david in winter

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Editeur. Ecrivain. Dilettante

mardi 11 février 2014

Propos d'un jour tranquille



    Que chroniquer lorsque rien , rigoureusement rien, de ce que l'on a appris ces dernières heures ne semble digne de la moindre ligne ?
   Les informations qu'enregistre (provisoirement) mon cerveau proviennent de deux sources, les medias, qui me fournissent une masse, considérable en volume, de faits, papotis et commentaires, les propos que me tiennent des personnes que je rencontre et me racontent ceci et cela.
    De cette seconde source, je tiens qu'hier des chasseurs ont tué dans le voisinage quinze sangliers (je ne sais si ce vocable odieusement mâle et adulte inclut des laies et des marcassins), mon tendre cœur bat toujours de pitié lorsque se présente à lui l'image de bêtes sauvages mises à mort, mais ces bêtes sauvages, labourant les pelouses de leur groin afin de trouver des vers qui sont leur délice, ont transformé de vastes étendues de notre parc en champs mal labourés, me faisant souhaiter leur extermination, laquelle me réjouit—si je ne m'en représente pas la sanglante réalité. ( Sur la difficile cohabitation entre bêtes sauvages et humains, je renvoie sans modestie à mon roman Manitoba, dont c'est l'un des thèmes essentiels – l'autre est le métissage).
    Il me fut aussi narré les pittoresques méthodes qu'utilisent les colosses de la grande distribution pour ne pas payer leurs fournisseurs, ou les payer avec des retards extravagants, ou diminuer leurs dettes par l'invention de pénalités aussi ingénieuses que malhonnêtes, je pourrais entrer dans le détail de ces crapuleuses entourloupes, en fournir les preuves, cela impliquerait une entreprise à laquelle je suis fort attaché, et la révélation des manœuvres coupables dont elle est victime risquerait de lui porter un préjudice dont je ne veux me rendre responsable.
    Quant aux medias, en l'absence de nouveaux potins sur l'objet des attentions libidineuses du Président, ce que j'y lis ce matin eût pu être imprimé la semaine dernière ou réimprimé après-demain, et même l'année dernière pour la farce annuelle du rapport, également annuel, de la Cour des comptes, dénonçant divers gabegies , en omettant le plus gros gaspillage qu'est l'entretien de cette Cour, dont les fameux rapports ne sont jamais suivi d'effet, et dont l'existence est ainsi d'une criante inutilité.
   Avec beaucoup d'indulgence, il serait permis de relever la colère d'un politicien présidant le parti de la droite-socialiste contre un livre pour enfants qu'il a parcouru sans le comprendre, montrant ainsi que ce qui est destiné aux bambins de six ans dépasse ses facultés (?) intellectuelles, et révélant de ce fait qu'il a la carrure d'un futur Président.
   Quoi d'autre ? Le commandant de l'expédition coloniale envoyée par le Président dans un désert africain annonce que ses troupes vont désormais s'en prendre aux chrétiens, --ce n'était pas inattendu.
  Ayant achevé ma revue d'actualité(s), je retourne lire Le goût d'autrui de M. Ghislain de Diesbach (Versailles, 2010), portraits anecdotiques d'hommes et femmes célèbres ou injustement oubliés qu'il a fréquentés, on y rencontre notamment Jouhandeau, Jünger, Ionesco, Morand, Fabre-Luce, aussi bien que Marie-Laure de Noailles, la baronne Blixen ou Anne de Bavière, ce livre délicieux est un bain d'intelligence, et de liberté.

