david in winter

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Editeur. Ecrivain. Dilettante

mercredi 2 juillet 2014

M. Sarkozy, ou l'arroseur arrosé



   Le traitement que subit M. Sarkozy de la part de juges rouges,  qui avaient, assure-t-on, clamé leur haine à son égard, et d'argousins de basse police politique me plonge dans un parfait ravissement.
   Peut-être l'a-t-on oublié, mais durant cinq ans M. Sarkozy a disposé pleinement et du pouvoir éxécutif et, grâce à un Parlement majoritairement à sa dévotion, du pouvoir législatif.
   Cinq ans, voilà qui laisse le temps d'agir –durant ces cinq années M. Sarkozy a omis de révoquer des juges qui déclaraient juger non selon leur conscience, non selon les lois, non selon les faits mais selon leurs préjugés politiques ( et les révélations du "mur des cons" n'ont été que la confirmation d'une prévarication que nul n'ignorait). Ces juges avouaient eux-mêmes leur indignité, s'en glorifiaient même, et justifiaient ainsi leur exclusion de la magistrature  --mais M. Sarkozy, qui n'eût fait que remplir le devoir de sa fonction, s'est abstenu de les chasser.
   Sous le règne de son prédecesseur, le Code pénal s'est grossi d'une infinité de crimes et délits nouveaux, tous crimes et délits imaginaires, tous crimes sans victimes, dont les définitions floues et ambigues permettent d'accuser et condamner n'importe quel innocent, en l'accablant d'inculpations multiples pour un acte unique qu'il n'a pas même commis. Dans le même temps, le code de procédure pénale légalisait –et imposait! –les traitement les plus odieux que l'on puisse faire subir à un citoyen (sic) tout en assurant l'impunité aux bourreaux qui les perpétrent, de ces traitements, la garde-à-vue et la perquisition sont les plus abjects –ils sont donc devenus routines.
   Durant cinq ans, M. Sarkozy a omis de remédier à ces barbaries. Mieux, il les a alourdies, par exemple en faisant du port d'un voile un crime, au mépris de ce que l'on nommait jadis les libertés individuelles,  dont M. Sarkozy ne s'est jamais soucié.
   Pourquoi l'aurait-il fait? L'horreur de lois injustes ne frappait guère que des hommes et des femmes ordinaires, et s'il arrivait que la victime en fût un Arabe ou un Africain à peau noire, les électeurs de M. Sarkozy se montraient indifférents, quand ils ne s'en réjouissaient pas.
   Aujourd'hui, M. Sarkozy est happé, et meurtri, par les structures, les institutions, les individus qu'il a laissé prospérer, je le redis : j'en suis absolument ravi.
   Sans m'en réjouir. Les déboires judiciaires de Joseph Caillaux et, plus près de nous, de François Mitterrand, leur ont insufflé une nouvelle vigueur, et leur ont valu les suffrages de leurs électeurs, et peut-être M. Sarkozy se réjouit-il de mésaventures qui, le montrant en persécuté et martyr, lui rouvriront les portes du pouvoir.
   Il se peut alors qu'il se venge, et le régne de l'injustice se perpétuera.

 ***Dans le même temps, Mme Taubira tente de rendre un peu moins stupidement cruelles diverses lois pénales; si modestes, et parfois maladroits, soient ses efforts, je veux ici lui en rendre hommage.

