david in winter

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lundi 29 juin 2015

Fait-divers, terrorisme, et un mahométan

   

     J'ai toujours éprouvé pour les faits-divers le plus vif intérêt, aussi étais-je fort heureux de collaborer, il y a quelques décennies, à un hebdomadaire spécialisé en ce matériau, apprenant des reporters envoyés sur le terrain la réalité d'affaires souvent sanguinolentes, ce qui était ensuite écrit et publié, that's another story.
    Le fait-divers n'est autre que la révélation d'une action humaine qui sort de l'ordinaire –ordinaire des conduites ou des normes sociales --, et donc nous instruit sur la capacité de l'être humain à bafouer ces règles, sur les motivations qui l'y conduisent et, parfois, sur la rare ingéniosité qu'il y emploie.
    Au-delà de l'auteur de l'acte, généralement criminel, le fait-divers est un puissant indicateur des mœurs et coutumes, et état d'esprit (ce que l'on nomme aujourd'hui mentalités) des individus qui vont y être mêlés pour enquêter, punir et raconter , et ce traitement apporté à une action humaine singulière est le plus exact miroir d'une société.
    La caractéristique première de ce traitement est qu'il tend à grossir l'affaire; comme le pêcheur qui aumente la taille de la carpe prise, policiers et magistrats se valorisent, tant à leurs propres yeux qu'à ceux de leurs employeurs et du public, en déguisant le banal en exceptionnel, rien de plus humain, et dont il faut se résigner à s'accomoder. Quant aux journalistes, que le sensationnel fasse vendre est le b a ba de leur métier; ils savent que ce sont les mots (particulièrement les adjectifs) qui créent  le sensationnel, non le fait en soi, de ces mots, ils ont une ample réserve, c'est même leur capital.
    A ces catégories professionnelles, dont nous constatons l'activité déformante (mensongère?) dans les histoires (dès l'invention de l'écriture) et les gazettes (dès M. Renaudot) se sont ajoutés, depuis peu.., les politiciens, pour qui certains faits-divers qu'ils rendent spectaculaires par des artifices rhétoriques bien connus est une occasion miraculeuse d'augmenter ou affermir (rattraper?) leur pouvoir.
     Les politiciens ont , sur les autres conteurs de faits-divers, l'avantage de pouvoir édicter des lois au service de leurs intérêts, ainsi de cette loi donnant à un certain crime une définition si large et si imprécise que l'on peut y faire tomber bien des actes qui, selon le semble bon sens, et un honnête dictionnaire, n'en relèvent pas (il s'agit du terrorisme).
    Si, selon la définition du grand Leopold von Ranke, l'Histoire consiste à écrire ce qui s'est réellement passé, on aura compris qu'il n'en va pas de même pour le récit journalistique ou le touitt de politicien (ni pour le blogueur militant , qu'il soit "de gauche" ou "de droite"), et le souci de l'information s'efface comme le sourire du chat de Cheshire, de celui-ci, il demeure une délicieuse image, de celui-là, rien.
   C'était mon commentaire sur l'affaire d'un mahométan imbécile qui a tué son employeur, pour avoir eu l'audace de lui reprocher de mal travailler.

   P.S.- J'ai commencé de regarder la série The newsroom, écrite par M. Aaron Sorkin,  qui est d'une grande qualité intellectuelle, et  dont le sujet est la possibilité d'une information objective; voilà qui mériterait une analyse argumentée, que, par paresse, je ne ferai pas.

25 commentaires:

  1. La caractéristique première de ce traitement est qu'il tend à grossir l'affaire

    On peut aussi faire l'exact contraire quand le sujet dérange.

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  2. Ou bien admettre que décapiter son employeur au prétexte qu'on avait un différent avec lui et qu'avant de partir au boulot on s'était engueuler avec Madame, qu'envoyer un selfie en Syrie avec la tête sanguinolente, relève du simple fait divers.
    Ça fait beaucoup de choses à admettre.

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    1. Oui, il s'agit très exactement d'un simple fait-divers.

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  3. Votre interprétation se tient, sauf que transformer un acte terroriste en somme toute banal conflit du travail demande que l'on oublie quelques éléments de l'affaire. On peut admettre que M. Salh ait eu la tête près du bonnet et qu'une remarque peu flatteuse l'ait poussé à étrangler puis à décapiter son employeur. Seulement pour ensuite envoyer à un ami djihadiste un "selfie" de soi avec ladite tête avant de la planter sur une clôture entourée de drapeaux ornés d'inscriptions en arabe et précipiter sa voiture contre des bonbonnes de gaz dans le but de les faire exploser requiert un arrière-plan culturel de type islamiste.

    On peut concevoir qu'ayant perdu un instant son sang-froid, le brave Yassine se soit dit que, vue la manière dont il venait de compromettre ses chances d'avancement, tant qu'il y était un petit attentat pourrait être le bienvenu : perdu pour perdu, autant finir en beauté. Cette version des choses ne retire rien au côté terroriste des faits.