lundi 10 février 2014

Heurs et malheurs des discriminations



    Malgré l'immensité de l'amour universel qui emplit son cœur perpétuellement compatissant, le Président, ainsi que la foule de ses commis, acolytes, et intellectuels, artistes ou bateleurs stipendiés, ne peut serrer sur sa poitrine avec une même tendresse, ni combler des mêmes bienfaits, la totalité des êtres humains, animaux,végétaux et minéraux en voie de disparition : une cruelle réalité le contraint de choisir .
   Comment choisir?
  La rencontre avec autrui permet de faire naître, non par l'apparence physique désormais honnie mais par cette miraculeuse communion de sentiment, de pensée et d'engagement politique qui naît d'un simple échange de regard ( c'est ainsi que le Président lui-même recrute ou répudie ses éphémères concubines), mais, pour de bêtes raisons, cette rencontre est longue à organiser avec des dizaines de millions d'humains, d'animaux etc., et le mieux intentionné des Présidents (ainsi que ses suiveurs) doit se résoudre à établir des préférences, et priorités, en fonction de quelques principes.
   Ces principes reposent sur des principes supérieurs qui ont nom égalité, fraternité, justice et échéances électorales, un autre vocabulaire les dirait issus de l'idélogie, d'a-priori et de préjugés, et qu'ils ne servent qu'à discriminer, je rejette ce vocabulaire réactionnaire.
   D'autant que la discrimination, bannie par de multiples lois, se trouve imposée par la loi lorsque l'on y accole la charmante épithéte positive, comme la langue d'Esope, elle est à la fois la pire et la meilleure chose du monde.
   Puisque nous passons ainsi, pour un motif unique de justice etc., de la lutte contre les discriminations à la lutte pour les discriminations, regardons ce qu'en sont les objets.
   Choisis pour bénéficier de la bonne discrimination se trouvent essentiellement les faibles, qui incluent logiquement les minorités (car une minorité est moins forte qu'une majorité, un petit nombre moins puissant qu'un grand, etc.).
   Pour déterminer qui peut s'enorgueillir d'être faible, ou membre d'une minorité, les critères sont nombreux; après de nombreuses années d'études et de recherches, il est généralement admis qu'ont pu légétimement être inclus dans cette (vaste) catégorie les femelles de l'espéce (qui, nées de Vénus, demeurent minorité quoique numériquement majoritaires), les petits enfants, les fonctionnaires, les adeptes de certaines mœurs sexuelles, les fidèles de religions exotiques (sauf quand elles sont nommées sectes), les infirmes et autres stropiats, les allogénes, migrateurs ou non, les nains,  les porteurs d'une peau autre que blanche, et quiconque a su faire entendre des plaintes et récriminations conformes à l'idéologie.
   Voilà qui est fort bien, mais qu'advient-il lorsqu'un même individu se trouve posséder en même temps une caractéristique qui le range chez les faibles, et une autre qui l'en exclut?
  Souvenons-nous du Mbala mbala : la couleur de sa peau le plaçait dans le camp du bien, son odeur nauséabonde l'en excluait, et l'ouïe offensée l'emporta sur le charme que dégageait la vision de son noir épiderme.
    Certes dans le monde idéal vers lequel nous conduit le Président, nous ne trouverions que des femmes mahométanes, noires, lesbiennes et cul-de-jatte à protéger par la loi des insultes de mâles ... et ... (remplissez les blancs), mais cette perfection n'est pas encore réalisée; pour y parvenir, le gouvernement vient de faire établir une feuille de route contenant quarante-quatre propositions pour séparer le bon grain de l'ivraie et dire nettement qui, dans cette masse de faibles, ou bons, qui ont parfois des aspects de forts, ou méchants,   bénéficiera de discrimination positive , qui sera frappé de discrimination négative, rejeté dans les ténèbres extérieures et déporté à l'île du Diable, il doit en résulter des lois et décrets qui sont en cours d'élaboration, nous en suivrons le cheminement avec une curiosité frémissante.

samedi 8 février 2014

"Femen" et malfaisants censeurs



   Gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche...
   Une association vient d'annoncer son intention de manifester demain dimanche, jour du Seigneur, de prière, de recueillement et de visite des pâtisseries, contre les Femen.
   Ces Femen sont des jeunes femmes originaires de plaines orientales, qui offrent aux regards des passants l'agrément de leur (semi)nudité, et amusent les petits enfants en se livrant à des provocations puériles qui leur ont valu l'estime, l'amitié et le soutien du Président, de ses acolytes et des habituels laquais de presse.
    Moralement, leur action peut être jugée selon un critère simple : lorsqu'elles profanent , en une comédie empruntée à des bouffeurs de curés depuis longtemps partis aux enfers, un lieu ou un meuble qui appartient à autrui, elles sont moralement coupables, mais si elles achètent des objets de culte, que des prélats modernes, tels l'évêque de Rouen cette semaine,  vendent par dégoût d'un respect aboli, elles ont, moralement,  un droit absolu de les utiliser pour y faire les besoins que commande la nature.
   La notoriété de ces Femen n'est qu'une marque de plus de la veulerie de notre société, qui ne sait partager entre ce qui est licite et illicite, loue ou condamne sans principe autre que la direction du vent, c'est donc un sujet de peu d'intérêt, en revanche, l'association qui s'oppose à elles, sans se soucier des hommes et des femmes que leur agitation privera de pouvoir se promener tranquillement, ou faire des courses, dans les rues qu'envahira un cortège vociférant, s'est fait remarquer depuis sa création en cherchant à faire censurer et interdire les propos et spectacles qu'elle juge contraire à ses opinions, ou croyances, ou sentiments – elle est une agglomération d'inquisiteurs obsessionnels, et une frénétique ennemie de la liberté humaine.
    Plutôt que gaspiller mon temps,qui est un  bien rare, à énumérer ses trop nombreux méfaits, relevons, car cela est juste tombé sous mon regard, la mauvaise action dont vient de se rendre coupable une association ejusdem farinae, qui partage les mêmes buts, affiche les mêmes convictions et la même volonté de nuire à son prochain.
   Cette association donc, et peu importe son nom, vient d'agir en justice pour demander l'interdiction au moins de 18 ans (qui revient à empêcher toute exploitation commerciale) du film de M. Lars von Trier Nymphomaniac; je n'ai pas vu ce film, M. Lars von Trier est un cinéaste de talent, mais qui a choisi d'exprimer obscurément par des images absconses un propos bredouillant, son œuvre ne figure pas parmi celles que je m'impatiente de regarder, et son Antéchrist dort sous une pile de dvd(s) tamouls oubliés.
   Ces censeurs bénévoles, dont un précédent haut-fait avait été de faire prohiber l'amusant, et un peu bâclé, Baise-moi de Mme Virginie Despentes, n'ont  cette fois obtenu des juges qu'une interdiction au mois de 16 ans, une telle interdiction n'est pas anodine car elle réduit très fortement la diffusion d'une œuvre, donc ses espoirs de recettes, elle est une mise en garde adressée à quiconque envisagerait désormais de produire une œuvre libre avec, ô horreur!,  des dames et des messieurs en tenue d'Adam et Eve (avant la grosse bêtise de cette dernière) et utilisant des organes que leur a octroyés le Créateur.
  Et comment qualifier ces héraults de la famille traditionnelle qui exigent de M. Etat de préserver leurs enfants adolescents de la vue de certaines images en avouant ainsi qu'ils sont incapables, ces vertueux parents, d'obtenir que leur progéniture se soummette à leurs interdits!
  Plutôt que d'utiliser leur énergie à élever et éduquer leurs filles et garçons, ils la dépensent à empêcher autrui, un autrui qui ne partage pas leur puritanisme misérable, de regarder ce qu'il souhaite regarder.
   Entre les professionnels subventionnés de l'antiracisme et les maniaques de la répression des joyeux plaisirs, il ne reste à l'écrivain ou au cinéaste  qu'à exprimer, non plus sa pensée, mais les mots ou les images dictés par ses persécuteurs.
   A moins que l'on ne jette dans une arène censeurs-de-droite et censeurs-de-gauche, pour qu'ils s'y exterminent mutuellement.