vendredi 27 juin 2014

La langue de l'élite



       Une lettre. Son auteur est professeur des Universités , titulaire d'une chaire à la Faculté de ***. Il prépare un ouvrage sur une affaire restée un angle mort de l'historiographie , qui  illustre des dynamiques et a provoqué un traumatisme. Familier des documents de l'époque, il se targue de connaître le terrain archivistique, et de pouvoir ainsi relire l'évènement, bien sûr fondateur, et qui a pu contribuer à fabriquer de la métropolitée.
    Pour  ce projet, cet universitaire est à la recherche d'un débouché éditorial.
   Il se peut que cet homme soit réellement savant, et capable d'un travail digne d'estime , quoique... je connais assez bien l'affaire en question, que sa dissimulation dans un angle mort n'a pas empêché d' être déjà étudiée, elle ne vaut pas plus qu'un bon article de revue érudite.
    Avouons-le, la fréquentation presque exclusive d'auteurs adeptes de la clarté, de la concision, de la précision (Voltaire, Stendhal, Léautaud... ), et peut-être l'âge, qui peut aigrir, me rendent insupportable ce jargon issu des minauderies de l'EHESS et devenu la langue vernaculaire d'une caste, jargon dont le seul tour consiste à inventer une périphrase (qui semble introduire un concept, à défaut de toute notion) là où un mot unique dit tout.
    Je ne déboucherai pas l'avenir éditorial de ce monsieur.
    J'achéte, par bête manie de collectionneur, une nouvelle édition des Œuvres complètes de Madame de La Fayette (Paris, Pléiade, 2014), l'introduction,  due à une universitaire...,  annonce qu'avant La Princesse de Clèves, Madame de La Fayette publia des ouvrages narratifs –écrire romans, comme furent désignés ces textes au XVIIème siècle, eût certes été d'un bourgeois, d'un commun ! – et s'intéressa non à l'Histoire, mais au matériau historique, refermons vite le volume.
    Me passe sous les yeux un dossier d'affaire, j'y trouve une lettre dont l'auteur dirige (d'ailleurs avec talent) une maison d'édition de bonne renommée, ce courrier se termine par : "j'attends votre retour". Est-ce à dire que le destinataire est parti pour quelque île polynésienne? Eh non! L'épistolière – titulaire d'un doctorat de philosophie—a rêvé que  retour est synonyme de réponse.     
    De ces niaiseries ignares et afféteries prétentieuses, je pourrais chaque jour nourrir de forts volumes, regardons plutôt le Dictionnaire néologique à l'Usage des beaux Esprits du siècle (Amsterdam, 1768  --mon exemplaire, mais plusieurs éditions antérieures) par un Avocat de Province [ en fait, l'abbé Desfontaines-Guyot qui fut le maître de Fréron et entretint des relations tumultueuses avec Voltaire, qui l'avait pourtant sauvé d'une accusation de sodomie] dans lequel l'auteur, défenseur du bon langage, recense les mots inutilement inventés, les impropriétés pédantes et les  tournures vicieuses qui parsément les œuvres de certains de ses contemporains.
    Nil novi sub sole? Peut-être, mais je ne m'en jure pas moins ce matin de ne plus lire un livre, ni une lettre..., écrite depuis... disons un siècle , exceptant de cet ostracisme les billets de MM. Didier Goux et Jacques Etienne, qui sont d'honnêtes hommes.

   *Grognons encore un peu. M'arrive une carte d'un jeune impertinent, en âge d'être mon petit-fils, et fortement diplômé, qui m'appelle Cher Michel Desgranges; sans doute ses années de Fac ne lui ont-elles pas permis d'apprendre l'existence du mot monsieur, ni la plus simple politesse.

NB. Bien sûr, je continuerai également de lire les blogs recommandés, à droite, dans les "Nourritures spirituelles" et dont les auteurs sont d' honnêtes hommes; je ne les ai pas cités pour une raison saugrenue, que je ne révèlerai point.

