david in winter

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lundi 13 avril 2015

Sur les juges corrompus

         

   Il y a bien des années, un ami me proposa d'écrire une chronique hebdomadaire dans Le Figaro, demande flatteuse, et prometteuse de gras revenus, je m'empressai donc de rédiger un billet fort bien tourné (à mon sentiment) sur la justice.
   J'introduisai mon propos par cette  anecdote rapportée par Ammien Marcellin dans ses Histoires : dans l'empire Sassanide, les magistrats siégeaient sur des chaises recouvertes des peaux tannés de juges corrompus, et qui avaient subi (préalablement) le dernier supplice. Puis, après avoir cité l'admirable Tête des autres de Marcel Aymé, je suggérai que fût aujourd'hui suivi l'excellent exemple des Sassanides.
    C'est ainsi que cessa ma collaboration au journal de la bourgeoisie conservatrice avant même que fût publiée une ligne de moi, j'en fus un peu surpris, un peu chagriné, et mes rêves d'opulence dissipés, cela témoigne de ma naïveté, j'étais bien jeune en ce temps.
   Quelques décennies ont passé, et je regrette encore plus aujourd'hui que nos mœurs actuelles rendent utopique toute imitation des bonnes manières sassanides.
   Faut-il pour autant renoncer à toute amélioration de la magistrature, continuer à accepter que les jugements, tant civils que criminels, semblent écrits par de désinvoltes étourdis qui négligent et le droit et le fait, pour ne rien dire de l'équité?
   J'ai eu dans ma vie de nombreux procés, où j'étais soit demandeur, soit défendeur, j'en perdis qu'une saine justice eût dû me faire gagner, j'en gagnais qu'une même saine justice eût dû me faire perdre.
    Mais veux-tu, ô peuple souverain, que soit établie cette bonne justice, qui est la première raison d'être d'un gouvernement?
   Indigne-toi alors que son budget soit égal à celui d'un ministère aussi dérisoire et inutile que celui de la culture-d'Etat, et inférieur à celui de tant de départements aussi grotesques qu'obéses.
    Multiplie-le par dix, ce budget, et multiplie d'autant le traitement des magistrats, pour ne plus recruter des hommes que la médiocrité de leur sort et de leurs ambitions pousse à juger en fonction de l'envie et de l'aigreur qui les habite, donne-leur les locaux,  les moyens, et la considération, nécessaires à la majesté de leur charge...
   N'oublie pas qu'en prononçant une seule phrase, les juges décident de la vie et de la fortune de leur semblable –et que ce semblable peut être toi.
   Mais tu préfères que les largesses de M. Etat engraissent les artistes de rue et les ivrognes sans emploi, et le jour où tu seras victime de quelque jugement aberrant, au lieu de pleurer,  dis-toi que tu en as eu pour ton argent, et ton indifférence.

5 commentaires:

  1. "de désinvoltes étourdis qui négligent et le droit et le fait,"Voila c'est ça,je viens de subir l'étourderie et la négligence de ce genre de juge contre lequel on ne peut rien,aucune poursuite possible...Vous croyez vraiment que de mieux les payer les rendraient plus consciencieux?Peut être,mais pouvoir les poursuivre serait de nature à les rendre pus méticuleux

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  2. Vous me surprenez en écrivant que la seule augmentation de salaire permettrait de disposer de magistrats compétents, sérieux et intègres.
    Il faut bien recruter ces gens là quelque part, et leur pépinières, universités ou écoles politiques ne fournissent que du second choix, déjà calibré pour ne comprendre que ce qu'il faut.
    L'on pourrait certes attirer des moustachus d'autres professions mais ceci, qui est déjà le cas, risque de séduire les mercenaires.
    En revanche, et à défaut de leur tanner le cuir, ce qui pour des carpettes est en soi difficile, il faudrait au moins qu'ils engagent leur responsabilité. Mais ce mot ne constitue t-il pas déjà une injure à magistrat ?
    Mais bien que mes expériences en ce domaine (et dans différents secteurs : succession, commerce, etc. ) montrent toutes une perversion absolue du système, je fais confiance à la justice de mon pays (et au fisc).
    C'est pourquoi, dès que possible, je vais partir habiter à l'étranger. Que Dieu ne nous soumette ni à la tentation, ni à la justice...
    C. Monge

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    1. Bien sûr, il faut aussi changer les pépinières...

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  3. Même avec des moyens accrus la justice ne pourrait qu'appliquer les lois. Or il semble que les réformes menées par l'actuelle Garde des seaux n'aille pas forcément dans le sens d'une amélioration de l'équité mais plutôt dans celui de l'excuse sociale.

    Cela dit, la justice manque comme vous le dites cruellement de moyens et lui en donner davantage ne saurait que l'améliorer.

    Comme vous,je pense que la manière sassanide de confectionner les sièges de juges devrait être reprise (et peut-être même étendue à quelques autres professions). Rien ne vaut certains rappels concrets pour fortifier la morale...

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