david in winter

david in winter

Editeur. Ecrivain. Dilettante

lundi 6 janvier 2014

Noir comique et philosophe mondain



    --Ce ne sont pas des opinions, ce sont des délits,vient de décréter très publiquement, avec une suffisance satisfaite et à propos de discours tenus par un noir comique, une sorte d'histrion médiatique qui gagna jadis une célébrité de mannequin pour être apparu à la télévision la poitrine nue et le brushing conquérant.
    Lorsqu'il se montre à la foule de ses admirateurs assemblée à Saint-Germain des Près entre Lipp et le Café de Flore, l'homme se présente fièrement comme philosophe,  c'est sur cette étiquette que se fonde son fructueux marketing, de même que la maîtrise par lui affirmée de cette ancienne discipline  lui permet d'aligner absurdités et stupidités.
   Voici que M. Etat a décidé, dans sa grande sagesse humaniste, d'interdire que soient exprimées certaines opinions ( c'est-à-dire : des pensées) afin de satisfaire à divers lobbies supposés être électoralement influents, alors, et très légalement, ces opinions sont devenues juridiquement des délits, mais, ce que ne vit pas le philosophe mondain (ni les perroquets serviles  qui reprirent ad nauseam la sottise), les deux termes ne s'excluent pas : ce n'est pas parce que le législateur la traite en délit qu'une opinion cesserait d'être une opinion, à ce compte, puisqu'une opinion se formule en mots et phrases, une fois prohibés par la loi, ces mots et phrases ne seraient plus des mots et des phrases, mais... mais quoi? Un néant ? Admirons alors M. Etat qui aurait réussi à incriminer le néant.
   C'est justement parce que les opinions sont des opinions, et qu'elles le sont de toute la vigueur de leur existence, que M. Etat a pu les qualifier avec tout ce que le vocabulaire comporte de substantifs et épithétes péjoratifs afin d'en réprimer l'expression.
   Le vol est un délit , les magistrats punissent ce délit et ce faisant, c'est le vol qu'ils punissent (il est triste de devoir rappeler cette évidence), et lorsque le prétendu philosophe, ses suiveurs et complices variés appellent policiers et juges pour envoyer au bagne l'homme à la peau noire et à l'humour sans esprit qui pense autrement qu'eux (et, en l'occurrence, aussi mal et aussi perversement qu'eux, mais en un autre domaine) c'est l'opinion, et elle seule, qu'ils veulent châtier.
   Mon attachement à la liberté d'opinion ( ou d'expression, ou de pensée, c'est la même chose) est absolu – j'avais pensé, ce matin,  écrire un rappel historique de quelques faits la concernant, cela eût montré que cette liberté fut tôt bafouée par ceux-là même qui la proclamèrent, cela montre également que le combat pour cette liberté est toujours perdu, aussi m'en vais-je vers de plus divertissants objets.

dimanche 5 janvier 2014

Gai, gai, marions-nous! (Et divorçons)



