david in winter

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Editeur. Ecrivain. Dilettante

mercredi 5 février 2014

Nouvelles persécutions contre les fumeurs : vive le tabac!



   L'annonce présidentielle d'une rafale de nouvelles persécutions contre les fumeurs m'a empli de rage, mais celle-ci est mauvaise conseillère, elle provoque l'invective, l'injure, les noms d'oiseaux, c'est là un genre rhétorique où excellait mon feu ami, Jean-Edern Hallier ( il m'emprunta un jour le Dictionnaire des injures de Robert Edouard afin de mieux argumenter une demande d'argent à moi adressée), pour ma part, je n'y trouve ni plaisir ni inspiration, et renonçant aux fulminations ornées de cloportes brenneux! et autres scolopendre mongoloïde! ou  topinambour lubrique!, je m'en tiendrai au récit historique (j'y suis plus à l'aise).

   --Ah zut!, fit le Président en reposant le volumineux rapport dont il avait lu la première page tout en lutinant future-concubine N°4, j'apprends ici que les gens meurent!
    Homme d'action, il convoqua aussitôt son fidèle conseiller.
   --Fidéle conseiller, nos experts et chercheurs prétendent que les gens meurent. Et... c'est embêtant ?
   --Euh..., --fidèle conseiller fouilla dans des dossiers—voilà... Selon un sondage réalisé par un institut ami, 99% des ménagères de 25 à 49 ans sont hostiles à leur propre disparition, 87% à la disparition d'un proche dont elles n'héritent pas, 3% à celle d'un parent à héritage et 100% à la mort des nourrissons du Zimbabwe.
   --Hmm hmm...  Voyons voyons... Si j'agis contre la mort, ma courbe de popularité devrait, comme celle du chômage, remonter? Vous en êtes certain?
   "Bien. Allons faire un discours.
   Le lendemain, le Président s'en alla donc faire un discours devant un petit troupeau de Diafoirus torquemadesques fourbes, incultes et cupides, et, comme c'était une période de réduction officielle des dépenses, il annonça une dépense de un milliard et demi de monnaie du jour pour vaincre la mort. (Pourquoi, puisque s'agissant d'argent fâcheusement absent des caisses,  un milliard et demi plutôt que quinze ou cent cinquante milliards? Seul un grand de ce monde pourrait répondre).
   Les regards des auditeurs s'illuminèrent de concupiscence, des mains se tendirent déjà, et le Président allait remonter sur son scooter made in China, quand fidèle conseiller le retint par la manche:
   --Mon président, il faut dire aussi que vous allez vous attaquer aux causes du funeste évènement.
  --Les causes ? Ah oui, la peste bubonique, les ondes malèfiques, l'abus de tomates...
  --Non non..., c'est le tabac.
  --Le tabac ? Quelle drôle d'idée!  Enfin, si vous y tenez.
  Et le Président retourna vers les micros  pour tonner contre (ainsi que disait Flaubert) le tabac, les cigarettes, la pipe, les cigares, la chique, et ce que l'on prise.
   Puis vint la routine, ce flot de mesures dont le Président maîtrisait désormais à merveille l'énumération, -- interdictions, avertissements, mises en garde, incitations à la délation, et enfin, coutumière cerise sur le gateau étatique : augmentation du prix de vente.
   --Bonne journée, dit le Président en regagnant son palais social et solidaire, nous voici débarrassé de ce bête souci de la mort. Fidèle conseiller , quelle va être ma prochaine bataille?
  --Selon un sondage de (etc.), 86% des citoyennes âgées de   -- etc., je résume—se plaignent de leur vie.
   --La vie ? Tant d'opinions défavorables pour la vie ?
   "Agissons. Demain, je prononcerai un discours contre et annoncerai...
  

    P.S.-Depuis plus d'un demi-siècle, je consomme avec constance trois à quatre paquets de cigarettes par jour, et il me semble  être toujours vivant. Puis-je faire un procès à l'issue victorieuse aux charlatans qui prétendent que "fumer tue" ?

