david in winter

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samedi 7 février 2015

Une artistique sodomie

      

    Une majestueuse et très prospére, car nourrie par le contribuable, institution de M. Etat, le Centre Pompidou présente ces jours-ci, et jusqu'au 27 avril, soit une durée suffisante pour que les masses viennent admirer en masse, une rétrospective de l'œuvre de M. Jeff Koons, sorte d'artiste officiel que la France entière s'honore d'honorer.
    Il se trouve dans ma bibliothèque un beau volume, bien relié, tout en couleurs, de grand format et de 594 pages, publié en l'an 2009 par mon excellent confrère Benedikt Taschen, lequel volume, justement, est consacré à l'œuvre de M. Jeff  Koons.
    Feuilletons.
    Nous apprenons ainsi que, il y a quelques années, M. Jeff Koons convola en justes noces avec une aimable créature qui connut une notoriété certaine autant en tant que parlementaire européenne que comme actrice de films divertissants, et qui se faisait alors appeler La Cicciolina.
    M. Jeff Koons ne manqua pas de s'acquitter du devoir conjugal et, puisqu'il est un artiste,  il s'empressa de réaliser, ou de faire réaliser par un complice, de pimpantes photographies de ses ébats. Ainsi pouvons-nous admirer, page 358, une vigoureuse sodomie de la jeune mariée (qui ne quitte pas pour autant ses élégants escarpins à talons aiguille) , ou, page 366, regretter que M. Koons gaspille sur la langue de Madame son épouse tout un flot de petits Jeff Koons qui n'accéderont jamais à l'âge adulte.
    Comme il se doit, des tirages géants de ces joyeuses images furent exposés dans les plus prestigieuses galeries, avant de rejoindre les cimaises de musées tout aussi prestigieux.
    Un béotien observerait que ces œuvres sont fort semblables à celles que des couples libertins, et coquinement exhibitionnistes, se plaisent à afficher sur des sites réservés aux adultes, un tel propos implique trop de mépris pour la fonction de l'artiste pour que l'on s'abaisse à le relever.
    D'autant que M. Koons, qui est doté d'un rare génie pour maximiser ses profits, a eu l'intelligence de tirer de la représentation de ses copulations des produits dérivés tels que statuettes (mais je n'ai pas vu de tee-shirts), ce que ne font pas les impudiques amateurs.
    Rien de plus normal, lorsque l'on sait que désormais l'art est dans l'intention, et qu'un gouffre esthétique sépare le vulgum pecus qui a juste l'intention de tirer un coup du Maître qui transcende le même acte par son intention d'en échanger la représentation contre un chèque à la hauteur de son statut (artistique).
    L'honnêteté m'oblige à dire que la production de M. Koons ne se limite pas à la catégorie des curiosa, bien au contraire, il a fabriqué (ou fait fabriquer) une multitude d'objets étranges, et souvent fort rigolos, son univers est celui du gadget, et il y excelle.
    Il y a pourtant une différence essentielle entre le gadget et l'œuvre d'art (officielle), alors que le premier s'acquiert pour deux ou trois sous, il faut, pour posséder la seconde, débourser quelques centaines de milliers, parfois même des millions, de dollars ($$$).
     Conceptuellement , cette différence a été parfaitement analysée par M. Tom Wolfe dans Le mot peint , texte court, incisif,  et très suffisant pour comprendre la grande imposture de l'art contemporain.
     Et qui n'a eu aucun effet.
     Certes sont ici en jeu les immenses intérêts matériels d'une multitude d'individus (directeurs de musées, galeristes, spéculateurs, critiques, agents, coach embauchés par des nouveaux riches –très riches—pour les conseiller dans leurs achats, etc.) mais je vois ici dans cette imposition tyrannique du prétendu art contemporain une dimension plus fondamentale, qui est sociale, et consiste à ériger en dogme le relativisme culturel.
     Nier celui-ci, ou le seulement critiquer, reviendrait à rétablir une hiérarchie des valeurs, un insupportable blasphème.

   P.S. Foin de toute modestie...J'ai, dans mon roman Une femme d'Etat, montré en action quelques tireurs de ficelle (fictifs?) du plaisant monde de cet art contemporain.

13 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé cet article. Mais à votre place je me fendrais d'une virgule après "qui a juste l'intention de tirer un coup" parce que "tirer un coup du Maître qui..." c'est compliqué à se figurer.

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    1. Merci, et merci de me lire si attentivement, mais il ne me semble pas nécessaire de reprendre sa respiration après l'activité que vous citez.

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  2. Heureuse d'apprendre qu'il a fait une femme honnête de la Cicciolina.
    J'ignorais qu'il y avait tant de parasites autour de la production artistique.
    Un article bien amusant, merci!

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    1. Merci merci...
      Il y beaucoup beaucoup de monde, plus que je n'évoque, fort bien nourri par cette farce.

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  3. il faut, pour posséder la seconde, débourser quelques centaines de milliers, parfois même des millions, de dollars ($$$).

    Il faut bien reconnaître qu'in fine l'oeuvre véritable, la seule qui mérite d'être encadrée, c'est le billet de banque.

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  4. Au moins sur Koons nous consonons, et sur le non-art contemporain & comptant pour rien, sauf en $$$ (cf. sur mon blog mon "Interview subliminale de Jeff", 6 janvier, veille du jour où ..., bref). Je me souviens de certaine, sauf erreur, "exposition de carottes ébréchées" dans "Une femme d'État", entre autres trouvailles.

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    1. J'ai regardé votre blog...
      Vos billets sont fort réjouissants, et de très agréable lecture.

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  5. Alors pour poursuivre mon idée, Koons met sous cloche disons un millions de dollars. Et signe son oeuvre. Du coup le million de dollars prend 300% ! Génial non.
    Il y en aurait pour toutes les bourses des petites cloches avec des billets tout ratatinés, lessivés, tachés, en rouleaux usés par la coke, bons pour la réforme, avec même de faux billets : valeur estimée de l'oeuvre: 300000 dollars. Valeur sur le marché de l'art : 1,5 millions. Génial non !
    Koons a trouvé la formule pour changer le plomb en or.

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    1. Vous êtes un authentique artiste, Monsieur Fredi (M.)!

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    2. Oh vous savez je ne fais qu'essayer de comprendre la transcendance selon Koons.

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  6. Le premier but est toujours le même : faire de la valeur marchande le seul critère artistique afin que la valeur marchande soit la seule valeur qui subsiste dans la société babélienne.
    Mais le but profond est encore plus important : faire disparaître les individus doués du sens harmonique, car la qualité des oeuvres de ceux qui possèdent cette aptitude saute aux yeux (ou aux oreilles).
    Ceux qui se veulent les nouveaux maîtres du monde sont presque tous dépourvus de ce don, ils doivent par conséquent éradiquer cette chose qui leur échappe totalement.
    Cette qualité rare fait les grands compositeurs, les grands peintres, mais aussi les grands scientifiques, les grands architectes...bref, les grands penseurs.
    Cette aptitude semble avoir été développée par certaines races humaines en réponse à certaines conditions de vie difficiles et particulières qui demandent un grand potentiel d'abstraction (à ne pas confondre avec le potentiel d'affabulation).

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  7. Mais pourquoi en ont-ils tous après la sodomie en ce moment ? bon, ok, je sors !

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