    On peut aussi imaginer que, comme d'autres l'on fait avant lui en s'en prenant à des cibles sans rapport avec leur but final, l'assassinat de son employeur n'était qu'une entrée en matière, un acte fort proscrivant toute possibilité de renoncer à son projet d'attentat terroriste.

    C'est fou tout ce qu'on peut imaginer...

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    1. Je ne vois toujours pas, cher Jacques, ce que l'islamisme vient faire dans cette histoire.
      Et encore moins le "terrorisme'"...

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    2. Il me semble que l'assassin est islamiste et que foncer en voiture sur des bonbonnes de gaz dans le but de les faire exploser se rapproche davantage de l'acte terroriste que de l'incivilité. Mais je peux me tromper.

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    3. @J-E
      Ce n'est pas la première fois que Monsieur Desgranges affiche une certaine désinvolture devant l'actualité.
      Mais même s'il a raison, même si ce n'est qu'un fait divers entre mille, il est un moment où la somme de ces faits divers disent un phénomène de société, je pense.

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  4. Les trois saisons de The newsroom sont excellentes ; en particulier grâce à ce comédien "trop rare" (langage de gazette) qu'est Jeff Daniels.

    Pour ce qui est du mahométan et de son employeur, j'ai toujours pensé qu'il fallait laisser les partenaires sociaux s'arranger entre eux.

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    1. Et nous voici encensant tous deux une série ouvertement très "à gauche" -- Aaron Sorkin étant très fier de son engagement public en faveur des démocrates , et de M. Obama...
      Nous allons nous faire insulter par nos lecteurs.

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    2. On va se faire engueuler par nos lecteurs ? Tant mieux : ça prouvera qu'on est encore vivants…

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    3. Si les démocrates de Mr Obama sont de gauche, alors les socialistes de Mr Hollande sont d’extrême-gauche.

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  5. De toute façon ça ne peut pas être un terroriste : il n'avait même pas de kalachnikov.
    Nous retiendrons la thèse du déséquilibré.
    Un de plus.

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  6. Le conflit professionnel était peut-être la cause. Mais sa résolution fut l'extrême expression d'une fureur toute mystique. Troublant pour la religion de la paix...
    Amike

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    1. Je lis justement quelques textes de mystiques chrétiens -- comme leur fureur est homicide!

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    2. Auriez-vous l'amabilité de nous donner quelques exemples de cette fureur ?Quelques extraits de textes de mystiques chrétiens qui soient homicides ? Ou seulement une référence, car enfin, je suis bien curieux de découvrir cela !
      Gérard Murzeau

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    3. Sainte Catherine de Sienne, Lettres, in Odoric Raynald, continuation des Annales de Baronius.

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    4. De quelles lettres s'agit-il ? On en connait 373 et je n'ai pas souvenir d'une fureur homicide. Mais vous aurez certainement l'obligeance de me rafraîchir la mémoire.
      Gérard Murzeau

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  7. Que dire de plus, sinon que les musulmans ne sont pas tous des terroristes, mais que tous les terroristes sont des musulmans...

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  9. Pourquoi ???

    Fredi M.

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  10. Il est hautement recommandable que l'employeur incirconcis se défie du mahométan en toutes circonstances, il y va de sa tête tout de même !

    "Le comte de Boulainvilliers, qui avait un goût pour Mahomet, a beau me vanter les Arabes, il ne peut empêcher que ce ne fût un peuple de brigands; ils volaient avant Mahomet en adorant les étoiles; ils volaient sous Mahomet au nom de Dieu. Ils avaient, dit-on, la simplicité des temps héroïques; mais qu'est-ce que les siècles héroïques ? c'était le temps où l'on s'égorgeait pour un puits et pour une citerne, comme on fait aujourd'hui pour une province.
    Les premiers musulmans furent animés par Mahomet de la rage de l'enthousiasme. Rien n'est plus terrible qu'un peuple qui, n'ayant rien à perdre, combat à la fois par esprit de rapine et de religion."

    Voltaire, Dictionnaire philosophique, Alcoran, ou le Koran, section II. Édition Beuchot; Garniers frères. 1878.

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    1. "Nous avons imputé à l'Alcoran une infinité de sottises qui n'y furent jamais.", écrit encore ici Voltaire

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    2. Il n'est pourtant pas nécessaire d'en rajouter.

      Pascal, Blaise,
      Ce n'est pas par ce qu'il y a d'obscur dans Mahomet et qu'on peut faire passer pour un sens mystérieux, que je veux qu'on en juge, mais par ce qu'il y a de clair, par son paradis, et par le reste; c'est en cela qu'il est ridicule. Et c'est pourquoi il n'est pas juste de prendre ses obscurités pour des mystères, vu que ses clartés sont ridicules.

      Majeur

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