mardi 4 février 2014

PMA, GPA : analyse d'une agitation



     Retentit ce matin un grand vacarme –soit : titres des medias, discours de politiciens, cris des lobbies – autour d'affaires de PMA et GPA, car le débat politique, dèjà tombé de principes en idées, puis d'idées en slogans, se traîne désormais dans la bouillie des sigles.
    De quoi s'agît-il ?
    Survolant rapidement divers propos, plus véhéments que didactiques, j'ai cru comprendre que M. Etat se proposait d'accorder aux lesbiennes un droit à être mère sans qu'elles prissent la peine de se faire féconder par un mâle selon d'antiques méthodes (décrites notamment par Lucrèce dans le De rerum natura), un droit à semblable étant prévu pour les pédérastes, mais mutatis mutandis, quant aux hermaphrodites et androgynes, leur droit à serait encore l'objet de concertation.
   Dans un premier temps, il avait été prévu que ces droits à fussent imposés sous forme de lois par le Parlement-croupion, mais des considérations électorales, provoquées par la manifestation d'une opposition à ces avancées sociétales (sic), paraissent avoir fait repousser la chose à un temps où les détenteurs de place craindraient moins d'en être chassés.
   Analysons.
   Pour les lesbiennes radicales -- et pour les hommes invertis, comme les désignait Marcel Proust, transposez selon le sexe  -- cette loi leur eût permis de jouir du bonheur d'être mère sans avoir à souffrir l'horreur d'une copulation avec un vilain monsieur.
   C'est là ce qui s'appelle vouloir le beurre ( l'enfant) avec l'argent du beurre (le refus de l'acte fécondant), et comme la norme de notre société est de satisfaire de telles revendications (ainsi:  le revenu sans le travail, etc.), il était prévisible que la loi décrétât que l'on pouvait être mère et mère, ou père et pére, en s'épargnant l'ennui de l'ancien accouplement d'un mâle et d'une femelle.
   Mais pourquoi une loi ?
   D'abord, la nature humaine fait que de telles situations sont, encore, extrêmement marginales, et il est pervers de vouloir légiférer pour des cas marginaux (il me faudrait plus de place pour développer ce point, qui est l'une de mes convictions capitales), ensuite, pour que des êtres humains dont les mœurs et les goûts ne concernent qu'eux, et non autrui, puissent disposer librement d'ovules et spermatozoïdes qui sont leur seule propriété, il suffit d'abolir les lois actuelles qui le leur interdisent, et non d'édicter de nouvelles lois (qui ne peuvent être que source de conflits et difficultés) –la liberté, c'est la suppression des lois qui la nient injustement, non la création de textes normatifs qui l'emprisonnent sous le masque de la tolérance.
   Ainsi, dans une société libre, hommes et femmes, pédérastes ou non, lesbiennes ou non, pourraient obtenir des enfants par la méthode qui leur convient (fécondation en éprouvette ou in utero d'une quelconque pauvresse ravie de louer cet organe, sans négliger l'adoption d'orphelins) sans que la loi s'en mêlât, et encore moins des autrui aux vociférations illégitimes.
   Dans tout ceci, deux camps s'affrontent –les maniaques de la législation sur tout, les thuriféraires de l'interdiction de tout--, et je les abhorre également.

  *Pour une approche authentiquement morale de ces questions, lire l'indispensable ouvrage du professeur Bertrand Lemennicier Le marché du mariage et de la famille (Presses Universitaires de France, Paris, 1988).

lundi 3 février 2014

Passage du fascisme



  Cette nuit, il faisait jour.
    La voûte céleste était illuminée par les torches que brandissaient en défilant, dans les rues de mon village, sur les routes serpentant entre les bois et les chemins zigzaguant au creux des vallons, les hordes fascistes hurlant des slogans effroyables, marchant le bras levé pour insulter au firmament et au vivre-ensemble, et brandissant des gourdins hérissés de clous rouillés.
    Ces hordes existent, elles ont été vues, dénoncées, anathémisées par le ministre de la police, et sans doute le Président lui-même les eût observées, s'il n'avait été occupé aux soins d'un ménage qu'il doit désormais effectuer en célibataire.
   Ai-je peur ?
   Dans quelques heures, la masse de ces brutes dont le cerveau reptilien ne peut envisager que massacres et destructions viendra, aux portes de la ville capitale, s'affronter au rempart que formeront les corps des intellectuels germanopratins et des associatifs humanitaires, il est à craindre que l'assaut ne puisse être repoussé, car la force injuste triomphe parfois de la parole bienveillante, alors, l'horreur s'étendra sur le pays de la douceur de vivre...
   La liberté d'expression, cette fleur fragile préservée avec tant d'amour par le présent gouvernement, sera d'abord abolie, et seuls gens de lettres et de medias bien en cour auront la possibilité de s'exprimer, l'économie, c'est-à-dire ces échanges entre êtres humains qui, jusqu'à cette aube fatale, se pratiquaient sans être entravés par la moindre règlementation, sera désormais soumise à de multiples contraintes exprimées en lois, décrets, ordonnances, l'école elle-même, ce lieu studieux d'apprentissage d'un savoir que ne biaisaient nuls préjugés, ne sera plus qu'un enseignement d'idéologies fanatiques et en seront bannies toutes ces connaissances hier encore transmises avec une bienfaisante ardeur, telles que l'orthographe, le calcul ou l'histoire.
   Je n'ai pas peur –je suis terrifié à la pensée que, ce soir peut-être, cette terre où l'on chérissait le souvenir de tant d'humanistes au cœur compatissant –Robespierre, Lénine, Che Guevara et autres héros de la Fraternité – et dont les habitants , nourris par une manne tombée de lointaines galaxies, chantaient,dansaient, aimaient  sans souci d'un lendemain nécessairement radieux, que cette terre puisse être livrée à des hommes en dehors de l'humanité, dont la cruauté fera taire jusqu'au chant des petits oiseaux.
   Voici venu le temps de la fin des temps, nulle arche pour nous accueillir, et il ne reste qu'à périr...—ah! si le ministre de la police avait pu se départir de sa naturelle indulgence et oser dissoudre les groupuscules et essoriller le Mbala mbala, comme règneraient encore paix et harmonie!