jeudi 6 février 2014

Tour de Babel et hiérarchie des valeurs



   Toujours prêt à terrasser quelque vilain dragon, le Président s'est lancé dans un nouveau combat, non contre ceci ou cela ( qui serait obscurantiste, passéiste et bien méchant ) mais pour.
   Pour quoi ?
   Pour imposer , ou promouvoir, ou marketer, je ne sais trop, disons : pour enseigner dans ces temples du haut savoir que sont les écoles, les langues régionales ( régionales vient de région qui a, selon la doxa républicaine, remplacé notre ancienne province).
   L'affaire n'est pas vraiment nouvelle, elle traîne depuis des décennies entre embrouilles européennes et embûches constitutionnelles, elle connaît des débuts de pratique officielle et de reconnaissance académique ( indispensable à l'obtention de postes et salaires afférents) et, comme elle se meut dans une certaine indifférence, il était urgent de la juger prioritaire.
   Ces langues régionales donc qui, appartenant au patrimoine selon la Constitution révisée, se trouvent ipso facto du côté du progrés et des droits de l'homme nouveau, avaient , à deux exceptions prés, à peu près disparu vers le milieu du siècle dernier, on pouvait en trouver l'écho dans des réunions folkloriques, et rien de plus, jusqu'à ce que des linguistes salariès de M. Etat entreprirent de les ressusciter, ou réinventer, et même simplement inventer.
   N'ayant aucune envie de m'infliger la peine de commenter les théories de Ferdinand de Saussure etc., je ne répondrai pas à la question : qu'est-ce qu'une langue? dont n'ont pas fini de débattre les spécialistes de la linguistique , mais j'ai observé qu'il est pratiqué sur le territoire de l'ex-Gaule un idiome nommé langue française, et qu'en cette langue française a été écrite une littérature d'une richesse sans équivalent dans le reste du monde. Et sur les mérites intrinséques, lexicaux ou syntaxiques, de cette langue, que l'on relise le Discours sur l'Universalité de la langue française de M. de Rivarol.
   Du côté des langues régionales, ces patois ou dialectes qui étaient parlés sans être fixés par l'écriture et différaient, dans une même province, d'un village au village voisin..., que trouve-t-on comme œuvres littéraires ?
  Rien.
  Même le breton et le basque, qui sont ce qui ressemblent le plus à des langues véritables et non des parlers locaux, n'ont rien produit de quelque valeur, et si le provençal a permis à Frédéric Mistral de recevoir le prix Nobel pour les douze chants de sa Miréio, il s'agit d'une langue artificielle, recréée par les félibres ( avec Mistral : Joseph Roumanile, Théodore Aubanel pour les mieux connus, plus tard, Charles Maurras), langue belle, harmonieuse, langue savante de littérateurs, et non de peuple.
   Au mieux, ces langues régionales, dont les spécialistes  ont recensé plusieurs dizaines (!), peuvent entrer dans la catégorie de ces amusements pittoresques dont il est est permis de se divertir, les voici à l'école, aux côtés des jeux videos et des poupées hermaphrodites.

   Deux notes:
*J'ai publié autrefois un long poème en langue corse – no comment;
*Parmi ces langues régionales figurent évidemment les dialectes parlés par les indigènes des colonies (Guyane, Nouvelle Calédonie, Saint-Pierre et Miquelon, Wallis et Futuna, Seine-Saint-Denis etc), les débats menés à leur propos atteignent un rare niveau de comique.