépides ont entrepris de se libérer de ce monopole en arguant de son illégalité, nous ne connaissons encore l'issue de leur combat).
  Envisageons, plus modestement, de petites astuces.
  Il ne se passe guère de semaine que des drogues –aujourd'hui nommées médicaments – naguère en vente libre se trouvent inscrites dans une catégorie administrative telle qu'il n'est possible de les obtenir qu'en brandissant une ordonnance établie par un médecin. Il en résulte qu'au coût (remboursé) de la drogue s'ajoute le coût (idem) de la consultation , on comprendra donc que si tous ces cachets, poudres et décoctions pouvaient s'acheter sans contrainte , il en résulterait d'appréciables économies. De surcroît, si ces substances n'étaient plus vendues exclusivement en pharmacie, mais dans les bazars ou supérettes, une saine concurrence en ferait baisser le prix.
  Des cris d'orfraie m'assourdissent  (" comment oser écrire des choses pareilles ! vous êtes irresponsable! Pensez aux accidents! etc. etc."), et la prudence me commande de remballer ma suggestion.
  D'autant que j'en ai une autre.
  J'ai ouï dire que lorsqu'un individu a mal quelque part et se rend , dans l'espoir d'être soulagé, chez un médecin, ce dernier borne son art à l'envoyer chez un confrère spécialiste (de ceci ou de cela), lequel expédiera à son tour le patient (souvent une patiente) dans un vilain bâtiment pour y subir une multitude d'examens dont les résultats redescendront pour interprétation au prescripteur qui peut, à leur vue, renvoyer son client chez un autre confrére qui, etc.
  Je ne doute pas que, dans certains cas, ce dispendieux circuit ne soit nécessaire, mais il est devenu (quasi) systématique, sans que personne ne se préoccupe de son coût.
   Le bon sens voudrait que, dans un premier temps, le "malade" se contentât de l'aspirine ou du sirop pour la toux que conseillerait  le premier médecin, et que seulement en cas de persistance de ses troubles, douleurs et inquiétudes il se rendît chez un "spécialiste". Hélas, d'une part le "généraliste" tient à se garantir de tout risque en repassant son client à un confrère, d'autre part, beaucoup de nos contemporains (et contemporaines, en grand nombre)  jouissent d'autant plus du sentiment de pleinement exister qu'ils sont l'objet des attentions médicales les plus poussées, ce sont là deux raisons pour que rien ne change.
  Et rien ne changera car tout ce qui est pervers aujourd'hui en ce système est très exactement ce que veulent, souhaitent, réclament les citoyens, avides de s'empiffrer de prestations qu'ils croient gratuites, sans accepter de voir qu'ils les paient (et paieront de plus en plus).