samedi 1 février 2014

Idéologie du genre



   Une polèmique sur la "théorie du genre" a permis aux gens de medias, toujours bien informés, de découvrir, avec quelques décennies de retard, l'existence des gender studies.
   Ces gender studies sont nées dans le bouillonnement intellectuel, ou pseudo-intellectuel, de la fin des années 1960 et, se présentant comme une énonciation philosophique de la revendication féministe  (ou néo-féministe), elles ont été vite accueillies, avec la linguistique absconse et le déconstructionnisme primesautier, au sein des universités les plus prestigieuses (celles de la Ivy League et Berkeley aux Etats-Unis, Oxford et Cambridge en Angleterre), suivies  plus ou moins rapidement par les établissements de deuxième, puis de troisième ordre, parfois moins prompts à vouloir ne pas rater le coche de la post-modernité.
   Reconnues comme dicipline universitaire, ces études ont offert un très grand nombre de postes à des candidats professeurs qui y ont ainsi trouvé le moyen d'assurer leur subsistance quotidienne tout en se promenant de colloques en séminaires et en dispensant, hélas..., un peu d'enseignement. Notons que l'augmentation exponentielle du nombre d'étudiants durant les dernières décennies entraîne mécaniquement une augmentation semblable du nombre de places, dont les titulaires sont recrutés sans véritable sélection – une bonne mémoire, un peu d'application et d'arrivisme suffisent pour que des individus d'intelligence médiocre et dépourvus de vrais connaissances se parent du titre flatteur (pour le grand public ignorant de ces choses) d' universitaire.
  Comme la régle fondamentale pour survivre, et améliorer ses revenus, est en ce milieu le fameux publish or perish , ce sont des millions de pages relevant des gender studies qui fleurissent chaque année– regardez les catalogues des grandes presses universitaires (Harvard, Yale, Oxford etc.), le domaine ainsi intitulé s'y enrichit à jet continu de nouveaux ouvrages.
    Dont certains auteurs parviennent à devenir des vedettes médiatiques, par un habile cheminement.
   L'une des grandes prêtresses de la chose est Mme Judith Butler, féconde auteuse d'ouvrages écrits en un surprenant charabia (et des collègues lui ont justement attribué le Prix du charabia) dont la diffusion semblait confinée à un cercle restreint (academic). Mais Mme Butler a publiquement pris position en faveur de diverses causes de l'ultra-gauche altermondialiste (antisionisme, contre la finance et Wall street, etc.), déclarations chaleureusement relayées, en raison de sa position universitaire, par les gazettes de la gauche sentencieuse (New-York Times, The Guardian, Washington Post , etc.), lui offrant ainsi notoriété puis célébrité.
  Résumons : l'autorité , fondée sur un statut professionnel et une œuvre dont on s'abstient de regarder le très éventuel bien-fondé, permet d'acquérir , par un discours en d'autres domaines où l'on ne peut se prévaloir de la moindre compétence, une notoriété qui rejaillit sur l'autorité antérieure, laquelle, ainsi augmentée, permet d'accéder à la célébrité (et ainsi de suite), c'est ce que les économistes nomment un cercle vertueux. (Un exemple plus ancien est celui de M. Michel Foucault dont la gloire doit plus à son activisme politique qu'à son Histoire de la folie à l'âge classique, il y en a d'autres).
  Ainsi, il existe aujourd'hui (en Occident , pas dans les pays musulmans ni en Chine...) des dizaines de milliers d'universitaires (academics) qui prêchent les gender studies et ont publié des millions et millions de pages (dans ce fatras, il doit même être possible de trouver des phrases sensées, ou intelligentes).
   Et que dit cette dicipline ?
   Elle se fonde essentiellement sur cet axiome de l'éxécrable écrivaine que fut Mme Simone de Beauvoir :"On ne naît pas femme, on le devient" , enjolivé par un vocabulaire emprunté à Jacques Derrida ou Paul de Man, avec des pincées de Freud et Lacan, et de petites touches de Foucault ou Chomsky. Elle s'exprime donc en un pesant jargon, qui l'eût réservée aux initiès (ou collègues), si le processus utilisé par Mme Judith Butler ( et d'autres consoeurs) ne lui eût permis de se faire connaître dans le monde extérieur, et a entrepris de remplacer, dans toutes les branches du savoir humain, le sexe (connu en sciences naturelles, ou en biologie) par le genre, emprunté à la grammaire.
   Puisque fondées sur un axiome qui, contraire à ce que dit la nature, ne peut être démontré mais seulement affirmé par le discours, les gender studies  sont , plus qu'une théorie car elles ne relèvent pas de la science, une idéologie productrice de bavardages doctrinaires jargonnants et qui, comme toute idéologie, a des fins normatives  -- modeler l'être humain et la société conformément à ses présupposés.
   Ce sont quelques thémes simplifiés de cette idéologie  qui vont maintenant, par la volonté du Président, être obligatoirement enseignés, sous forme de slogans, aux petits enfants.