   Par monts et par vaux, nous entendîmes hier crier les orfraies, lugubres gémissements dénonçant l'horreur d'une nouvelle abomination annonciatrice d'apocalypses dévastatrices, d'ébranlement des remparts de la morale et de sape des principes les plus sacrés.
    Pour utiliser une cheville rhétorique dont Marcel Proust emprunta l'usage à Honoré de Balzac : voici pourquoi.
    Une noire dame ministresse, pour se distraire du chagrin d'amour qu'elle venait de confier à la presse du cœur (subventionnée), fit annoncer une ébauche de projet que, même si tremble ma plume, je ne cèlerai point : il serait permis aux couples désunis ( soit : mari-femme, mari-mari, femme-femme, je ne sais si je suis exhaustif) de divorcer par simple déclaration devant un greffier ( l'officier de justice, non l'argotique félin).
     Ce qui est, s'indignent les pleureuses, une nouvelle atteinte portée à l'institution du mariage.
    Jetons un œil à cette institution.
    Pour les adeptes d'un certain nombre de religions, dont les fidéles de la foi catholique, apostolique et romaine, le mariage est un sacrement béni par leur Dieu, et ce que Dieu a uni, l'homme ne peut le défaire.
    Mais le mariage a aussi (avait...), hors de toute croyance, une fonction sociale : il sert à fonder une famille.
     Pendant des siècles et des siècles, et des millénaires, et sur tous les continents, la famille, dirigée par la pater familias, avait pour finalité d'accroître, grandement ou modestement, la richesse et la puissance de ses membres, pour cette raison, le mariage d'un gaçon ou d'une fille parvenu à l'âge nubile était décidé en fonction de l'accroissement de fortune que pouvait apporter un futur époux ou une future épouse, il pouvait arriver qu'un mariage d'inclination s'accordât avec le mariage de raison, c'était là une préoccupation mineure, et  si une inclination s'opposait à la raison, la famille y mettait le holà.
   Cette coutume ancrée dans les mœurs, qui demandait quelque persévérance car bien souvent c'était les arrière-petits enfants qui recueillaient le bénéfice des sacrifices de leurs aïeux, fut pratiquée, avec plus ou moins de bonheur, dans toutes les couches sociales; pour un exemple de réussite éclatante (mais nous en connaissons des dizaines de milliers) , citons les Colbert et Le Tellier (Louvois) qui marièrent leurs filles à des ducs-pairs : en trois générations, ces familles s'étaient élevées de la roture à la plus haute noblesse d'épée.
   L'effet nécessaire et voulu de cette conception de la famille fondée sur un mariage alors indissoluble (sauf annulation en cours de Rome ou, civilement, séparation de corps qui répartissait les biens sans briser l'union) était de créer et d'augmenter les inégalités dues à la naissance, il va donc de soi que la Révolution s'empressa, au nom de la déesse Egalité, de voter des lois pour détruire mariage et famille.
   J'ai déjà dit les retours en arrière que connut le XIXème siécle ( on peut citer la création du majorat sous la Restauration, qui fut une espèce de droît d'aînesse...), je n'y reviendrai pas.
   Pour être bref, vers l'an 2000, nous voyons en ex-Gaule subsister un mariage , assorti d'un grand nombre de lois pour annihiler la force inégalitaire de l'héritage ( parts réservataires, impôts sur les successions, etc.), qui n'est plus qu'un contrat civil.
   Que, pendant des décennies, la violence des lois s'opposât à la dissolution de ce contrat par ceux-la mêmes qui l'avaient librement consenti fut une extravagante aberration,  nous n'en sommes heureusement plus là.
   Comment peut être terminé ce contrat? Celui-ci, comme tout contrat, crée des obligations pour chaque partie, si l'une y a failli , l'autre peut en demander la résolution – c'est le divorce pour faute, et il est juste qu'alors un juge doive trancher--, si les deux parties sont d'accord pour rompre (divorce par consentement mutuel), seule une survivance malvenue d'un passé récent peut commander l'intervention d'un juge alors qu'une simple déclaration devant un officier ministériel  (présence nécessaire pour que le divorce soit opposable aux tiers), greffier ou notaire, suffirait amplement.
   Certes, même s'il n'est plus qu'un acte juridique civil, le mariage conserve des temps révolus une valeur symbolique – c'est pourquoi les messieurs-dames et dames-messieurs homosexuels en réclamèrent le droit alors que le "pacs" leur accordait déjà tout ce que l'on peut désirer sur le plan légal—et le mot même demeure étrangement sacré pour une population religieuse et traditionnaliste, à qui je rappellerai que cette union civile ne relève en rien de leurs croyances,  foi,  convictions, et que les modalités de son établissement et de sa dissolution n'ont pas à tenir compte de ces croyances, foi et conviction.
   Et quitte à me faire lyncher par mes propres lecteurs et lectrices, je n'hésite pas à écrire que je trouve le projet de la dame noire et ministresse excellent – aussi sera-t-il très certainement abandonné.