jeudi 26 juin 2014

Scènes de ménage



   Je reçois ce matin Chroniques maritales et Nouvelles chroniques maritales ( un volume, Paris, 1944) de Marcel Jouhandeau., qui narre, avec le rythme d'un journal, sa vie conjugale avec Elise, surnommée Caryathis, ancienne danseuse que la galanterie semble avoir enrichie. Cette vie conjugale est une suite de querelles, dans lequelles le mari succombe, et qui font de l'ouvrage  un  long récit d'humiliations, subies avec une surprenante constance.
   Paul Léautaud a tenu au jour le jour le récit de sa liaison  --de dix-neuf ans...-- avec Anne Cayssac , qu'il appelle le Fléau, c'est une suite de querelles, d'injures, de rebuffades, que Léautaud rend. (Je suis dans une grande période de lecture de Léautaud – quel bonheur!).
   Marcel Jouhandeau est un chrétien tourmenté et un pédéraste hésitant, Paul Léautaud est un athée tranquille, et seul le corps d'une femme peut lui donner du plaisir.
   Jouhandeau publie du vivant d'Elise les tableaux de leur intimité ( il le fera annuellement à partir de 1956 avec ses Journaliers...); mon exemplaire est orné d'un envoi à un M. Edward Waterman qui se termine ainsi : "Croyez que Carya et moi nous sommes heureux de vous savoir de nouveau près de nous sous l'aile blanche de notre commun Père", ainsi Elise est-elle (religieusement..., elle aussi était fort dévote) associée au livre qui dévoile ses secrets les plus déplaisants.
  La plupart des textes de Léautaud sur le Fléau sont posthumes, il en a publié quelques extraits de leur vivant à tous deux, dans le Mercure ou dans Passe-Temps (lisez Admiration amoureuse !), pour faire rager sa maîtresse, et sans révéler son nom.
   Jouhandeau vit avec Elise comme un prisonnier enfermé dans un cachot avec le plus haïssable compagnon, Léautaud prétend ne partager avec le Fléau que le goût débridé du plaisir physique, et toutes ses phrases, de négation ou d'insulte, révèlent une passion qui est bien plus que celle des corps.
   Léautaud fut invité à déjeuner chez Jouhandeau, à peine était-il arrivé que devant lui Elise traita son mari d'idiot (etc. etc. ...), Léautaud n'invita pas Jouhandeau.
  Jouhandeau et Léautaud sont tous deux écrivains, le premier fait de la littérature, appliquée, élégante, froide,  le second écrit ce qu'il vit, nous le rend présent, nous le fait partager. Jouhandeau, ce n'est que des mots et des phrases – rien; Léautaud, c'est la vérité d'un homme.

*De Paul Léautaud sur Anne Cayssac, lire : Journal particulier (deux vol., Monte-Carlo,1956), Le Fléau (Paris, 1989) et, bien sûr, le Journal littéraire.
   Sur le scandale de l'indisponibilité actuelle de l'essentiel de l'œuvre de Léautaud et de la non-publication –près de soixante après sa mort! – des innombrables passages du Journal littéraire censurés par Marie Dormoy, il me faudrait trouver le courage d'écrire un billet.

mardi 24 juin 2014

Permanence du peuple français



   A la date du 25 septembre 1813, Henri Beyle (Stendhal) écrit dans son Journal:
   "Frappé d'une phrase de Grimm sur les inconvénients de l'abus de la lecture, j'avais le projet de me maintenir sans lire. J'ai porté des livres sur le lac de Como mais naturellement, et sans avoir à me résister, je n'ai guère lu. Ici, j'ai recours ce matin à Duclos, Mémoires sur les mœurs.Je ne trouve point d'esprit plus analogue au mien. Je ne parle pas de la sensibilité."
   Je ne me souviens pas de la mise en garde de Grimm, que je délaisse pourtant rarement, renonce à la retrouver, n'ayant pas ce matin le loisir de relire les seize volumes de la Correspondance, et préfère attraper le volume de Duclos.
   Dont le titre exact est : Considérations sur les mœurs de ce siécle, par M. Duclos, historiographe de France, L'un des Quarante de l'Académie Française et de celle des Belles Lettres, de l'Académie de Berlin, et de la Société Royale de Londres. ( Mon édition, 392 pages,  est celle de Paris, chez Prault, Imprimeur, et Durand neveu, Libraire, 1772, la dernière parue du vivant de l'auteur).
   Je l'avoue, je ne fréquente guère cette œuvre de Duclos, qui eut, dès sa publication en 1751, un succès prodigieux dans toute l'Europe. Je ne lui reconnais que le douteux mérite de réussir l'exploit d'être, avec un style alerte et des pointes piquantes, redoutablement ennuyeuse  --cela tient au fond, qui voudrait faire passer des lieux communs éculés (sur la politesse, l'esprit, les Hommes, le sentiment, etc.) pour de renversantes nouveautés propres au siècle. Et je regrette que Stendhal n'ait pas justifié cette surprenante analogie entre son esprit, si rebelle, et celui, bien plat, de Duclos.
   De ce dernier, je citerai quand même cette appréciation d'un peuple qui connut la gloire :
   "De tous les Peuples, le François est celui dont le caractère a dans tous les temps éprouvé le moins d'altération; on retrouve les François d'aujourd'hui dans ceux des Croisades, et en remontant jusqu'aux Gaulois, on y remarque encore beaucoup de ressemblance."
   Une rapide promenade dans certains quartiers confirmerait aujourd'hui le bien-fondé de cette remarque.
   *Nous voici en été , participe passé (et bien passé) du verbe être.