vendredi 3 janvier 2014

Tristesse amoureuse et fin du chômage



   Telles les grandes douleurs, les grandes amours sont muettes, quant aux grandes amours grandement douloureuses, leur intensité même les conduit, tel le noyau originel qui engendra l'univers, à se désintégrer dans un big bang qui produit plus de vide que de matière.
   C'était pourtant il n'y a guère, et il semble que nul ne se souvienne de ce beau jour d'automne où le Président était apparu sur tous les écrans connectés, rouge d'émotion et frémissant de désir, pour convier à partager sa couche élyséenne cette Leonarda dont la silhouette paraît tracée par le pinceau d'un Rubens ou d'un Renoir.
  Las, des intrigues de palais, des jalousies de concubines et la mauvaise humeur d'une valetaille  craignant un surplus de travail  contraignirent le moderne Tristan à touitter à son Yseut que les devoirs de sa charge le contraignaient à reporter son invitation à une date très ultérieure, et désormais, vêtue de son seul smartphone, la pauvre enfant erre dans la roulotte ancestrale tirée par une famélique haridelle  à la recherche de sa pitance entre les monts du Caucase et le désert de Gobi, oubliée du peuple, des reality-shows et des humanitaires compassionnels.
  De cette séparation, le Président ressentit un déchirant chagrin qu'il décida de surmonter en combattant sous les yeux de ses sujets haletants la trop fameuse hydre du racisme, des vilaines pensées et des méchantes phobies, de cette lutte, il sortit ensanglanté et vainqueur ( les têtes du monstre ne vont-elles pas repousser? à suivre...) mais alors qu'il quittait l'arène de ses exploits il revit l'image de l'aimée perdue, la noire mélancolie le menaçait, il réagit en exterminant d'abord d'une seule loi prostituées et prostitués, puis décida d'affronter un adversaire encore plus féroce, non plus la Courbe seule, comme il le fit à ses moments perdus, mais le principe et l'essence de la Courbe : le chômage en soi, selon la judicieuse expression de feu M. Martin Heidegger.
   Des experts, tous employés de diverses administrations étatiques, vinrent, forts de leur expérience du monde du travail, exposer le problème et offrir des solutions, leurs rapports furent lus, disséqués, parfois annotés, et de cette masse de faits et statistiques mêlés de spéculations théoriques, le Président isola un phénomène étrange, et jusqu'alors négligé.
  Lorsqu'un employé disparaît, par un décès impromptu, il arrive assez souvent que l'employeur embauche un autre individu afin de remplacer le défunt, et si cet individu peut être embauché , cela signifie qu'il était sans emploi, autrement dit chômeur, d'où cette conclusion : un employé mort, un chômeur de moins.
   Eurêka! s'exclama le Président, me voici tiré d'affaire, nous comptons actuellement, peu ou prou, cinq millions de chômeurs, demandons à cinq millions d'employés de bien vouloir mourir (au besoin, nous promulguerons une loi à cet effet), et voici cinq millions de chômeurs de casés, ce qui fait qu'il en restera, de cette encombrante engeance, --le Président prit un petit papier et un crayon—cinq millions... je pose... moins cinq millions... résultat... à peu près zéro. (Que cette initiative présidentielle évoque un texte fameux, et mal compris, de Jonathan Swift sur l'utilisation rationnelle des petits enfants irlandais ne peut être qu'une coïncidence).
   Le Président convoqua ses conseillers et experts préférés, exposa comment il avait enfin, et tout seul, vaincu le chômage, demanda que tout cela fût mis en forme selon les usages républicains, publié illico au Journal officiel et touitté allégrement, quand une jeune aide de camp, soucieuse de se faire remarquer, dit:
   --C'est admirable mon Président... mais...
   --Parlez sans crainte, mon enfant, car je suis ouvert au dialogue.
  --Voilà... Euh... Vous aviez promis aussi de créer des emplois...
   --Certes, et je prouve ici que je tiens ma parole.
   --Euh... si je peux me permettre... les cinq millions de paresseux, ils seront embauchés dans des emplois déjà existants...  il n'y a pas vraiment, pas tout-à-fait... création...
    Le Président foudroya l'insolente de son regard d'acier. Cette jouvencelle allait-elle lui apprendre les mystères de l'Economie? Ne lui avait-on pas enseigné à l'Ecole que "un chômeur en moins, un emploi en plus" ? Ou ...le contraire...l'emploi d'abord ? Il ne se souvenait pas, mais n'était pas homme à s'arrêter à si petites arguties.
   De son récent séjour en Arabie heureuse et pétrolière, il avait appris comment museler une ombre d'opposition, ordonna donc de décapiter la jeune personne, puis de passer une annonce dans Paris boum boum pour recruter un chômeur au poste vacant, afin de montrer que le bon exemple venait d'en-haut.
   Et certain de n'avoir plus à s'inquiéter pour sa réélection, il s'en alla pêcher à la ligne dans le bassin de son parc.
  

mercredi 1 janvier 2014

Voeux de saison



   Malgrè le réchauffement climatique, l'assèchement des océans, la fonte des banquises, l'évaporation de la couche d'ozone, la désertification des jungles (rain forests) et l'extinction annoncée du mouton bleu du Maine, une année nouvelle est apparue, et...
   A tous mes aimables lecteurs et à toutes mes séduisantes lectrices, je souhaite bonheur, prospérité, et pour qui s'en soucie, une santé sans souci.
   A mes amis royalistes, je souhaite le retour du prince légitime, et qu'il gouverne en monarque absolu, à mes amis libertariens, je souhaite la disparition de M. Etat et de son gouvernement, mais... ces deux vœux sont-ils conciliables? Attendons que la réalisation s'en approche pour résoudre une éventuelle difficulté.
   A mes amis étatistes, déjà largement comblés par les lois, décrets et règlements, je souhaite de continuer à se complaire dans la servitude.
   Aux malfaiteurs nommés Président, hauts, petits et moyens commis, associatifs stipendiés, délateurs et inquisiteurs déguisés en penseurs et moralistes, je souhaite... rigoureusement rien. Que la peste bubonique ou le choléra morbus les emporte, et aussitôt les remplaceront des hommes et des femmes identiques pour l'essentiel, et un peu pires en quelques détails.
   A qui désire simplement vivre, en suivant sa voie sans nuire à autrui et en trouvant quelque plaisir à son passage sur une terre indifférente, je souhaite, face aux nouvelles averses de taxes, prohibitions et contraintes qui s'annoncent, de seulement parvenir à passer entre les gouttes, et de trouver en lui les joies dont M. Etat veut le priver.
   Sur ce, je m'en vais acheter quelques cartouches de bienfaisantes cigarettes, et lire Bossuet.